Non, ce dont je vais vous parler dans ce billet, c'est du fameux storytelling, comme disent les communiquants. Car finalement, la politique, par le prisme des médias, n'est-t-elle pas devenue une gigantesque real-TV ? Je rejoins en cela une constatation de The Independant le journal anglais : "Sarkozy est le candidat unique d'un studio de "Loft Story", une star de soap-opera"
Bien sûr, le loft n'a pas ici de murs fixes, et le nombre et l'identité des protagonistes sont totalement évolutifs. Mais, on a des images sélectionnées, montées et commentées par une voix-off ou des présentateurs un peu plus distants, des interviews-confessions de candidats, et des votes. On me dira que c'est la télévision en général qui veut ça, et qu'on n'est dans la civilisation de l'image. Ce n'est pas faux !
Mais, essayons pour caricaturer, de raconter l'actualité politique à la manière d'un programme de Real-TV. Le personnage principal, c'est bien sûr Nicolas Sarkozy. Personnage principal, car c'est lui qui a le plus de pouvoirs, puisqu'on les lui a confiés, par nos votes. Il nous a en effet convaincu par son discours volontariste. Et, force est de constater qu'il tient bien son rôle de chef... Enfin, tout du moins, il le tenait bien, si on en croit les gens qui en étaient satisfaits l'année dernière, ses amis qui le respectaient beaucoup et n'avaient que son nom à la bouche, et même d'autres personnalités : le bien-aimé Bernard Kouchner, le traître peu aimé, Eric Besson, qui le ralliaient. Bien sûr, il restait toujours un noyau qui critiquait Nicolas Sarkozy. Mais, il faut bien des clans dans un jeu de real TV. Et, ce clan, surnommé "la gauche", voire "les gauchistes" par ceux qui ne les aimaient pas, ils critiquaient Nicolas Sarkozy. Il y a notamment le petit chef, François Hollande. On aime bien l'ironie de certaines de ses remarques, mais globalement, il n'est pas très populaire. Il y a Ségolène Royal, qui était présente dans le duel final en vote avec Nicolas Sarkozy pour l'attribution des pouvoirs. Elle a perdu, mais on voit cette figure féminine, revenir dans plusieurs séquences et prendre la parole de façon forte. Il y a François Bayrou, qui avait aussi soumis sa candidature aux votes en vain. Y en a dans le public qui l'aiment bien ! Y en a d'autres qui aiment bien voir l'affaire de façon binaire, qui trouvent que c'est un traître, qui est passé de la droite, le clan de Nicolas Sarkozy, le meilleur en 2007, à la gauche ! Y en a qui trouvent surtout qu'il ne sait pas ce qu'il veut, et qu'il n'a pas tant d'amis qu'il dit. D'ailleurs, il y a eu plein d'épisodes, où des amis plus ou moins vrais, l'ont quitté pour aller travailler avec Nicolas Sarkozy : de Hervé Morin à Jean-Marie Cavada. Dans les protagonistes qui sont pas des copains du Président en 2007 et au-delà, je citerais aussi Olivier Besancenot, un personnage plus radical, mais assez charismatique pour avoir ses fans qui se délectent des coups de gueule de ce jeune à la bonne bouille.
Dans les amis de Nicolas Sarkozy, le casting a aussi été généreux, en nous offrant une belle diversité, avec notamment ses drôles de dames Rachida Dati et Rama Yade. Je ne sais pas si c'était une idée du Président ou des producteurs à la base : mais choisir de faire travailler ensemble deux personnes aussi différentes que Christine Boutin, la catholique pincée, et Fadela Amara, la banlieusarde au langage cool, cela avait du potentiel, qui n'a sans doute pas encore totalement été exploité. Mais, bon, faut pas oublier qu'il y a beaucoup de travail, alors la plupart des protagonistes essaient d'être sérieux ou de montrer qu'ils le sont. A propos de sérieux, il y a François Fillon : Nicolas Sarkozy en a fait son lieutenant, mais il a eu un rôle assez effacé durant la saison 2007.
De toute façon, la star, c'est Nicolas Sarkozy : pas un résumé quotidien sans sa présence. En plus, il a le bon goût d'avoir une vie amoureuse à rebondissements, ce qui est tout de suite un bon ingrédient de Real-TV. Pas de sexe dans la piscine quand même, mais on a tous encore dans la tête cette image ou il embrasse fougueusement Cécilia dans le Palais de la Présidence. Le couple Cécilia-Nicolas était glamour, et en plus, nous offrait un superbe épisode lybien avec le colonel Khadafi, et des infirmières bulgares libérées. Mais voilà, tout n'était pas parfait, et Cécilia n'aimait plus Nicolas. Elle le quitta. Nicolas Sarkozy essaya de faire bonne figure. Mais, lors d'un passage au confessionnal avec des américains, il craqua à une question sur Cécilia, et ce fut David Martinon, un de ses soutiens proches, mais aussi ami de son ex, qui essuya la colère présidentielle. Donc,fin 2007, Nicolas Sarkozy était plus que jamais chef de clan et populaire auprès des téléspectateurs, mais un peu seul dans sa vie privée. Et, ce n'est pas la visite de Mouhamar Kadhafi qui le dérida. Certes, du point de vue télévisuel, l'invité Lybien amenait un peu de couleurs avec ses accoutrements et sa tente de bédouin, mais on ne pouvait s'empêcher de penser qu'il venait profiter du programme français pour faire sa promotion, comme Doc Gynéco, Ophélie Winter ou Christophe Dechavanne dans Nice People. En tout cas, Kadhafi se montra à la hauteur de sa réputation sulfureuse, faisant ami-ami avec Nicolas Sarkozy, mais n'hésitant pas à le contredire. Et, cela donna lieu à une agitation et à des cris de réprobation chez les Hollande, Bayrou et consorts, tandis que les téléspectateurs n'étaient que moyennement convaincu par le jeu du Président sur ce coup. Mais, en sous-main, ce n'était pas avec Kadhafi que Nicolas Sarkozy développait le plus ses affinités, mais avec une certaine Carla. On se laissa dire que c'était un ancien publicitaire, Jacques Ségala, qui avait programmé leur rencontre et leur histoire d'amour. En tout cas, cela fut un coup de maître pour l'audience. Puisque, de Disneyland à Louxor, bénéficiant de superbes images glamour, la nouvelle histoire d'amour du président avec cette très jolie mannequin intéressa bien les téléspectateurs.
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Mais, intéresser ne veut pas dire plaire. Et, pour diverses raisons, 2008 marqua une chute de popularité de Nicolas Sarkozy. Est-ce que le discours traditionnel de la Saint-Sylvestre et ses autres interventions avant et après, furent un peu légers pour convaincre les Français de se prononcer pour lui ? Peut-être ! Est-ce qu'il se créait une rupture entre la star de l'Elysée, flambant derrière ses lunettes noires et les téléspectateurs, moral et porte-monnaie en berne devant leur lucarne ? Sans doute ! Est-ce que les Français n'approuvaient pas qu'ils passent si vite d'une histoire d'amour et même d'un mariage à l'autre ? Possible ! Les commentateurs ,en particulier, ceux du Nouvel Observateur (il y a comme un fantasme d'oeil qui s'ouvre à la Loft Story dans ce nom, n'est-ce-pas ?) , sortaient en plus un nouveau rebondissement amoureux avec une histoire de sms : "si tu reviens, j'annule tout" que Nicolas aurait envoyé à Cécilia en évoquant son mariage avec Carla. Bref, finalement, bien que peut-être il ait toujours des sentiments pour son ex, il se casa vraiment avec la douce Carla. En tout cas, si l'émission autour du Président marchait toujours aussi bien, et qu'on peut imaginer que l'émission continuait à faire recette via son audience (voire les SMS surtaxés), le peuple semblait être de plus en plus mécontent, et la côte du Président chutait. Pendant ce temps-là, victime lui aussi d'un déficit de popularité, David Martinon, l'ami de Cécilia et collaborateur de Nicolas déjà évoqué plus haut, se faisait éjecter de sa mission à Neuilly. Pas mal du tout d'ailleurs cet épisode neuilléen : du suspense, des trahisons, des défections, des dissidents, des affaires de famille avec le fils de Nicolas, Jean. Finalement, à l'issue d'une réunion à huis-clos, le dissident apprécié des Neuilléens, Jean-Christophe Fromantin, reçut le soutien de l'UMP, noyau dur du clan de Nicolas Sarkozy, tandis qu'un des anciens adjoints de ce dernier, s'estimant non récompensé de sa fidélité, Arnaud Teullé, se mit lui en dissidence. Ces affaires UMP, qui mettaient en lumière des seconds couteaux, avaient été gérés par Patrick Devedjian, un chez UMP qui s'était illustré quelques mois plus tôt, avec un "ah ! la salope !". Cependant, la palme de la petite phrase grossière inoubliable allait bientôt être remportée par le Président himself. Au salon de l'Agriculture, il voulut serrer la main au milieu d'une horde de fans, à un homme du peuple, qui s'indigna "Ne me touche pas tu vas me salir !" Nicolas Sarkozy lui répliqua "Casse-toi ! Casse-toi ! Pauvre con !". Cette séquence, pris à la volée, eut un énorme succès chez les internautes et téléspectateurs. Certains, surtout chez les amis du président, vinrent à sa rescousse en disant que l'homme du Salon de l'Agriculture était un acteur provocateur, et que Nicolas Sarkozy avait réagi de façon humaine. D'autres continuèrent à penser toutefois que la rencontre était fortuite. Toujours est-t-il que cet incident ternit encore l'image du Président. Une majorité de ceux qui votent pour lui ne le trouvent plus maintenant à la hauteur. Il s'est fait largement dépasser en popularité par beaucoup d'autre protagonistes de ce loft politicien, à commencer par François Fillon, qui, jusqu'alors peu mis en avant lors des primes, y a gagné une image calme en contraste de Nicolas Sarkozy. Et, il échappe ainsi à la vindicte populaire. Le peuple se cherche de nouvelles références, et François Fillon est un élément de stabilité.
Quoi qu'il en soit, les gens sont, en moyenne, de plus en plus mécontents des protagonistes politiques qu'on leur montre, Nicolas Sarkozy en tête, mais ils continuent à regarder les programmes. Et, il y aura sans doute beaucoup de rebondissements pour les passionner, d'autant que La Grande Election est encore loin.
Si l'image de Nicolas Sarkozy est profondément altérée, il n'est pas dit que les Producteurs veuillent éjecter celui qui a assuré l'intérêt - positif ou négatif - de leur émission. Comme le couple Tatiana et Xavier dans Secret Story, dont les manipulations agaçaient les téléspectateurs, Nicolas Sarkozy pourrait bien avoir in extremis le petit coup de pouce décisif de la Production. Sans forcément avoir recours au trucage des votes, les moyens sont nombreux pour lui assurer sa réelection en 2012 : lui faire affronter des adversaires qui seraient encore plus discrédités, lui attribuer le beau rôle dans un épisode à fort retentissement, être très insistant auprès de ses supporters sur le fait que chaque voix compte,... Car, n'oublions jamais qu 'en real TV, la Production peut agir selon les affinités qu'elle a avec tel ou tel candidat et surtout en fonction de l'accroissement de son profit, puisqu'elle est le maître du jeu.
Alors, la suite au prochain épisode ?
