Concours

Jeudi 24 avril 2008

            Cette année, j’ai découvert l’émission de M6 « Pékin Express », sous-titrée « la Route des Incas », puisque le parcours des candidats les faisait traverser l’Amérique Latine.

            Le principe de ce jeu de télé-réalité, c’est d’opposer des binômes de candidats d’origines diverses, qui doivent parcourir le plus vite possible la distance entre deux villes-étapes dans un pays étranger, en se débrouillant avec un euro par jour.

            En pratique, cette condition d’ « un euro par jour » est plus symbolique que fondamentale, puisque le jeu est très codifié, et les candidats ne peuvent ni payer leurs déplacements, ni acheter à manger hors certaines fenêtres de la journée. La base du jeu, c’est surtout la chasse à l’auto-stop, hors quelques passages où la course redevient pédestre.

            En effet, les candidats doivent faire appel à la générosité des locaux pour leurs déplacements et aussi leurs hébergements. En général, ils finissent toujours par rencontrer des gens serviables, ce qui donne lieu à une litanie d’interviews des candidats louant la générosité de ces Brésiliens, Boliviens, Péruviens malgré leur niveau de vie en général moins élevés qu’eux, Européens. Cela dit, l’esprit de compétition, qui exige de trouver le plus vite possible un véhicule le plus rapide possible, sur la plus grande distance possible, tend parfois l’ambiance, avec des candidats auto-stoppeurs qui peuvent flirter avec la magouille ou les limite de l’agressivité. Parfois, ils utilisent comme argument « e per la telha francesa » Et effectivement, les automobilistes qu’ils accostent ne peuvent ignorer que cela se passe dans le cadre d’une émission de télévision. Puisque, bien qu’on ne les voit pas – et pour cause - , un cameraman suit chaque binôme. Ceci doit d’ailleurs compliquer la quête de véhicule, puisque ce ne sont pas deux places qu’il faut, mais trois places.

            Rien que sur ce détail, on voit toutes les limites de la réalité de l’histoire qu’on nous montre. Les candidats, inévitablement, vivent et voyagent avec l’équipe de tournage. Des liens peuvent se créer, et d’une manière générale, observation comme souvent signifie perturbation.

            Une polémique a éclaté suite aux révélations d’un cameraman Philippe Bartherotte, comme quoi il avait à la demande des patrons de la production, payé des véhicules pour des candidats. La production avait contre-attaqué, en démentant ses propos, et en les mettant sur le compte de son aigreur. Vivant une idylle avec une interprète locale, il n’aurait pas apprécié qu’on se passe des services de celle-ci, aurait quitté l’équipe de tournage pour rester avec elle, et aimerait maintenant être payé à la hauteur de ce qui était prévu dans son contrat. Cette version de la production contient sans doute du vrai, et prouve que les histoires d’amour, les tensions et les alliances ne sont pas seulement exacerbées chez les candidats, mais dans l’ensemble du milieu assez clos que représente la caravane de l’équipe de production. Cela dit, il n y a pas que de la mauvaise foi, mais aussi de la vérité dans les propos de Bartherotte :  la manière dont les candidats obtiennent des véhicules sont souvent obscures. Il est probable que parfois, des locaux se voient proposer une petite somme par la production pour compenser le dérangement causé par la conduite de candidats un peu plus loin que prévu. Peut-être que l’irruption de ces 4X4 sur les routes désertes de l’Altiplano Bolivien ne doivent rien au hasard. Pour défendre son impartialité, la production avait fait appel à Pauline et Aurélie, les jumelles lilloises, finalistes de l’émission. Les candidates juraient ne jamais avoir remarqué un quelconque coup de pouce de la production lors de leur dur périple. Elles peuvent très bien dire vrai, mais ce n’est pas parce qu’elles n’ont rien remarqué de tangible, qu’il ne s’est pas passé des choses en coulisses. J’ai lu quelque part qu’on aurait payé par exemple un véhicule pour Morta et Loulou, le gendre et son beau-père retraité de la gendarmerie, à la sortie du Pantanal (zone marécageuse à l’ouest du Brésil). Or, sur cette étape, cela n’a pas vraiment eu d’incidence sur le résultat, puisque arrivé dernier, le binôme fut éliminé. Les deux hommes avaient souvent de la peine à faire de l’auto-stop par rapport aux autres candidats, et ils furent justement de loin les derniers à trouver une voiture lors de cette étape, donc si aide de la production il y a eu, celle-ci n’a servi qu’à éviter de les faire sécher (ou mouiller car il pleuvait) sur le bord de la route jusqu’à la fin de l’étape.

            De toute façon, l’émission, c’est avant tout du montage, en particulier pour les arrivées, où on nous montre une alternance de séquence d’arrivée des différents binômes, sans que cela révèle vraiment leur ordre d’arrivée, dont la primeur est laissée à la séquence finale de l’épisode, où l’animateur Stéphane Rothenberg annonce le classement de l’étape. Or si les arrivées sont aussi serrées que la voix off le dise, ce serait étonnant que certains candidats ne se voient pas lors du finish jusqu’au drapeau marquant le terme de l’étape. Selon moi, il n’est pas impossible que ce qu’on voit des arrivées, ce soit des séquences retournées pour le besoin du montage, dans le cas où il serait impossible de cadrer sur un binôme sans voir celui qui les talonne.

            La rédactrice en chef, Cendrine Gentil, si elle a nié les allégations de l’ancien cameraman, n’en a pas moins reconnu que l’émission obéissait à un storyboard, ce qui imposait de monter certaines séquences pour que l’histoire racontée corresponde à la cohérence attendue, avec le rythme de rebondissemens désiré. Pour leur montage, pas forcément chronologique, d’une étape de trois jours en deux heures, M6 dispose des séquences filmés par le cameraman attribué à chaque binôme lors de la course ou de la recherche de logement, de quelques reportages et interventions de Stéphane Rothenberg pour découvrir les localités traversées, des images des épreuves d’immunité et du classement final, et des interviews des candidats, qui peuvent tout aussi bien être filmées en cours d’étape, qu’après.

            Oui, l’histoire des candidats est forcément romancée. Ceci ne veut pas forcément dire que le jeu soit totalement faussé vis-à-vis de ses règles : porte-à-porte pour le logement chez l’habitant les soirs, auto-stop sans proposer d’argent, et achat de nourriture seulement autorisés pendant la journée, avant que ne retentisse la balise (en général vers 17h00), qualification en cours d’étape pour les deux ou trois premiers binômes à une épreuve d’immunité, gain d’un dossard rouge à l’issue de ce petit concours (dont le thème est lié à l’endroit où il se déroule, que cela soit le centre des transports urbains de Brasilia ou les mines de la Bolivie croyante) symbolisant la protection de l’élimination quel que soit le classement à l’issue de l’étape. Souvent, aussi, divers objets (photos avec un lasso, diamants, offrandes à la sorcière,…) doivent être amenés pour valider l’arrivée au drapeau. Notons aussi des épisodes spéciaux, où des candidats, en arrivant en tête à un point intermédiaire, obtiennent pour les deux journées suivantes un drapeau rouge. Celui-ci, agité au passage des concurrents, permet d’arrêter leur progression pendant une demi-heure, les « geler » selon le jargon « Pekin Express ». C’est un bon artifice pour générer des tensions entre les candidats. Dans le même but, et qui m’emballe encore moins, la production propose lors d’une étape de mélanger les binômes : le « pousseur », représenté l’équipe, et essaie de rallier l’arrivée au plus vite, mais il est accompagne d’un « ralentisseur » qui doit s’arranger pour gagner du temps, et éviter que le « pousseur » qu’il accompagne n’arrive avant le « pousseur » qui représente son vrai binôme. Cela donne lieu à des scènes un peu ridicules où les ralentisseurs font des caprices, pour manger, refaire les bagages, aller aux toilettes, plutôt que monter dans une voiture, des moments de tension où le « pousseur » et le « ralentisseur » s’engueulent, pleurent, comme Pauline qui craque parce que sa sœur Aurélie n’avance pas à cause d’Harold le médecin belge, chargé de la ralentir, et mécontent d’avoir été abusé quelques instants auparavant par les filles…Bref, une épreuve nerveuse pour alimenter la soif de conflits que les producteurs croient voir chez les téléspectateurs. Au final, l’incidence sur le jeu fut limitée, puisque Yasmine la Belge arrivée dernière, le binôme qu’elle formait avec Harold a du donner sa balise à Stéphane Rothenberg à la fin de l’étape, mais celui-ci leur a rendu. Ils n’étaient donc pas éliminés, mais auraient un gage pour la prochaine étape : une poule et des œufs à transporter pendant trois jours et à ramener à Coruna au-delà du Pantanal. En effet, la production décide assez arbitrairement (même si ça semble être généralement une fois sur deux) que certaines épreuves sont éliminatoires, et d’autres non. « Mais les candidats ne le savent jamais », comme ils disent. Bref, ce jeu télévisé dépend quand même beaucoup du cadre fixé et adapté par les organisateurs, sans doute plus que des candidats.

 





            Pour finir sur les principes du jeu (que vous connaissez déjà ou pouvez retrouver sur le net, c’est sûr), les binômes arrivés en tête à l’issue d’une étape gagnent une amulette, à laquelle correspond une somme d’argent. Le capital accumulé au cours de toute la course ne sera acquis qu’en cas de victoire finale. Lorsqu’un binôme possédant une ou plusieurs amulettes est éliminé, il doit choisir de la donner à un binôme restant en course. C’est ainsi que Gérard et Cédric, le père et le fils niçois et supporters de l’OGC Nice, sont restés au contact de Jean-Pierre et Joël, le binôme qui a remporté le plus d’étapes. A côté des binômes : couple à la ville (Yasmine et Harold, Terence et Olivia), frères-sœurs (Pauline et Aurélie, Guillaume et Carine), père-fils (Gérard et Cédric), belle-mère et belle-fille ou beau-père et gendre (Cynthia et Maïté, Morta et Loulou), amis et collègues (Eric et Pierre, Christila et Delphine), le binôme Jean-Pierre et Joël avaient la particularité de ne pas se connaître avant l’aventure. En soi, ce n’était pas un handicap selon moi, puisque tout dépend du caractère de chacun qu’on se connaisse ou pas. Ils ont frisé l’élimination lors d’une des premières étapes au Brésil (Diamantina et sa jolie place, si je m’en rappelle bien), en terminant dernier, et en se voyant sanctionner pour avoir essayé de payer un chauffeur : résultat : deux fois plus d’handicaps, sous forme de quatre grosses valises en bois à porter pour l’étape suivante. Bien sûr, dans les deux kilomètres de courses à pied par laquelle débutait celle-ci, ils n’ont pu rivaliser et se sont traînés : ils n’ont donc pas eu le droit à la ballade en avion et à la visite de Brasilia, qu’ont obtenus les copains rugbymen Eric et Pierre en arrivant les premiers à l’aéroport (avant d’offrir à Cynthia et Maïté, originaires aussi du Sud Ouest de les accompagner). Jean-Pierre et Joël n’ont pas pu non plus se qualifier pour l’épreuve d’immunité, où Terence et Olivia battaient d’un cheveu Eric et Pierre pour reconstituer un P E (comme Pékin Express) en faisant manœuvrer des bus de la ville. Jean-Pierre et Joël n’ont pas non plus pu atteindre en premier le monument où se trouvait le drapeau rouge, où Yasmine et Harold ont précédé in extremis Pauline et Aurélie. Mais, pour la suite de leur étape, le binôme associant Joël le trentenaire et Jean-Pierre qui frisait lui la soixantaine, ont réussi à dépasser leur handicap, en trouvant les bons automobilistes pour les charger ainsi que leurs valises (et leur cameraman) et en évitant aussi les arrêts par drapeau rouge agité suite à un pacte de non agression avec Yasmine et Harold. Ce n’étaient donc pas Jean-Pierre et Joël qui étaient éliminés à l’issue de cette étape (qui emmenait les concurrents à Rio Verde, je crois), mais les sympathiques Eric et Pierre, qui avaient vu leur réussite jusqu’à mi-étape faire place à de la poisse lors de la fin de course.

            Et, c’est par la suite que Jean-Pierre et Joël allaient gagner plusieurs étapes, à commencer par l’étape suivante, en bénéficiant à fond du gain de l’épreuve d’immunité chez les cow-boys de l’Ouest Brésilien (capture de veau et tir à la carabine sur des boîtes de métal), quand par la suite toutes les équipes sauf eux étaient mélangées. Tout cela les amena en Bolivie puis au Pérou, où ils énervèrent Gérard et Cédric par leur volonté de gagner à tout prix (je n’ai pas vu l’épisode autour de Machu Pichu où le conflit a éclaté) Je pense que si les avis étaient forcément partagés sur Jean-Pierre et Joël : certains suiveurs de l’émission les trouvant cool et compétiteurs, d’autres moquant ce vieux beau et ce coiffeur manièré, ce binôme pouvait servir de méchants pour certains résumés, ce qui est le bain d’une production de télé-réalité, où on veut que les avis se polarisent autour de candidats apprécies et d’autres détestés.

            L’aventure de Jean-Pierre et Joël s’arrêta finalement aux portes de la finale à Lima, sur l’Océan Pacifique (donc la traversée du continent d’un Océan à l’autre était bien réalisée) après une traversée des dunes du désert côtier avec des buggys à carburant limité, puis à pied. Les finalistes furent Gérard et Cédric et Pauline et Aurélie, qui en récupérant les amulettes de Jean-Pierre et Joël, se retrouvèrent à égalité de gain potentiel avec leurs adversaires. Je crois que ce sont finalement le père et le fils niçois qui ont gagné « Pékin Express : la Route des Incas »

 

            Je n’ai pas vu cette ultime étape, mais ce qui est sûr, c’est que l’émission savait ménager le suspense, et donnait envie à la fin de chaque épisode de voir le suivant dont un résumé alléchant était proposé. Le tout couplé avec de belles images et une musique entraînante, c’est bien calibré, c’est sûr.

            Après, je crois qu’il faut savoir garder ses distances avec les enjeux sursurlignés par la voix off comme je l’ai montré, mais ne pas pour autant bouder son plaisir. En plus, on a le droit à de belles images et des petites informations (même si ce n’est pas France 5) sur les régions traversées, ce qui est agréable et peut être même positif pour la culture de certains. De Rio de Janeiro à Lima. Oui, j’ai aimé voir le sourire des Brésiliens, les églises pastels du Brésil, l’architecture de Brasilia, les marais du Pantanal, les magnifiques paysages montagneux de Bolivie, hauts sommets et canyons plus ou moins à sec, Uyuni la désertique, sa gare fantôme, ses collines pelées avec cactus et ses herbes sèches, et surtout la vaste étendue des salars, les couleurs du lac Titicaca, les lignes de Nazca, le contact entre les sables du désert et la bleu de l’océan Pacifique.


 


            Je crois que depuis que je suis jeune, l’Amérique du Sud est une des régions du globe qui me fascine le plus. Bizarrement plus que l’Asie par exemple.

            Asie, où se déroulaient les premières éditions du jeu de M6, que je n’ai pas vues. Ce qui explique le nom de « Pékin Express » que la chaîne n’a pas changé. Pour des raisons de publicité, j’imagine que c’était plus aisé, même si ça peut entraîner des confusions géographiques chez les plus ignares. La communication est d’ailleurs la même sur d’autres jeux de téléréalité, comme Koh Lanta , dont le nom venait du premier archipel (en Asie du Sud-Est) où l’émission a été tourné. Depuis, la localisation bouge d’une année à l’autre. Autre exemple, cette fois-ci hors télé-réalité, mais avec toujours un rôle essentiel des médias dans la tenue de l’épreuve: on sait que le Dakar, anciennement Paris-Dakar, a renoncé à faire courir ses motos, voitures et camions en Afrique à cause des menaces des groupes terroristes islamistes. En 2009, la course reprendra, mais se déroulera au Chili et en Argentine : bien que la capitale du Sénégal ne soit plus ralliée, il n y aura pas de changement de nom, je crois.

            Ainsi, donc, de Lima, les candidats de Pékin Express n’ont pas rallié la capitale chinoise, et je ne vous ai pas parlé du périple, difficile aussi, d’une flamme jusqu’aux Jeux Olympiques.

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Lundi 7 avril 2008
Le salaire dépend moins du travail que de la valeur marchande

    Effectivement, si le proverbe dit que tout travail mérite salaire, on se rend vite compte que ce qu'on gagne n'est pas forcément proportionnel à notre peine et aux heures passées dessus. Rien de choquant en cela, il est normal que le salaire dépende d'une combinaison de paramètres : le temps de travail, son intensité, son importance, les études qu'il a fallu faire et les qualifications qu'il a fallu acquérir pour bien remplir ce métier, la performance accomplie et donc le montant auquel va être vendu la prestation et ce qui en découle. Dans nos sociétés de consommation, où les citoyens sont devenus des clients, le curseur s'est un peu trop déplacé dans cette direction.
     Pourquoi un footballeur gagne plus qu'un judoka ?
     Pourquoi un chanteur de rap gagne plus qu'un acrobate de cirque ?
     Pourquoi un ingénieur dans l'agroalimentaire gagne plus qu'un chercheur en histoire médiévale ?
     Pourquoi un publicitaire gagne plus qu'un contrôleur des impôts ?
     Pourquoi le patron d'EADS gagne plus que le président de la République ?
   
     Parce qu'ils rapportent plus d'argent par leur activité à ceux qui décident de leur salaire. C'est la rareté de l'offre par rapport à la quantité de la demande qui fait monter le prix des hommes. On n'est pas loin de la marchandisation humaine.
     Est-ce que c'est la porte ouverte à toutes les dérives ?
     Peut-être ! En tout cas n'oublions jamais qu'il y a autre chose que le profit à court terme !
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Jeudi 27 mars 2008

            On a beaucoup eu de mal à démêler ce qui tenait des enjeux locaux et ce qui tenait des enjeux nationaux lors des dernières élections. La confusion a été entretenue par les journalistes, qui avait besoin de passionner les foules avec certains thèmes transversaux. Le mélange des genres découle aussi naturellement de la gestion qui se veut ordonnée des campagnes électorales par les partis nationaux, du moins pour les grandes villes. Mais ceci est aussi intrinsèquement dû à notre système institutionnel.

            En effet, beaucoup de députés, mais aussi de nombreux ministres se précipitent dans la course aux municipalités et conseils généraux. C’est toute la problématique du cumul des mandats : nos hommes politiques font souvent de grandes déclarations d’intention contre cette habitude de porter plusieurs casquettes. Multiplier les postes, c’est bien souvent ne pas en remplir un seul bien. Cependant, on nous dit que ce n’est pas bon de rester dans sa bulle : ministère, mairie, et qu’il est bien de se confronter d’autres responsabilités pour éclairer nos choix : on parle notamment de la fameuse implantation locale qui permet de garder les pieds sur terre. Comme souvent, tout ceci est une question d’équilibre, et je crois que nos institutions et les pratiques politiques pourraient être améliorées.

            Examinons le cas assez courant des députés-maires. De nombreux hommes et femmes politiques, en général membres des grands partis, occupent ces deux fonctions, et pourtant même si elles correspondent à une même implantation locale autour d’une ville, souvent chef-lieu de circonscription, les deux missions politiques sont très différentes. Le maire s’occupe de la gestion de la ville, avec des défis importants, touchant au logement, aux marchés publics de l’eau et de l’énergie, aux transports, aux opérations de solidarité, au contrôle des taxes foncières, à l’animation culturelle. Le député, lui, doit être un rouage essentiel de la politique nationale en discutant, amendant, votant et faisant les lois. Son rôle local, devrait normalement se limiter à un travail de relais via sa permanence : transmettre et expliquer les décisions législatives au peuple et recueillir les doléances du citoyen, pour alimenter le débat à Paris.

 

                                          
Le serment du Jeu de Paume
(peinture de David et événement essentiel de notre Histoire : première Assemblée Constituante)

 

            Mais, par une distorsion de notre constitution, le pouvoir législatif s’est retrouvé à la remorque du pouvoir exécutif. La cinquième république reposait déjà à la base sur un régime semi-présidentiel, le chef de l’Etat étant élu au suffrage universel. Mais, le rythme et l’équilibre de notre démocratie ont été bouleversés par l'instauration du quinquennat, et l’inversion du calendrier, décidés par Jacques Chirac et Lionel Jospin. En ce qui concerne le raccourcissement du mandat présidentiel à cinq ans, nous, Français, y avons mis notre main aussi, puisque cette décision a été soumise à référendum. Je me rappelle avoir voté oui. Je n'en suis pas à regrette cette décision : dans un monde qui change vite, il est bon de permettre une certaine réactivité politique, et cela peut permettre également un renouvellement des têtes plus rapide. Mais, les conséquences négatives induites n'ont pas été corrigées.

Donc, nous avons maintenant des élections générales tous les 5 ans, présidentielles, suivies des législatives un mois plus tard. Or, il apparaît que c’est la première des deux élections qui est déterminante, la couleur de l’Assemblée ne différant pas de celle du Président. Les cohabitations ne sont, certes pas, une garantie de travail harmonieux, mais avoir une assemblée un peu moins monolithique (ou plus exactement figée en deux blocs de taille différente) serait souhaitable. La campagne législative se limite souvent au spectacle suivant : des candidats du parti présidentiel, qui se contentent de se mettre sous la bannière du projet présidentiel, tandis que les candidats du parti adverse ne demandent pas aux Français de leur donner les moyens de gouverner sur un projet, mais la possibilité d’être assez nombreux à l’Assemblée Nationale pour que la situation soit raisonnablement équilibrée. Ajoutez à cela les médias, pour qui il est plus facile de parler d’hommes que de construction de projet. Et, la personnalisation de l’élection politique est en marche. Un parti, un candidat et des collaborateurs, qu’ils soient destinés à devenir conseillers spéciaux, à entrer au gouvernement, à être députés ou et à rester dans les instances du parti.

Après l’élection, durant la législature, le parlement a fort à faire avec toutes les  mesures que veut mettre en oeuvre la présidence et le gouvernement, qui pensent être en communication directe avec le peuple via les médias. Bien sûr, je ne nie pas tout le travail de réécriture de la loi par amendement successif, et le parlement n'est, certes, pas encore une chambre directe d'enregistrement. Mais, les choix sont plus techniques que politiques. Bien sûr, il y a les lobbies qui rodent autour des parlementaires, mais les décisions que ceux-ci devront prendre concerneront alors plus les intérêts particuliers que la marche de la Nation. L'Assemblée Nationale va rarement à l'encontre du gouvernement, et la discipline de parti, que cela soit d'ailleurs pour soutenir ou pour s'opposer, tient lieu de principale attitude. Il y a sans doute un certain nombre de textes qui rassemblent au-delà du clivage gauche-droite, et sur certaines lois, certains membres du grand parti au pouvoir, qui ont en général une carrière politique respectable , peuvent s'abstenir. L'abstention étant aussi en général le mode de vote de l'opposition, quand il s'agit de dénoncer l'imperfection d'une loi , sans remettre en cause ses quelques conséquences positives. Quoi qu'il en soit, l'opposition sait qu'elle est condamnée à être minoritaire. Quoique, parfois, quand beaucoup de membres de la majorité ne sont pas présents dans l'hémicycle, il arrive que certaines lois ne puissent passer, et doivent être repoussées à une session beaucoup plus lointaine sous une autre forme. L'absentéisme parlementaire témoigne du manque de vigueur du parlement et parfois du manque de conscience professionnelle et politique des députés. Bien sûr, si certain sèchent une séance, c'est parfois une manière diplomatique de boycotter un vote. Mais, bien souvent, ce sont d'autres obligations plus ou moins importantes qui éloignent les députés de leur cadre normal de travail. On se rappelle que Jean-François Copé, président du Groupe UMP et cumulard notoire, s'était opposé à une loi qui lierait l'indemnité parlementaire à l'obligation de présence. Si son argument concernant le fait que le travail des députés se fait aussi hors hémicycle, notamment dans les commissions étaient recevables, il n'en reste pas moins qu'un certain nombre d'hommes politiques ne font pas assez leur travail législatif, devant honorer d'autres engagements vis-à-vis de leurs amis, leur famille, de leur parti, ou de leur région, conseil général et mairie. On en revient donc à la question du cumul des mandats.

La limitation plus restrictive de celui-là n'est pas encore au programme de la prochaine réforme institutionnelle. On nous annonce pour juin un texte qui sera sans doute une avancée, mais de toute évidence incomplet, les propositions de la commission Balladur ne semblant pas toutes capables de vaincre les résistances et conservatismes de la classe politique française. un autre article sur le sujet Notons tout de même, puisque  j'avais parlé plus haut de ce souci de pouvoir législatif à la remorque du pouvoir éxécutif, que l'Assemblé Nationale pourra mieux maîtriser son ordre du jour, c'est-à-dire que pendant certaines périodes de l'année, les parlementaires pourront écrire des lois indépendemment du gouvernement. C'est une avancée pour renforcer le pouvoir législatif.

Plus haut, je n'avais pas parlé des députés qui ne se rangeaient ni dans la majorité ni dans l'opposition, et pour cause, ils sont très peu nombreux. L'Assemblée est presque exclusivement bipolaire, voire bipartite : le Parti Socialiste et l'Union pour le Mouvement Populaire se taillant la part du lion, n'ayant laissé échapper lors des éléctions législatives à scrutin majoritaire à deux tours que quelques circonscriptions au MODEM, ou aux non-inscrits, et n'en ayant confié que parcimonieusement à leurs alliés respectifs : Parti Communiste, Parti Radical de Gauche, Mouvement Républicain et Citoyen, Verts, Nouveau Centre,... Pour permettre à l'Assemblée Nationale d'être moins homogène, il faudrait changer le mode de scrutin. Introduire une dose de proportionnelle aux législatives. C'est tout un débat : personnellement, j'y suis favorable, même si toute la question est de trouver le bon dosage. Les plus farouches opposants à la proportionnelle, qu'on retrouve - comme c'est étrange - dans les grands partis, disent que cela risque de créer des Assemblée ingouvernables. On cite les exemples des instabilités politiques des régimes parlementaires, tels l'Italie actuelle ou la France de la Quatrième République. Le "régime des partis", comme l'appelait le Général de Gaulle. Il n'avait pas tort... Seulement, on peut dire que notre cinquième république a aussi évolué vers un régime des partis, des deux partis. En fait, toutes les constitutions perdent à un moment ou à un autre, quand les gens commencent à se regrouper en partis sur des questions de tactique électorale plutôt que d'idées. Pour l'instant,  l'UMP, Union pour la Majorité Présidentielle, qui a digéré tous les partis de droite dans un soutien à l'ambition présidentielle d'un homme fort, ne semble pas trop disposée à réformer la Constitution sur ce point. Beaucoup de députés du parti préfèrent assurer leur réélection que se lancer dans l'aventure de la proportionnelle. De l'autre côté, le Parti Socialiste, qui a fait le vide autour de lui, bénéficiant notamment du mouvement de réaction à l'élimination de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle, analysé sous l'angle de lémiettage des voix de la gauche plurielle, a une position assez ambigue. Si certains sont prêts à combattre ou au moins faire des déclarations d'intention pour assurer un plus grand pluralisme à l'Assemblée Nationale, une bonne partie des députés préfèrent ne pas se tirer une balle dans le pied.

 

                     

 

On dit que si François Fillon n'a pas l'intention de proposer des mesures sur une dose de proportionnelle pour l'élection du Parlement dans son texte de loi de réforme constitutionnel, c'est pour assurer que celui-ci passe.  En effet, avec des parlementaires UMP qui ne voudraient pas de la proportionnelle, et des parlementaires PS pas très sûrs, peu de chance que la majorité des 3/5 pour le changement de constitution soit réunie. Le gouvernement dit préférer découpler la question de la proportionnelle de la réforme institutionnelle. Cependant, je ne suis pas sûr qu'elle revienne par la suite pour autant.


             L'autre élément essentiel que le gouvernement a exclu d'inclure dans sa réforme constitutionnelle, c'est donc la limitation du cumul des mandats. Et, je suis désolé, mais, on l'a vu, laisser à la raison des hommes politiques la modération du cumul, ça ne marche pas. Alors, on va continuer à avoir des présidents de conseils généraux, qui font la pluie et le beau temps sur un département, qui font leur représentation dans leur commune en tant que maire, qui tiennent à être reconnue dans leur parti via un poste influent, et de temps en temps, vont voter les lois à l'Assemblée Nationale. Comme bien souvent, ils se construisent et consolident ce petit matelas de pouvoirs sur des dizaines d'années, ça ne laisse pas beaucoup de place aux nouvelles têtes, nouvelles idées et nouvelles politiques. D'ailleurs, si le cumul n'avait pas été un mal si répandu, sans doute qu'on aurait eu moins besoin d'une loi de parité bête et méchante pour faire progresser la part féminine en politique.

             Donc, selon moi, il faut pus limiter le cumul des mandats, et concernant le cas particulier des députés maires, voilà ce que je propose, en espérant que cela soit réaliste :

                   -ne pas pouvoir cumuler la charge de maire et la mission de député... Si le député tient à rester présent dans son territoire, il est tout de même autorisé à rester conseiller municipal
                    -limiter le maire à trois mandats de suite (sauf éventuellement dans les très petites communes, ou il s'agit plus d'un sacerdoce que d'un pouvoir crucial)

                   Concernant les mandats de députés, j'hésite à les limiter aussi à deux ou trois législatures. D'un côté, on peut se dire que si le type en question fait du bon travail législatif, en sachant rendre des comptes à ses électeurs plutôt quà son parti, il n y a pas de raison qu'il ne reste pas député, et fasse bénéficier les travaux de l'Assemblée Nationale de son expérience. De l'autre côté, on peut se dire que c'est bien qu'il sache laisser sa place à un nouveau député, qui arrive avec des idées fraîches et une vraie envie de les faire passer à travers son travail législatif. En plus, l'ancien député aurait d'autres moyens tout aussi intéressants de faire valoir son expérience et sa motivation, ce qui lui permettrait également d'avoir d'autres points de vue. Par exemple, sénateur, ce qui ferait une légère différence. Ou alors ministre, s'il a de la chance. Ou aussi, député européen. Je pense qu'il serait vraiment profitable que les hommes politiques, et à leur suite les citoyens, ne considèrent pas les élections européennes comme des élections secondaires, où les grands partis reclassent certains de leurs malchanceux têtes de listes, et où les petits partis à la dent dure, voire démagogique, profitent de la tribune, et  de l'opportunité- avec la proportionnelle - de faire élire leurs leaders qui toucheront une indemnité en étant les champions de l'absentéisme. Bien sûr, il est évident qu'il faudrait aussi qu'en parallèle, la Constitution Européenne donne au Parlement de Strasbourg-Bruxelles plus de pouvoir.
                 Et, sinon, le député en fin de trois mandats, aurait toujours la possibilité de devenir maire ou redevenir. Avec de tels changements constitutionnels, un bon parcours politique ne serait plus celui d'un cumulard en puissance, mais par exemple celui d'une personne, qui se fait élire maire assez jeune avec un projet novateur, le met en oeuvre pendant deux ou trois mandats, puis laisse la main à un successeur de qualité, avant de se présenter aux législatives, lors desquels,  fort de son expérience local et de grandes idées pour la République, elle est élue député. Là, son travail législatif de qualité a de bonnes répercussions sur la marche de la France. Elle est réélue à nouveau député. Après deux législatures, elle est appelée vers d'autres défis au Parlement Européen, ou dans l'éxécutif.  Et, n'ayant pas oublié sa ville, tout en s'étant mis à la page des nouveaux défis, elle terminerait sa carrière à la mairie.
                      Bien sûr, personne n'est obligé de faire de la politique toute sa vie, mais ce qui est sûr c'est qu'à ceux qui disent que c'est bien de cumuler plusieurs responsabilités car ça permet d'avoir une vision globale, je dis que l'ouverture d'esprit, l'adaptabilité, la capacité à faire fructifier son expérience, et le talent, on les utilise encore mieux, en assumant avec fiabilité différentes responsabilités tour à tour.

                  

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Mardi 18 mars 2008

        Donc, ca y est, les 36568 communes de France ont élu leurs maires, pour six nouvelles années. Le bail précédent avait été de sept ans avec la réorganisation du calendrier électorale pour repousser les municipales suffisamment loin  des présidentielles et législatives.

        D'ailleurs, certains, notamment à l'UMP, pensent que le résultat des municipales aurait été moins défavorable si l'élection avait été maintenue en automne 2007. L'état de grâce de Nicolas Sarkozy aurait alors pu servir les candidats UMP. C'est probable ! Mais, rejouer  la campagne présidentielle entre ceux qui trouvent  Sarkozy formidable et ceux qui le trouvent dangereux, une troisième fois en six mois, ça aurait été lassant à force. C'est bien que les enjeux des municipales soient avant tout locaux. Et, même si sa défaite aurait certainement été moins nette, en particulier aux cantonales, la droite aurait sans doute quand même perdu par effet de balancier quelques mairies basculées en 2001.

      Il n'en reste pas moins que la droite a perdu ces élections municipales, et de fait, la gauche les a gagné. Ou, plutôt, il serait plus juste de dire que c'est l'opposition qui les a gagné ( voir par exemple l'article d'Eric Dupin sur cette distinction entre victoire de la gauche et victoire de l'opposition ). Là, on parle bien sûr du bilan national, où la stratégie de l'opposition a été de critiquer le Président, le gouvernement et la majorité parlementaire, qui ne réglent pas les problèmes quotidiens des Français, comme celui du pouvoir d'achat. En dehors de cela, la victoire du PS et des autres composantes de la gauche ne s'est pas fait sur la présentation d'un projet national. En revanche, sans doute que les projets locaux ont convaincu les citoyens, permettant de s'emparer de villes comme Strasbourg et Toulouse , ou de se faire réélire assez triomphalement (Bertrand Delanoë à Paris, Gérard Collomb à Lyon, ou Martine Aubry à Lille, même si pour elle dans le Nord socialiste, contrairement aux deux autres, il n y avait pas de défi de confirmation de prise récente de ville)

       Bref, avec les présidences de région, et maintenant de nombreuses mairies et la majorité des présidences de département, la gauche - en particulier un Parti Socialiste de plus en plus hégémonique dans son camp - dispose de pouvoirs locaux assez importants, et pourtant cela n'efface pas la succession de défaites nationales. D'où vient ce hiatus ? Deux adjectifs peuvent qualifier les élections municipales, cantonales, régionales.
  D'une part, intermédiaires, en opposition avec les élections générales : présidentielles et législatives, qui ne reviennent que tous les cinq ans. La droite parviendrait donc à tendre toutes ses forces pour construire un projet et faire émerger un candidat en vue de ce type de campagnes qui demandent une grosse puissance et cohérence médiatique. La gauche, elle, bénéficierait du désenchantement des Français lors des élections intermédiaires.
      D'autre part locales, en opposition avec les élections présidentielles et législatives qui sont nationales et ont des répercussions internationales. La gauche aurait un problème pour proposer une lecture du monde - qui a beaucoup évolué - claire et pertinente. En revanche, sa politique, sans doute plus sociale, serait plus adapté à la gestion des collectivités locales, où les décisions jouent tout de suite sur le quotidien des citoyens. François Rebsamen, invité pour le Parti Socialite à "Mots Croisés", relayait ce message.
       J'ai trouvé aussi intéressant ses propos sur le fait que finalement les présidents de régions et autres responsables locaux socialistes se foutent des victoires nationales, voire les redoutent. Ils ne voient pas d'intérêt à s'engager trop obstensiblement en faveur d'un candidat aux présidentielles - au risque d'éventuellement écorner leur image auprès de leurs électeurs locaux, si patiemment construite. Comme en plus en cas de victoire aux élections générales, comme on l'a vu plus haut, il risque d'y avoir un mouvement de balancier qui leur coûtera leur mairie ou leur présidence de région, ils préfèrent leur destin individuel : conserver leur beau poste local, que se ranger derrière un autre individu qui brigue la plus grande charge de l'Etat français (bon, certes, en refusant de se battre fortement pour les victoires nationales, ils se ferment quand même l'accès à des postes de ministre). François Rebsamen fustigeait un peu ce genre de comportement, rappelant qu'il avait prouvé qu'on pouvait avoir été un soutien très actif de Ségolène Royal lors de la présidentielle et conserver sa mairie (Dijon)
   

 
        En face de lui dans cette émission, pour l'UMP, Jean-François Copé a dit un certain nombre de choses pertinentes. Mais sa façon de couper la parole pour placer à tout prix sa phrase toute préparée sur un sujet ou de se contenter d'une simple formule UMP lorsqu'on en vient aux sujets qui fâchent est assez exaspérante. A vrai dire, pour l'instant, quans j'écoute Jean-François Copé, j'identifie plus sa rhétorique que ses valeurs politiques. Une des idées qu'il a fait passer est que la droite, contrairement à la gauche, avait fait un gros travail idéologique dans les dix dernières années, dépassant quelques points de clivage, sur l'Europe par exemple, et décomplexant son discours sur les impôts, l'éducation et la sécurité. On ne peut donner tort à Jean-François Copé sur ce constat, mais je me range aussi derrière les observateurs présents sur le plateau qui mettaient en garde la droite contre la tentation de se croire arrivée, et de cesser le travail intellectuel... La vérité n'est jamais absolue, et il faut savoir se remettre en cause. Pourtant, j'ai bien l'impression que dans les cinq ans qui viennent, la droite risque de stagner idéologiquement en restant collée aux leitmotivs sarkozystes qu'on commence à bien avoir entendus, même si ils sont loin d'avoir été réellement mis en pratique.

       En tout cas, bien qu'à plusieurs reprises Jean-François Copé relaya le fantasme de persécution de l'UMP, en se disant seul contre six (Rebsamen, mais aussi les politologues et journalistes présents) quand les observateurs donnaient leur avis sur certaines faiblesses de la majorité, il ne fut pas loin de concéder qu'effectivement, il fallait demander des sacrifices aux Français pour pouvoir garantir l'avenir. Les politologues rappelèrent qu'une politique de rigueur ne pourrait être acceptée par les Français que si elle était équitable pour tous, et son objectif à terme était expliqué clairement. Jean-François Copé utilisa le terme de "pédagogie" qui fit tiquer Roland Cayrol, le directeur de l'institut de sondage CSA. En effet, il se lança dans un argumentaire selon lequel les Français auraient déjà compris au fond d'eux qu'ils ne pourront pas éviter certaines réformes difficiles, comme celle des retraites ou celle de la sécurité sociale, et qu'ils n'attendent pas qu'on leur fasse de la pédagogie comme à des enfants, mais qu'on leur montre que les efforts seront répartis de façon juste, et les conséquences positives et négatives qu'auront ces mesures. Si, certes, je reconnais que les informations doivent être issues d'un échange entre le peuple et ses élites, et ne pas être imposée comme une leçon de ceux qui savent à ceux qui ne savent pas, il n'en reste pas moins que la pédagogie, en opposition à la démagogie, me semble une saine méthode pour gérer la France, et une condition nécessaire pour faire passer ces réformes.
               Dans cette intervention de Roland Cayrol, on retrouve aussi le raccourci "les Français", qui me gêne en général, quand on pense à la diversité des opinions et des attentes dans l'Hexagone. Je préfère me méfier des sondages, et surtout de leur interprétation simpliste faite dans les médias. Ainsi, quand M. Cayrol dit que les sondages montrent que les Français sont plutôt satisfaits des réformes entreprises, et que si on les prend une à une, on a une majorité de satisfaits, que cela soit sur les heures supplémentaires, la participation, le paquet fiscal,... il est bon de rappeler qu'il est difficile de distinguer si c'est le discours sur la loi ou l'application concrète de la loi qui plaît aux Français.... En outre, que les Français soient pour le paquet fiscal en majorité, n'est pas une surprise, puisqu'il s'agit d'une réduction d'impôts. Seulement, les sondés n'ont pas un budget de l'Etat à gérer, et ne sont pas forcément pleinement conscients de la conséquence en matière d'accroissement de la dette pour les générations futures, ou du corrolaire en matière de réduction des dépenses qui va avec. De même, conclure d'un sondage qui montre que la préoccupation numéro un des français est le pouvoir d'achat, loin devant les retraites et la sécurité sociale, que le gouvernement devrait travailler principalement à des mesures d'urgence sociale et négliger les réformes des retraites et de la sécurité sociale, serait une erreur. Et, on rejoint l'idée que le Président et son équipe seraient bien inspirés d'indiquer et d'expliquer un cap à long terme plutôt que de lancer une idée par jour, parfois suite à des faits divers. Bref, il faut prendre les sondages avec des pincettes, et voir des hommes politiques débattre en utilisant essentiellement l'argument des enquêtes d'opinion, je trouve ça triste. Parfois, il faut savoir dire "la majorité des Français interrogés là ont tort, car ils ne prennent pas en compte..." Mais, les hommes politiques n'en ont pas forcément le courage. Ah ! Les joies de la démocratie d'opinion ! Pour conclure sur le rôle trop important des sondages, je dirais toutefois que si j'ai critiqué Roland Cayrol dans ce texte, c'est parce qu'il était le sondeur invité sur cette émission, sinon, par rapport à ses autres collègues politologues assez présents sur les médias, c'est un de ceux que je trouve les plus intéressants.

           L'émission évoqua aussi rapidement le résultat des autres formations que le Parti Socialiste et l'Union du Mouvement Populaire dans ces municipales, plus que jamais bipolaires. Pour ma part, je noterais que les Verts confirment par leurs résultats encore plus disproportionnés entre le local et le national que le Parti Socialiste, que les citoyens leur reconnaissent une vraie utilité au débat, surtout dans les villes. Le Parti Communiste est aussi beaucoup moins faible localement que ce que représente le score national de Marie-Georges Buffet. Toutefois, toute lente qu'elle soit, l'érosion d'influence existe bel et bien dans les municipalités. La Ligue Communiste Révolutionnaire a, elle, le vent en poupe. Aux précédentes municipales, en 2001, la LCR n'était que le groupuscule d'extrême-gauche d'Alain Krivine et Olivier Besancenot était encore inconnu. Sept ans, deux élections présidentielles et de nombreuses manifestations plus tard, le jeune facteur est devenu le chef de file d'une frange de la population, en moyenne plutôt jeune, et qui se reconnaît dans les termes de "gauche" et d' "anti-capitaliste". Bref, l'idée de créer un mouvement à la gauche de la gauche, qui ait un étiage électoral autour de 10% des voix, est en marche. Seulement, il est bon de rappeler à ceux qui seraient tentés de voter pour Olivier Besancenot et ses camarades que les municipales ont encore souligné qu'il y a une vraie ambiguité sur la conception politique de cette extrême-gauche. A Toulouse, Olivier Besancenot s'était dit prêt à accepter une alliance avec la liste du Parti Socialiste, mais à condition que les candidats de LCR élus via cet accord ne participent pas au travail de la majorité municipale. Toujours préférer la Révolution au Compromis, tel est le leitmotiv de ces trotskystes. La LCR est contre le système politique actuel de démocratie représentative. Et, ils n'acceptent de participer aux élections que parce qu'ils n'ont pas le choix s'ils veulent bénéficier d'une tribune pour favoriser l'avènement du Grand Soir.
   J'ai l'impression qu'Olivier Besancenot, à la gauche de la gauche, va être dans les années à venir ce que Jean-Marie Le Pen était à la droite de la droite : un adversaire médiatique redoutable, gênant le jeu des grands partis, mais n'étant jamais capable d'atteindre le pouvoir par les élections. Le Front National, justement, a fait une "campagne de pauvre" (dixit son leader), et a eu des résultats assez faibles.
    Sinon, il y a le MODEM. Dans cette mosaïque d'élections à scrutins majoritaires, on ne peut pas dire que la cohérence de ce nouveau parti soit apparue. Je pense que c'était au niveau local qu'il fallait juger les projets et les stratégies des listes MODEM dans ces municipales, et qu'il n y pas grand chose à en déduire au niveau national. En tout cas, le MODEM a eu un rôle important dans les débats, avec toute les batailles pour s'adjuger les voix centristes, mais n'a pas eu, en tant que parti, des résultats mirobolants. Cela dit, des candidats MODEM, certains nouveaux entrants dans la politique, auront profité de ces municipales pour accéder à des responsabilités, ce qui devrait être positif.

       Voilà pour le bilan des municipales. Les questions de ligne politique et de congrés du Parti Socialiste, et de nouveau cap gouvernemental, évoqués aussi dans l'émission "Mots Croisés" dépassent ces élections, et on en parlera donc encore par la suite. Je vous mets cependant à lire un texte trouvé sur le net à ( mediapart ) propos du plan caché du gouvernement : rigueur ? réformes ? Disons : des réformes rigoureuses.

     Je conclurais en disant que si les médias sont amenés à confondre enjeux locaux et nationaux dans ces élections intermédiaires, c'est peut-être aussi parce que nos modes d'élection, notre organisation institutionnelle et notre calendrier électoral mériteraient quelques ajustements, dont je vous parlerais dans un prochain billet.


      

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Vendredi 7 mars 2008
        Dans notre monde, on parle souvent de la necessité d'être réactif, de prendre rapidement des décisions, et de faire preuve de dynamisme. C'est vrai que ses qualités sont nécessaires, étant donné la vitesse à laquelle le monde change. Et, ce qui fait la dynamique de la société, c'est la dynamique de ses membres. Et, effectivement, c'est bien parce que les autres sont rapides, qu'on doit rivaliser de célérité avec eux. La vie moderne est une course. Et, toutes les procédures de vérification, de multiples signatures, de succession de réunion de commissions avant la prise de décision, vont contribuer à la retarder, et la rendre moins efficace. Désormais, on  ne se soucie plus que du court terme. Cela ne veut pas forcément dire qu'on méprise le long terme, mais on se dit qu'être perpétuellement en mouvement, c'est la condition sine qua non pour avancer.

          J'ai l'impression qu'on a tendance à  trop privilégier l'action à la réflexion. Sans porter aucun jugement de valeur sur cette évolution, je me contente de résumer cela en :



On avance  de plus en plus vite, mais avec de moins en moins de recul.

                       N'est-ce-pas ?
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