Je vous ai parlé dans mon dernier billet football du final du
championnat de France . L’avant-dernière journée a encore préservé toutes les éventualités, sauf pour Strasbourg, qui avec sa dixième défaite de rang, est assuré de jouer en Ligue 2 l’année
prochaine. Pour la dernière journée de ce soir, le suspense sera donc à son comble : Lyon, qui n’a plus besoin que d’un point à Auxerre, a quand même fait un pas certain vers le titre de
champion de France. Et, le Paris Saint-Germain, en récoltant le point du match nul face à Saint-Etienne, tandis que Toulouse et Lens perdaient, est désormais maître de son destin pour le
maintien. C’est malheureusement Lens qui semble dans la plus mauvaise posture. En effet, l’équipe nordiste commencera la soirée reléguable, aura fort à faire face à une équipe de Bordeaux solide
et motivée à jouer jusqu’au bout sa chance pour le titre de champion de France, tandis que Toulouse, lui accueillera une équipe plus démobilisée, Valenciennes, qui a en outre la particularité
d’être très faible à l’extérieur, et que le Paris Saint-Germain, qui a juste besoin de faire le même résultat que ses concurrents, affrontera Sochaux, déjà sauvé, dans le Doubs. Attention
toutefois aux équipes qui ne jouent plus que pour l’honneur. Francis Gillot, l’entraîneur de Sochaux et ancien entraîneur de Lens, et Valenciennes, le club voisin de Lens auront à cœur d’aider au
maintien des Sang et Or. De même, Marseille affronte à domicile une équipe de Strasbourg, au fond du trou, mais qui sait si les Alsaciens ne trouveront pas les ressources pour briser la série de
défaites. Quoi qu’il en soit, l’OM n’est plus maître de son destin, puisque Nancy est devant eux au classement, et conservera sa troisième place s’ils battent Rennes, qui, lui aussi cherche des
points pour espérer passer devant Lille et Saint-Etienne à la cinquième place.
Dans les resultats du football de club de la semaine passée, citons aussi la finale de la coupe de l’UEFA ou l’opposition de styles
entre le jeu rapide dans les pieds du Zenit Saint-Petersbourg et le roc défensif des Glasgow Rangers a vu le club russe l’emporter sur le core de 2 à 0.
Mais, parallèlement aux derniers feux de la saison de club, c’est l’Euro 2008 qui se prépare.
Comment élargir une liste
?
Dans cette perspective, Raymond Domenech le sélectionneur national devrait annoncer une liste ce dimanche. Celle-ci sera sans doute élargie, afin de garder suffisamment de monde mobilisé. Certains, qui auront fini leur saison avec le
dernier match de championnat de ce samedi, auraient pu être tentés de partir en vacances, tandis que d’autres seront encore en pleine compétition : joueurs du PSG et de Lyon engagés en
finale de Coupe de France, joueurs de l’Inter Milan et de l’AS Roma en finale de Coupe d’Italie, joueurs de Chelsea et de Manchester United en finale de Ligue des Champions. Bref, la question
n’est pas tant de savoir si ce sera une liste élargie, mais savoir a combien de noms en plus des 23 qui feront l’Euro, elle le sera. On a entendu parler de 29 joueurs pour faire le stage
pré-compétition. L’autre question est de savoir si la liste sera hiérarchisée, avec des joueurs prévus pour les 23 sauf blessure, et des joueurs remplaçants. Juste avant la Coupe
du monde 1998, Aimé Jacquet avait fait une pré-liste de 28 joueurs, et s’était retrouvé dans l’obligation de se séparer de six joueurs au cours de la préparation. Nicolas Anelka, alors tout
jeune, avait fait partie de ces bannis, qui, dit la légende, avaient dû quitter Clairefontaine au petit matin. A cause de ce souvenir désagréable, l’attaquant français n’est donc pas en faveur
d’une liste élargie non hiérarchisée, qui donnerait le même espoir à tous, et ferait des déçus à la fin.
Quoi qu’il en soit, Nicolas Anelka devrait être dans les 29, et dans les 23 finaux pour l’Euro 2008. Après des périodes
de brouille avec les sélectionneurs, et de non-sélection, cela devrait donc seulement être pour lui de sa deuxième phase finale après l’Euro 2000, brillamment remporté par les
Bleus.
Examinons un peu qui seront selon moi les probables sélectionnés.
Chez les attaquants-ailiers-milieux offensifs, je
distinguerais plusieurs groupes :
-les quasi-certains, sauf blessure : Thierry Henry, qui n’a pas fait une saison
extraordinaire au Barça, mais est le meilleur buteur de l'Histoire des Bleus depuis l'automne dernier ,
Nicolas Anelka, dont j’ai parlé plus haut, Florent Malouda, qui, lui aussi, n’a pas fait une saison extraordinaire à Chelsea, mais semble peu à peu trouver sa
place dans l’équipe qui va jouer la finale de la Ligue des Champions, et Franck Ribéry, qui, lui, en revanche, a réussi une belle saison avec le Bayern de Munich
-les très probables : Karim Benzema, le jeune lyonnais, qui a éclaboussé la Ligue
1 cette saison de son talent, Sidney Govou, l’un peu moins jeune lyonnais, qui a peut-être fait la meilleure saison de sa carrière, et est un remplaçant apprécié par Raymond
Domenech en Bleu
-les probables (dans leur ordre de probabilité selon moi) : Samir Nasri, Djibril Cissé, Hatem Ben
Arfa, David Trézéguet
Comme il devrait y avoir seulement huit, ou éventuellement neuf joueurs offensifs sélectionnés, les places sont chères.
Il est quasi impossible que les quatre derniers cités soient tous sélectionnés.
Samir Nasri est un milieu offensif axial, un meneur de jeu, le fameux poste de Platini ou Zidane,
profil dont l’équipe de France actuelle (mais aussi de nombreuses autres équipes) ne dispose pas vraiment. Il est fort possible que cela ne soit pas dans les intentions de Raymond Domenech de
jouer avec un meneur de jeu, mais plutôt avec deux attaquants, un milieu gauche et un milieu droit : en 4-2-2-2 Bien sûr, dans ce système de
jeu, les deux attaquants ne doivent pas avoir le même rôle. Et, souvent, un des deux peut décrocher, et jouer en 9 et demie comme on dit. Nicolas Anelka, entre autres, a cette capacité. Et, même,
en isolant encore un peu plus l’attaquant de pointe, le système peut évoluer vers un 4-2-3-1 (avec le 3 du milieu offensif, correspondant à deux ailiers et un meneur de jeu, poste que peut
occuper Franck Ribéry, et donc Samir Nasri s’il est sélectionné.
Djibril Cissé, qui joue à Marseille avec Samir Nasri, est un buteur. Techniquement, il n’a sans doute
pas le jeu le plus varié et subtil, mais il marque. Si certains autres attaquants de la sélection sont capables de courir pratiquement aussi vite que Djibril Cissé, tout en étant meilleurs
techniquement, le joueur natif d’Arles a peut-être pour lui une capacité à tenter des frappes lourdes dans les positions les plus improbables, ce qui n’est pas forcément un luxe dans une équipe
de France qui manque de joueurs qui portent le danger sur les cages du gardien par des tirs lointains. Un autre élément qui pourrait pousser Raymond Domenech à le sélectionner est d’ordre
affectif : Djibril Cissé a raté les deux dernières phases finales des Bleus (Euro 2004, Coupe du Monde 2006) sur des coups du sort, auxquels a assisté Raymond Domenech aux premières loges
:
- sélectionneur des Espoirs, quand, lors d’un match retour tendu avec les Espoirs Portugais, Djibril Cissé avait craqué
et écopé d’un carton rouge. La suspension de cinq matches, qui en avait résulté, était aussi valable pour l’Equipe de France première, et avait poussé Jacques Santini à ne pas le sélectionner
pour l’Euro 2004, où il n’aurait pas pu l’utiliser avant une hypothétique finale
- sélectionneur des Bleus, quand lors d’un match de préparation à la Coupe du Monde 2006 face à la Chine, Djibril Cissé
avait eu le tibia-péroné cassé. Contrait de déclarer forfait, remplacé par Sidney Govou, il avait été ensuite éloigné des terrains de football pendant six mois
Hatem Ben Arfa a connu quelques sélections sous le maillot bleu durant cette dernière année. Sa
première sélection bleue a d’ailleurs accompagné (je ne dis pas « suivi » car ce serait plutôt « précédé ») son émergence dans le club de l’Olympique Lyonnais. Seulement,
après une belle fin d’année 2007, où l’attaque de l’ogre de Ligue 1 était menée par des joueurs qui y avaient fait toute leur carrière pro - ce qui est assez remarquable - : à savoir Sidney
Govou, Karim Benzema, et Hatem Ben Arfa, ce dernier a connu une réduction très nette de ses titularisations, et de ses apparitions sur le terrain. Si Raymond Domenech décide de l’emmener en
Suisse, Ben Arfa ne sera sans doute pas titulaire, mais le sélectionneur peut penser que cela lui fera du bien de s’intégrer dans le groupe, de découvrir une grande compétition, en prévision de
la Coupe du Monde 2010.
Le problème de David Trézeguet, ce n’est pas d’être inexpérimenté, bien au contraire. Depuis la Coupe
du Monde de 1998, il est de toutes les campagnes internationales de l’équipe de France. Cependant, ses dernières sorties sous le maillot bleu : en match amical contre son pays d’origine,
l’Argentine et contre l’Angleterre, ou en éliminatoires contre l’Ecosse, n’ont pas été très heureuses. Le buteur n’a pas marqué, et, très peu souvent trouvé par ses partenaires, il a touché un
nombre famélique de ballons. Le système de jeu mis en place par le sélectionneur, qui repose avant tout sur le bloc défensif, ne semble pas convenir à David Trezeguet, qui est un joueur de
surface, qui aime être entouré de joueurs techniques. A la Juventus, où les Nedved, DelPiero, et autre Camoranesi jouent à ses côtés, ses statistiques de but n’ont pas beaucoup baissé, et il est
toujours l’un des tout meilleurs buteurs du championnat. Le Juventini reste donc un grand joueur, qui ferait le bonheur de nombreuses sélections. Mais, comme Raymond Domenech ne changera pas son
système de jeu pour le seul Trézéguet, c’est ce dernier qui risque de rester sur le bord de la route. Toutefois, s’il ne fera pas David Trezeguet le fer de lance de son attaque, Raymond Domenech
pourrait éventuellement le prendre dans sa liste de 23. Il pourrait servir alors de joker, dans des moments difficiles où le bloc équipe français serait dans l’incapacité de trouver la clé de la
défense adverse. Ne rentrant pas forcément en remplacement d’un autre attaquant, mais en remplacement d’un joueur plus bas sur le terrain, David Trézéguet serait alors chargé d’aider son équipe à
remonter un but. Notons toutefois que Raymond Domenech n’est pas un grand adepte du coaching.
Dans sa liste de joueurs offensifs, Raymond Domenech peut aussi faire appel à d’autres joueurs, plus
surprises.
Jérôme Rothen est un de ceux-là. On ne l’a vu plusieurs fois en Equipe de France dernièrement. En
effet, après ses multiples blessures des saisons précédentes, l’ancien joueur de l’AS Monaco fait un relativement bon championnat de France, en étant meilleur passeur. Mais paradoxalement, cela
ne suffit pas à mener son équipe, le PSG, vers les sommets, bien au contraire. Sélectionner Jérôme Rothen serait donc choisir un milieu offensif jouant dans un club menacé de relégation, qui n’a
pas souvent montré une belle emprise sur ces matchs de championnat. Jérome Rothen garde toutefois une petite chance d’être sélectionné. Il est milieu gauche, c’est-à-dire qu’il pourrait être un
remplaçant potentiel de Florent Malouda, avec des qualités alternatives : moins rapide, mais avec une patte gauche peut-être plus précise.
Jimmy Briand, l’attaquant rennais, a eu le droit aussi à plusieurs sélections durant ces deux dernières
saisons. Mais, il restait un choix secondaire (remplaçant ou jouant en A’), et le reste sans doute dans l’esprit du sélectionneur. Sauf hécatombe en attaque, c’est peu probable qu’il soit
sélectionné.
Florent Sinama-Pongolle, qui n’a pas encore été sélectionné en A, a pour lui d’avoir fait un très bon
match lors de la dernière sortie des A’. Qui sait si Raymond Domenech ne pourrait pas surprendre son monde en sélectionnant ce jeune joueur ? Cela reste une grosse côte.
Louis Saha, a lui déjà été sélectionné dans les 23 de Raymond Domenech, mais c’était à la Coupe du
Monde 2006. Remplaçant Thierry Henry à l’heure de jeu lors des quarts de finale et demi-finales, il a peut-être plus joué que David Trezeguet lors de cette compétition. Seulement, il ne devrait
pas être du voyage à l’Euro 2008, pour la simple et bonne raison qu’il n’a presque pas joué dans son grand club de Manchester United, la plupart du temps blessé, et sinon barré par les excellents
joueurs offensifs du club champion d’Angleterre.
S’il veut vraiment surprendre en prenant un attaquant, Raymond Domenech peut aussi prendre Batefimbi
Gomis, l’attaquant de Saint-Etienne. Jamais encore sélectionné, le Franco-Sénégalais, ferait partie de la cinquantaine de joueurs à avoir reçu une pré-convocation ces derniers jours.
Dans cette pré-liste, je ne crois pas qu’il y ait les encore plus improbables à sélectionner André-Pierre Gignac (sa saison à Toulouse est rédhibitoire) ou un joueur comme Steve Savidan, qui se
débrouille bien avec Valenciennes.
Côté animation offensive, Matthieu Valbuena est une des révélations de la saison à l’Olympique de
Marseille. Il a livré des matchs bien meilleurs que Samir Nasri par exemple. Mais, il n’a encore jamais été sélectionné avec l’équipe de France, notamment à cause d’une blessure printanière. Le
joueur de poche pourrait-t-il sortir du chapeau de Raymond Domenech ? Sinon, les Yohann Gourcuff, Jeremy Menez, Camel Meriem, et Julien Faubert, sont très peu probables.
Il y a aussi deux cas un peu spéciaux : des joueurs de qualité, qui ont déjà une certaine expérience des Bleus,
mais n’y ont pas joué depuis un moment, accréditant la théorie de la liste noire de Raymond Domenech : Robert Pires et Ludovic Giuly. Les deux, déçus de ne pas être appelés, ont souvent
critiqué par voix de presse les choix du sélectionneur, ce qui ne devrait pas faciliter leur rappel.
Robert Pires, qui fut un pilier de l’équipe de France (avec notamment une superbe année 2001), lors de
sa dernière apparition en Bleu, il y a plus de trois ans, avait agacé le sélectionneur en marchant nonchalamment lors d’un match d’éliminatoires contre les Féroé. Depuis, il n’est plus réapparu
sous la maillot bleu, répondant aux questions des journalistes à chaque fois que son nom n’était pas présent dans les listes. Transféré d’Arsenal à Villareal, il a commencé par une longue
blessure de six mois. Mais, cette année, il n’est pas étranger à la bonne marche du club espagnol, deuxième de la Liga.
Ludovic Giuly, lui, n’a jamais été un pilier de l’équipe de France. Bien qu’il ait connu certaines
années fastes en club, il n’a jamais réussi à autant apporter sous le maillot bleu. Il a en plus eu la malchance de se blesser à un moment où il était peut-être au sommet de sa forme : en
finale de la Ligue des Champions avec Monaco, et sur le point d’être sélectionné pour le dernier Euro, 2004. Depuis, il a réussi à gagner la Ligue des Champions avec le Barça. C’était en 2006, et
il croyait que cela allait lui servir de sésame pour aller à la Coupe du Monde, mais ce ne fut pas le cas, et il s’épancha de son amertume dans les journaux. Depuis, il ne fut plus jamais
sélectionné, et il a été transféré l’an dernier au club de l’AS Rome.
Au-delà des inimitiés, je ne pense pas que Raymond Domenech rappellera Robert Pires ou Ludovic Giuly, car ces
trentenaires ne représentent pas forcément l’avenir, et le sélectionneur a parlé au-delà de l’Euro d’un objectif 2010 (Coupe du Monde) Pour la même raison de l’âge, et aussi parce qu’il ne joue
plus trop souvent à Rennes, il est quasi impossible que Sylvain Wiltord (qui lui au contraire est toujours resté bon esprit), autre grand joueur de l’Histoire des Bleus, soit
sélectionné.
Passons maintenant aux milieux de terrain, plutôt
défensifs.
Sauf blessure, on devrait retrouver Claude Makelele, qui a réussi à trouver le bon rythme en club
(Chelsea) pour se rendre disponible en sélection malgré son âge, Patrick Vieira, qui revient de blessure, et accessoirement, est le capitaine officiel des Bleus, et
Jérémy Toulalan, qui au cours de ces deux dernières années, est passé du rang d’espoir à celui de taulier (à Lyon, mais aussi en Bleu, très certainement)
Pour compléter la liste, Raymond Domenech ne devrait prendre qu’un milieu défensif supplémentaire, ou à la rigueur deux
(mais en prenant soit moins de joueurs offensifs soit moins de défenseurs)
Compte-tenu des dernières sélections, Lassana Diarra, dont je reparlerais de la polyvalence plus tard,
semble tenir la corde. Seulement, ses performances en club sont moins remarquables que celles d’autres joueurs français.
Il a retrouvé du temps de jeu à Portsmouth durant ce dernier semestre, mais s’il est parti dans ce club de milieu de
tableau anglais, c’est qu’il n’arrivait pas à être titulaire à Arsenal. Et, la concurrence qu’il avait à subir là-bas, était celle, entre autres de milieux français. A commencer par
Matthieu Flamini, qui a fait une saison très solide, et semble potentiellement intéressant pour l’équipe de France. A Arsenal, il y a aussi Diaby, qui est
peut-être un peu plus offensif. Si on regarde les dernières sélections de Raymond Domenech, il est peut-être dans les 30-35, mais vraisemblablement pas dans les 23. Si jamais il y était, il
pourrait prendre une place de milieu offensif. De même, dans les milieux de terrain, qu’on ne sait pas qualifier vraiment de défensif ou offensif, il y a Matthieu Bodmer. Le
joueur lyonnais a fait un bon mois de mars, mais peut-être que c’est encore trop juste, pour pouvoir aller au-delà de sa première sélection en A’. En tout cas, si Raymond Domenech prend Matthieu
Bodmer, ce serait un pari intéressant, car il s’agit d’un profil assez original de milieu relayeur.
Dans les pur milieux défensifs, Alou Diarra a une réelle chance d’être sélectionné. Déjà présent à la
Coupe du Monde 2006, il avait même joué la moitié de la fameuse finale (suite à la blessure de Vieira), sans démériter. Il a fait une bonne saison avec Bordeaux. Mais, parviendra-t-il à dépasser
l’autre Diarra, qui semble avoir une longueur d’avance dans l’esprit du sélectionneur ? Citons aussi celui qu’il a remplacé à Bordeaux, Rio Mavuba, qui a déjà connu
plusieurs sélections en Equipe de France. L’ancien apatride a bien fait, dans la perspective de l’Euro, de se faire prêter par le club de Villareal, où il ne jouait pas, à Lille, où il est devenu
une pièce essentielle du milieu des Dogues.
Au-delà des noms cités, il y a très peu de chances qu’il y ait une surprise avec des gens comme Peter Luccin, oublié en
Espagne, Johan Cabaye, autre bon joueur lillois, Florent Balmont, le guerrier Niçois, Jérémy Clément, le jeune pilier du milieu défensif parisien, ou d’autres milieux de L1 (comme les Rennais
Etienne Didot, Fabien Lemoine, Nancéens, Benjamin Gavanon, Pascal Berenguer). Le plus pertinent serait encore Benoît Cheyrou, le milieu gauche du 4-4-2 diamant de l’OM. De tous ces noms, je crois
que seul Etienne Didot a reçu une pré-convocation.
Passons maintenant aux défenseurs.
Vraisemblablement, seront sélectionnés et titulaires : de droite à gauche : Willy Sagnol, Lilian
Thuram, William Gallas, et Eric Abidal. Pourtant, à part William Gallas, qui n’a pas fait pour autant une saison exceptionnelle à Arsenal, aucun de ces joueurs n’a vraiment été un
titulaire en puissance dans son club.
Willy Sagnol a été blessé six mois jusqu’à l’hiver, et s’est pris la tête au Bayern de Munich. Il
estimait qu’il méritait le brassard de capitaine après la retraite du légendaire Oliver Kahn, comme on le lui avait laissé entendre avant sa blessure, mais ses dirigeants n’en étaient plus
persuadés, compte-tenu de ses performances pas vraiment revenues à niveau.
Eric Abidal a été transféré l’an dernier de Lyon à Barcelone. Il a commencé titulaire, mais
actuellement, il l’est plus occasionnellement. Comme son club, il a finalement été assez décevant. La défense du Barça a concédé trop de buts sur des erreurs.
Lilian Thuram, a, lui aussi, participé à certaines des boulettes de cette arrière-garde barcelonaise.
Les faiblesses qu’il a montrées, ne lui ont d’ailleurs pas permis d’être titulaire souvent.
Pourtant, en équipe de France, qui, elle, ne prend pas beaucoup de but, Raymond Domenech ne voudra probablement pas
changer ces quatre-là pour des raisons d’automatismes. A moins que Lilian Thuram, le recordman de sélections en Bleu, se retire de lui-même, il sera sélectionné, comme ses trois
compères.
A priori plutôt destiné à être remplaçant, mais sait-t-on jamais si Eric Abidal doit glisser en défense centrale,
Patrice Evra, le défenseur de Manchester United, a aussi de fortes probabilités d’être sélectionné.
Comme les places sont limitées, ce sera en revanche dur pour Gaël Clichy, qui, certes, a été désigné meilleur latéral
gauche en Angleterre, mais semble derrière Eric Abidal et Patrice Evra dans l’esprit de Raymond Domenech. A moins que le sélectionneur ne prenne les trois, en considérant alors plutôt Eric Abidal
comme une doublure potentielle de Lilian Thuram ou William Gallas au centre.
Pour les défenseurs centraux, là aussi, les pronostics seront difficiles. Julien Escudé, le défenseur
de FC Séville, qui a une certaine polyvalence, tenait bien la corde, mais il a récemment été écarté du terrain par une pubalgie, ce qui rend moins probable sa sélection. N’étant pas dans le
secret du sélectionneur et des médecins, je ne peux pas dire que c’est totalement impossible.
Pour la troisième ou la quatrième place de défenseur central, Philippe Mexés semble le candidat logique
pour les observateurs. L’élégant défenseur de l’AS Roma, a d’ailleurs bon nombre de supporters, qui le verraient bien titulaire. Mais, Raymond Domenech ne semble pas avoir le même avis, puisqu’il
l’a très peu souvent fait jouer. Et, si dans son esprit, Philippe Mexés n’est pas un titulaire en puissance, pas sûr non plus qu’il le considère comme le remplaçant idéal. En effet, Raymond
Domenech, pour choisir ses remplaçants, prend aussi en compte la capacité à pouvoir bien se fondre dans la vie de groupe.
L’exemple-type de ces bons hommes de banc, c’est Jean-Alain Boumsong. Remplaçant à la Coupe du Monde
2006, quand Philippe Mexés, son ancien coéquipier à Auxerre, n’était, lui, pas sélectionné, il pourrait retrouver cette place à l’Euro 2008. Boumsong, après une saison et demie assez calamiteuse
à la Juventus de Turin, a réussi à retrouver une place de quasi-titulaire et de bonnes sensations en se faisant transférer à l’Olympique Lyonnais au mercato hivernal.
Mexés et Boumsong, les deux anciens Auxerrois, sont en concurrence pour une place dans les 23, mais ils pourraient aussi
être tous les deux sélectionnés, si la pubalgie d’Escudé se révèle rédhibitoire, et si Abidal n’est pas considéré comme un défenseur central (et donc Gaël Clichy n’est pas
sélectionné)
Cependant, il ne faut pas exclure d’autres remplaçants possibles en défense centrale : par exemple
Sébastien Squillacci, lui aussi défenseur à l’Olympique Lyonnais, ou Gaël Givet, pour qui Raymond Domenech a une sympathie certaine, puisqu’il a dit que c’était
le joueur qui ressemble le plus au joueur qu’il était il y a 20 ans. Gaël Givet, à l’Olympique de Marseille, mais aussi Sébastien Squillacci, n’ont pas été des modèles de sérénité durant cette
saison, mais il reste des sélectionnés possibles.
Encore un peu moins probables, on a deux joueurs que Raymond Domenech avait déniché pour sa dernière sélection A’ :
Ludovic Delpierre, joueur de Stuttgart, et Adil Rami, jeune joueur de Lille.
Dans la liste de la cinquantaine de présélectionnés, il paraît qu’il y a aussi le défenseur du Paris Saint Germain,
Zoumana Camara. En revanche, ni de Marc Planus, le défenseur bordelais, payant peut-être sa blessure récente, ni de Sébastien Puygrenier, qui, selon les observateurs, est peut-être l’un des
meilleurs défenseurs de Ligue 1. Il joue à Nancy, la meilleure défense du championnat, mais Raymond Domenech a sans doute considéré que cette performance doit plus aux vertus de solidarité d’un
petit club qu’aux talents individuels.
Côté droit, derrière Willy Sagnol, on a trois joueurs possibles. Tout d’abord, François Clerc, qui a le
plus souvent suppléé le Bavarois lors de sa blessure. Il ne paye pas de mine, mais, personnellement, je ne l’ai pas trouvé mauvais lors de ces apparitions sous le maillot Bleu. Certains
observateurs auraient tendance à lui préférer Bakary Sagna, qui, paraît-t-il ,fait une saison du feu de dieu avec Arsenal. Pas sûr qu’il soit dans l’esprit de Raymond Domenech,
le remplaçant naturel de Willy Sagnol. En outre, il n’est pas exclure que le sélectionneur ne prenne ni Clerc ni Sagna, mais se contente de Lassana Diarra, qui serait alors à la
fois un remplaçant au milieu et en latéral. Ceci libérerait alors une place pour un milieu de plus ou un neuvième joueur offensif. Personnellement, Lassanna Diarra ne m’a pas vraiment convaincu,
lorsqu’il a joué à ce poste ( voir les matchs contre l'Italie et l'Ecosse ) d’arrière latéral.
Dans les arrières latéraux moins probables, citons aussi Anthony Réveillère, le Lyonnais, qui joue plutôt à droite, mais
peut éventuellement jouer à gauche. Sylvain Armand, le latéral du Paris Saint-Germain, joue, lui, plutôt à gauche. A droite, il y a aussi Pascal Chimbonda, célèbre pour avoir été la surprise de
Raymond Domenech dans la liste de la Coupe du Monde 2006. Il s’en est fallu de dix centimètres sur le tir au but de David Trézéguet pour que Chimbonda devienne champion du Monde, en ayant porté
le maillot bleu en tout et pour tout quatre minutes.
En tout cas, ce qu’on appelle la jurisprudence Chimbonda amène à se méfier des éventuelles surprises dans la
liste du facétieux Raymond Domenech. Cette surprise ne devrait être ni Laurent Bonnart, le courageux latéral marseillais, ni Franck Jurietti, le latéral souvent brutal de Bordeaux (qui a
le record d’une minute en tout et pour tout de joué sous le maillot bleu), qui n’apparaissent pas sur la liste de présélection
Il me reste à parler des gardiens. La liste de
présélection donne les six noms suivants : Grégory Coupet, Mickaël Landreau, Sébastien Frey, Steve Mandanda, Ulrich Ramé et Yohann Pelé. Hugo Lloris, le
jeune portier Niçois, n’y apparaît pas, car il vient de se blesser. Lui, et Steve Mandada, le aussi très jeune gardien marseillais, auraient fait les meilleures saisons en Ligue 1 selon les
observateurs.
Mais, le numéro 1 devrait être Grégory Coupet, le gardien de l’Olympique Lyonnais, plus expérimenté, et qui après un
retour de blessure difficile, revient bien. Le numéro 2 devrait probablement être Mickaël Landreau, le gardien du PSG, décrié par une presse aux aguets pour un enchaînement de bourdes dans son
club, mais aussi chez les Bleus. La bourde en équipe de France, le normalement numéro 3, Sébastien Frey (excellent gardien de la Fiorentina en Italie), l’a aussi connu en Ukraine pour une de ses
uniques titularisations.
Steve Mandanda, devrait toutefois rester numéro 4, sauf si Raymond Domenech, allant à l’encontre d’une phrase qu’il a autrefois
prononcé sur le poste spécifique de gardien : « le seul moyen de passer numéro 1, c’est quand le numéro 1 meurt », décide de donner une belle expérience à un jeune
gardien, qui représente l’avenir.
Récapitulatif
Pour récapituler, on devrait avoir sauf cataclysme dans la liste des 23 :
Grégory Coupet, Mickaël Landreau, Sébastien Frey
Willy Sagnol, Lilian Thuram, William Gallas, Eric Abidal,
Patrice Evra
Claude Makelele, Patrick Vieira, Jeremy
Toulalan
Franck Ribery, Florent Malouda, Sidney
Govou
Thierry Henry, Nicolas Anelka, Karim
Benzema
Ce qui fait donc déjà 17 joueurs.
Pour les six places restantes (deux ou trois en défense, une ou deux au milieu, deux ou trois en joueur offensif), cela
pourrait se jouer entre :
Lassana Diarra, Philippe Mexés, Jean-Alain Boumsong, Samir Nasri, Djibril Cissé, Matthieu Flamini, François Clerc, Hatem
Ben Arfa, David Trézéguet, Alou Diarra, Bakary Sagna, Jérôme Rothen, Julien Escudé Sébastien Squillacci, Matthieu Valbuena, Gaël Givet, Rio Mavuba, Florent Sinama-Pongolle, Matthieu Bodmer, Gaël
Clichy, Jimmy Briand ou une autre surprise.
Personnellement, si j’avais à prendre six noms dans cette liste, ce qui n’est pas facile, je choisirais Philippe Mexés,
François Clerc, David Trézéguet, Matthieu Flamini, Samir Nasri et Jérôme Rothen (pas facile, le dernier nom, j’ai hésité aussi avec Jean-Alain Boumsong, pour avoir une liste à huit défenseurs,
poste qui à mon sens, a moins besoin de remplaçant, et Matthieu Valbuena, qui est très bon, mais serait peut-être un joueur axial de trop) En tout cas, je ne pense pas que cela sera la liste du
sélectionneur.
S’il aime prendre parfois le contrepied des journalistes, et s’il a su faire rentrer du sang neuf en équipe de France,
il faut bien reconnaître que Raymond Domenech est rarement surprenant dans ses compositions. Il y a 50 % de chances que l’équipe de France débute la Coupe du Monde avec les titulaires
suivants :
Grégory
Coupet
Willy Sagnol – Lilian Thuram – William Gallas – Eric
Abidal
Patrick Vieira- Claude Makelele
Franck Ribery Florent Malouda
Nicolas Anelka-Thierry Henry
A propos du projet de
jeu
La base du jeu de l’équipe de France, c’est le bloc-équipe défensif, le travail offensif dépendant alors
surtout de l’inspiration des joueurs. Dans le système de Domenech, il est très important que les joueurs de couloir, Florent Malouda et Franck Ribéry se dépouillent pour aider à défendre lorsque
l’équipe n’a plus la balle. Claude Makelele est au cœur du bloc équipe, c’est la pierre angulaire de la récupération, et ses qualités sont essentiellement défensives. On ne l’a d’ailleurs jamais
vu marquer de but. Patrick Vieira, lui aussi récupérateur, peut certes apporter de la percussion depuis le milieu de terrain, mais il ne va pas se substituer à un meneur de jeu technique quand
l’équipe domine. Le joueur offensif français, le plus à même de déstabiliser une défense, semble être Franck Ribéry. Mais, à la vue des derniers matchs des Bleus, j’estime qu’il n’a pas la
capacité qu’avait Zinedine Zidane (qui avait d’autres défauts) à faire jouer mieux ses partenaires. On verra bien ce que cela donnera avec un peu plus d’entraînement.
Mais, si l’animation offensive n’est pas au rendez-vous, à cause d’une frilosité tactique, de joueurs qui ne sont pas
revenus à leur meilleur niveau, ou d’un manque d’automatismes, je ne suis pas sûr que le bloc défensif de l’équipe de France, lui suffise à s’extirper de son groupe de la mort. Les Bleus
affrontent tour à tour la Roumanie, les Pays-Bas, et l’Italie, donc à priori elle prend ses adversaires dans l’ordre de difficulté. Mais, selon moi, il est incertain que la France fasse le plein
de points lors de ses premiers matchs. Je peux tout à fait envisager un scénario catastrophe, où la France se présente face à l’Italie avec un seul point dans la musette et l’obligation de gagner
pour se qualifier, après un match nul 1-1 ou 0-0 contre la Roumanie et une défaite 1-0 contre les Pays-Bas. Dans une telle configuration, la France aura-t-elle les ressources pour gagner son
dernier match ? Elle l’avait fait à la Coupe du Monde, c’était face au Togo, et non contre l’Italie.
Notons aussi que la solidité apparente de la défense de l’équipe de Raymond Domenech tient peut-être au fait que les
quatre de l’arrière sont bien protégés par le bloc équipe, avec notamment le ratisseur Claude Makelele. Pas sûr, que dans un contexte, où ils seraient un peu plus livrés à eux-mêmes, pour assurer
les arrières d’une équipe joueuse, Willy Sagnol, Lilian Thuram, William Gallas et Eric Abidal réussisse aussi bien à garder leurs cages inviolées. Lors des deux dernières années, on a pu repérer
une petite faiblesse sur coup de pied arrêtés, défensifs, mais d’ailleurs aussi offensifs. Les corners et coups francs français sont rarement dangereux.
Outre sa conception assez défensive du football, ce qui peut me déplaire un peu dans les options de Raymond
Domenech, c’est son manque de coaching. Il dit souvent que « ce n’est pas mettre quatre attaquants qui fera marquer plus de buts » ou « je ne préfère pas toucher à une
équipe bien en place » Pourtant, il n’est pas rare que même l’équipe la plus équilibrée du monde soit mise à défaut par une organisation tactique adverse. Dans ce cas, il est indispensable
de changer de système de jeu, pour essayer de renverser la vapeur, et gagner à la fin la bataille tactique. Enfin, quand on demande un jeu offfensif léché du spectacle, c’est le désir du
spectateur qui s’exprime. Et, quand on est en demande de coaching, c’est un peu le fantasme du sélectionneur qui sommeille en chacun de nous, et qui croît que du tableau noir théorique sortira la
vérité du terrain.
En attendant, Raymond Domenech est le sélectionneur de l’Equipe de France, et on doit lui faire confiance pour la mener assez
loin dans la compétition tout en préparant l’avenir. Malgré les critiques et les prédictions de Cassandre, il a déjà réussi à amener les Bleus en finale de Coupe de Monde et à les
qualifier pour deux compétitions majeures de suite. En outre, plus encore que pour la Coupe du Monde, il est difficile de faire des prédictions pour l’Euro, qui est de toute façon un tournoi très
relevé. Tout va dépendre de la préparation. On l’a bien vu avec la Grèce, championne d’Europe en titre, qui en enchaînant six matches de suite avec une tactique, certes très
défensive, mais gagnante, a réussi à gagner en 2004. On l’avait bien vu aussi pour les Bleus lors de la Coupe du Monde 2006, où la préparation de Robert Duverne avait réussi à transformer une
équipe sur les rotules en machine à gagner (sauf en finale). Bref nous soutiendrons les Bleus et nous verrons bien.