Concours

Lundi 3 mars 2008
       Comme beaucoup , je ne peux pas être insensible au rythme  médiatique. Et, même si, nouveau style de pouvoir oblige, elle n'en était jamais vraiment partie, la politique revient franchement sur le devant de la scène a la faveur des municipales prochaines et de la chute sondagière de Nicolas Sarkozy. Ce dernier thème est privilégié par les médias nationaux car il est plus facile à raconter au plus grand nombre, la grosse tendance étant de toute façon de corréler ces deux sujets politiques majeurs. Donc, c'est à mon tour de parler d'une partie de tout cela. Je laisse de côté la question des municipales. Je suis électeur dans une petite commune.

     Non, ce dont je vais vous parler dans ce billet, c'est du fameux storytelling, comme disent les communiquants. Car finalement, la politique, par le prisme des médias, n'est-t-elle pas devenue une gigantesque real-TV ? Je rejoins en cela une constatation de The Independant le journal anglais : "Sarkozy est le candidat unique d'un studio de "Loft Story", une star de soap-opera"

        Bien sûr, le loft n'a pas ici de murs fixes, et le nombre et l'identité des protagonistes sont totalement évolutifs. Mais, on a des images sélectionnées, montées et commentées par une voix-off ou des présentateurs un peu plus distants, des interviews-confessions de candidats, et des votes. On me dira que c'est la télévision en général qui veut ça, et qu'on n'est dans la civilisation de l'image. Ce n'est pas faux !

        Mais, essayons pour caricaturer, de raconter l'actualité politique à la manière d'un programme de Real-TV. Le personnage principal, c'est bien sûr Nicolas Sarkozy. Personnage principal, car c'est lui qui a le plus de pouvoirs, puisqu'on les lui a confiés, par nos votes. Il nous a en effet convaincu par son discours volontariste. Et, force est de constater qu'il tient bien son rôle de chef... Enfin, tout du moins, il le tenait bien, si on en croit les gens qui en étaient satisfaits l'année dernière, ses amis qui le respectaient beaucoup et n'avaient que son nom à la bouche, et même d'autres personnalités : le bien-aimé Bernard Kouchner, le traître peu aimé, Eric Besson, qui le ralliaient. Bien sûr, il restait toujours un noyau qui critiquait Nicolas Sarkozy. Mais, il faut bien des clans dans un jeu de real TV. Et, ce clan, surnommé "la gauche", voire "les gauchistes" par ceux qui ne les aimaient pas, ils critiquaient Nicolas Sarkozy. Il y a notamment le petit chef, François Hollande. On aime bien l'ironie de certaines de ses remarques, mais globalement, il n'est pas très populaire. Il y a Ségolène Royal, qui était présente dans le duel final en vote avec Nicolas Sarkozy pour l'attribution des pouvoirs. Elle a perdu, mais on voit cette figure féminine, revenir dans plusieurs séquences et prendre la parole de façon forte. Il y a François Bayrou, qui avait aussi soumis sa candidature aux votes en vain. Y en a dans le public qui l'aiment bien ! Y en a d'autres qui aiment bien voir l'affaire de façon binaire, qui trouvent que c'est un traître, qui est passé de la droite, le clan de Nicolas Sarkozy, le meilleur en 2007, à la gauche ! Y en a qui trouvent surtout qu'il ne sait pas ce qu'il veut, et qu'il n'a pas tant d'amis qu'il dit. D'ailleurs, il y a eu plein d'épisodes, où des amis plus ou moins vrais, l'ont quitté pour aller travailler avec Nicolas Sarkozy : de Hervé Morin à Jean-Marie Cavada. Dans les protagonistes qui sont pas des copains du Président en 2007 et au-delà, je citerais aussi Olivier Besancenot, un personnage plus radical, mais assez charismatique pour avoir ses fans qui se délectent des coups de gueule de ce jeune à la bonne bouille.
       Dans les amis de Nicolas Sarkozy, le casting a aussi été généreux, en nous offrant une belle diversité, avec notamment ses drôles de dames Rachida Dati et Rama Yade. Je ne sais pas si c'était une idée du Président ou des producteurs à la base : mais choisir de faire travailler ensemble deux personnes aussi différentes que Christine Boutin, la catholique pincée, et Fadela Amara, la banlieusarde au langage cool, cela avait du potentiel, qui n'a sans doute pas encore totalement été exploité. Mais, bon, faut pas oublier qu'il y a beaucoup de travail, alors la plupart des protagonistes essaient d'être sérieux ou de montrer qu'ils le sont. A propos de sérieux, il y a François Fillon : Nicolas Sarkozy en a fait son lieutenant, mais il a eu un rôle assez effacé durant la saison 2007.
      
         De toute façon, la star, c'est Nicolas Sarkozy : pas un résumé quotidien sans sa présence. En plus, il a le bon goût d'avoir une vie amoureuse à rebondissements, ce qui est tout de suite un bon ingrédient de Real-TV. Pas de sexe dans la piscine quand même, mais on a tous encore dans la tête cette image ou il embrasse fougueusement Cécilia dans le Palais de la Présidence. Le couple Cécilia-Nicolas était glamour, et en plus, nous offrait un superbe épisode lybien avec le colonel Khadafi, et des infirmières bulgares libérées. Mais voilà, tout n'était pas parfait, et Cécilia n'aimait plus Nicolas. Elle le quitta. Nicolas Sarkozy essaya de faire bonne figure. Mais, lors d'un passage au confessionnal avec des américains, il craqua à une question sur Cécilia, et ce fut David Martinon, un de ses soutiens proches, mais aussi ami de son ex, qui essuya la colère présidentielle. Donc,fin 2007, Nicolas Sarkozy était plus que jamais chef de clan et populaire auprès des téléspectateurs, mais un peu seul dans sa vie privée. Et, ce n'est pas la visite de Mouhamar Kadhafi qui le dérida. Certes, du point de vue télévisuel, l'invité Lybien amenait un peu de couleurs avec ses accoutrements et sa tente de bédouin,  mais on ne pouvait s'empêcher de penser qu'il venait profiter du programme français pour faire sa promotion, comme Doc Gynéco, Ophélie Winter ou Christophe Dechavanne dans Nice People. En tout cas, Kadhafi se montra à la hauteur de sa réputation sulfureuse, faisant ami-ami avec Nicolas Sarkozy, mais n'hésitant pas à le contredire. Et, cela donna lieu à une agitation et à des cris de réprobation chez les Hollande, Bayrou et consorts, tandis que les téléspectateurs n'étaient que moyennement convaincu par le jeu du Président sur ce coup. Mais, en sous-main, ce n'était pas avec Kadhafi que Nicolas Sarkozy développait le plus ses affinités, mais avec une certaine Carla. On se laissa dire que c'était un ancien publicitaire, Jacques Ségala, qui avait programmé leur rencontre et leur histoire d'amour. En tout cas, cela fut un coup de maître pour l'audience. Puisque, de Disneyland à Louxor, bénéficiant de superbes images glamour, la nouvelle histoire d'amour du président avec cette très jolie mannequin  intéressa bien les téléspectateurs.

poli-sarkozy.jpg Nicolas Sarkozy, portrait aux Guignols :
Grâce à la personnalité du Président actuel, l'émission satirique de Canal+ se remet plus facilement de l'après-Chirac que je n'aurais pu le croire


         Mais, intéresser ne veut pas dire plaire. Et, pour diverses raisons, 2008 marqua une chute de popularité de Nicolas Sarkozy. Est-ce que le discours traditionnel de la Saint-Sylvestre et ses autres interventions avant et après, furent un peu légers pour convaincre les Français de se prononcer pour lui ? Peut-être ! Est-ce qu'il se créait une rupture entre la star de l'Elysée, flambant derrière ses lunettes noires et les téléspectateurs, moral et porte-monnaie en berne devant leur lucarne ? Sans doute ! Est-ce que les Français n'approuvaient pas qu'ils passent si vite d'une histoire d'amour et même d'un mariage à l'autre ? Possible ! Les commentateurs ,en particulier, ceux du Nouvel Observateur (il y a comme un fantasme d'oeil qui s'ouvre à la Loft Story  dans ce nom, n'est-ce-pas ?) , sortaient en plus un nouveau rebondissement amoureux avec une histoire de sms : "si tu reviens, j'annule tout" que Nicolas aurait envoyé à Cécilia en évoquant son mariage avec Carla. Bref, finalement, bien que peut-être il ait toujours des sentiments pour son ex, il se casa vraiment avec la douce Carla. En tout cas, si l'émission autour du Président marchait toujours aussi bien, et qu'on peut imaginer que l'émission continuait à faire recette via son audience (voire les SMS surtaxés), le peuple semblait être de plus en plus mécontent, et la côte du Président chutait. Pendant ce temps-là, victime lui aussi d'un déficit de popularité, David Martinon, l'ami de Cécilia et collaborateur de Nicolas déjà évoqué plus haut, se faisait éjecter de sa mission à Neuilly. Pas mal du tout d'ailleurs cet épisode neuilléen : du suspense, des trahisons, des défections, des dissidents, des affaires de famille avec le fils de Nicolas, Jean. Finalement, à l'issue d'une réunion à huis-clos, le dissident apprécié des Neuilléens, Jean-Christophe Fromantin, reçut le soutien de l'UMP, noyau dur du clan de Nicolas Sarkozy, tandis qu'un des anciens adjoints de ce dernier, s'estimant non récompensé de sa fidélité, Arnaud Teullé, se mit lui en dissidence. Ces affaires UMP, qui mettaient en lumière des seconds couteaux, avaient été gérés par Patrick Devedjian, un chez UMP qui s'était illustré quelques mois plus tôt, avec un "ah ! la salope !". Cependant, la palme de la petite phrase grossière inoubliable allait bientôt être remportée par le Président himself. Au salon de l'Agriculture, il voulut serrer la main au milieu d'une horde de fans, à un homme du peuple, qui s'indigna "Ne me touche pas tu vas me salir !" Nicolas Sarkozy lui répliqua "Casse-toi ! Casse-toi ! Pauvre con !". Cette séquence, pris à la volée, eut un énorme succès chez les internautes et téléspectateurs. Certains, surtout chez les amis du président, vinrent à sa rescousse en disant que l'homme du Salon de l'Agriculture était un acteur provocateur, et que Nicolas Sarkozy avait réagi de façon humaine. D'autres continuèrent à penser toutefois que la rencontre était fortuite. Toujours est-t-il que cet incident ternit encore l'image du Président. Une majorité de ceux qui votent pour lui ne le trouvent plus maintenant à la hauteur. Il s'est fait largement dépasser en popularité par beaucoup d'autre protagonistes de ce loft politicien, à commencer par François Fillon, qui, jusqu'alors peu mis en avant lors des primes, y a gagné une image calme en contraste de Nicolas Sarkozy. Et, il échappe ainsi à la vindicte populaire. Le peuple se cherche de nouvelles références, et François Fillon est un élément de stabilité.

         Quoi qu'il en soit, les gens sont, en moyenne, de plus en plus mécontents des protagonistes politiques qu'on leur montre, Nicolas Sarkozy en tête, mais ils continuent à regarder les programmes. Et, il y aura sans doute beaucoup de rebondissements pour les passionner, d'autant que La Grande Election est encore loin.

       Si l'image de Nicolas Sarkozy est profondément altérée, il n'est pas dit que les Producteurs veuillent éjecter celui qui a assuré l'intérêt - positif ou négatif - de leur émission. Comme le couple Tatiana et Xavier dans Secret Story, dont les manipulations agaçaient les téléspectateurs, Nicolas Sarkozy pourrait bien avoir in extremis le petit coup de pouce décisif de la Production. Sans forcément avoir recours au trucage des votes, les moyens sont nombreux pour lui assurer sa réelection en 2012 : lui faire affronter des adversaires qui seraient encore plus discrédités, lui attribuer le beau rôle dans un épisode à fort retentissement, être très insistant auprès de ses supporters sur le fait que chaque voix compte,... Car, n'oublions jamais qu 'en real TV, la Production peut agir selon les affinités qu'elle a avec tel ou tel candidat et surtout en fonction de l'accroissement de son profit, puisqu'elle est le maître du jeu.


       Alors, la suite au prochain épisode ?


    
- Publié dans : Politique et société
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Samedi 1 mars 2008

 

Je vous avais déjà parlé de Next. On me dira : à quoi bon parler encore de cette émission débile, quand il y a tant d’autres sujets intéressants. Certes. De nombreuses personnes, dont certains de mes proches, jugent ce programme tout juste bon pour la poubelle. C’est à croire que j’aime parfois la trash TV. Je reconnais que les ficelles sont grosses, et sans doute en partie mises en scène. On ne lésine pas sur la caricature : la simplification permet au programme d’être immédiatement accessible au plus grand nombre, et de son canapé, on pourra se moquer des conneries qu’on voit. Evidemment, il serait illusoire de croire que c’est par un tel processus schématique que naissent les histoires d’amour: est-ce que réellement les jeunes (et moins jeunes) téléspectateurs sont réellement influencés dans ce sens ? Peut-être que c’est un danger.

                Le concept Next

En tout cas, le « du pain et des jeux ! » est toujours d’actualité. Next a visiblement du succés, et les producteurs n’hésitent pas à lancer de nouvelles saisons ou à en produire de nouvelles déclinaisons. L’une d’entre elle était Exposed. J’aimais nettement moins que Next. Cette fois-ci, le passage à la chaîne de cinq candidats est remplacé par un entretien avec deux prétendants en même temps, mais on reste dans le superficiel. Quelques chambrages entre les deux concurrents, quelques questions peu profondes, abordant généralement les sujets sexe-amour-fidélité à la mode adolescente. Et, le gros truc d’Exposed, c’est celle ou celui qui fait sa sélection entre les deux prétendant(e)s, a un ami caché dans un camion et peut communiquer avec lui par l’intermédiaire d’un mini-micro et d’une oreillette discrets ; les paroles échangées lors des entretiens passent ensuite au crible d’un détecteur de mensonge. Je crois que je reste dubitatif quant à l’infaillibilité de ce genre d’appareil, ce qui explique sans doute en partie ma gêne vis-à-vis de ce programme. En bref, je ne suis convaincu ni par les questions, ni par les réponses, ni par leur analyse.

Si je préfère Next, c’est sans doute aussi un peu à cause du suspense (dont j’ai déjà discuté l’artificialité) peut-être plus important : et dans cette configuration de prise de contact entre deux personnes différentes, même si souvent on reste dans le futile et le banal, on peut toujours trouver quelques surprises sympathiques.
 

Le concept Next, Américain, est donc arrivé sur les écrans français via Europe 2 TV. Devant le succès, la chaîne TNT (musicale à la base, mais qui risque d’évoluer vers de moins en moins de musique, un peu comme M6 chez les hertziennes), devenue Virgin 17, s’est  évidemment lancé dans son adaptation française. Bienvenue (ou Welcome si on reste dans les anglicismes) à « Next made in France » !

                Next made in France

Europe2TV avait fait des appels à casting au cours de l’année 2007. Et, l’été a sûrement été l’occasion de mettre en boîte les émissions qui passent en ce début d’année 2008.

            Le principe est vraiment le même que dans l’émission américaine. Du point de vue décor, la Californie a laissé sa place à la France : au vu des paysages, je dirais que certains épisodes sont tournés dans le Midi, d’autres en région parisienne. Et, la grosse différence, c’est donc que les protagonistes sont français : avec des habitudes hexagonales comme celle de faire la bise plutôt qu'un hug, et donc francophones.

            Puisqu’elle n’est plus nécessaire, la voix off a été abandonnée. Les paroles des joueurs ne sont plus traduites : c’est du brut de décoffrage. Et, on se rend compte que ce n’est pas l’éloquence qui caractérise les candidats. Bien sûr, les passages de l’entrevue entre le prétendant et Jo (voir billet précédent pour l'explication du choix de ce surnom) sont sélectionnés par la production. Mais, cela n’empêche pas qu’on voit beaucoup de blancs et de banalités échangées aussi bien dans les questions, parfois maladroites que les réponses, parfois laconiques ou limitées à une interjection, genre OK. Bien sûr, le plupart d’entre nous serions tout aussi mal à l’aise dans cette configuration de rencontre entre inconnus. Mais, bref, ça manque d’envolées lyriques, c’est sûr. Il en est de même pour les discussions dans le bus entre les candidats : combien vous avez eu d’histoires ? sérieuses ? C’est quoi la pire histoire ? Etc…

            Visiblement, il n y eut pas tant que ça d’épisodes en boîte, et le vivier de candidats est moins important en France qu’aux Etats-Unis, aussi bien chez les hétérosexuels que chez les homosexuels. J’ai vu quand même un épisode avec des gays et un épisode avec des lesbiennes. Et, c’était moins fluide que dans le Next américain. En effet, si le profil des gars proposés au Jo gay était assez divers, les affinités n’apparurent pas et cela se termina par un dernier rendez-vous avec un très jeune, qui visiblement ne savait pas trop où il en était, s’il aimait les femelles ou les mâles. Choisi apparemment en désespoir de cause par Jo, il prit finalement l’argent). Chez les filles lesbiennes, la Jo était jolie (selon ma sensibilité héterosexuelle), mais ses prétendantes l’étaient nettement moins, et trois d’entre elles avaient le même style : cheveux à la garçonne avec une crête (on dira que ce sont les ravages de la Tektonik…)

            Les activités sont peut-être un peu moins mises en valeur que dans la version américaine, où l’aspect jeu est plus assumé. Cela dit, il y eut une diversité de contextes proposés : on a pu voir une candidate devoir embrasser le Jo à la Spiderman (tête à l’envers), une fille obliger ses prétendants à faire du ski nautique, une autre de l’équitation. Le Jo gay a fait manger des couilles de mouton à ses prétendants, tandis que la Jo lesbienne a fait changer une roue à une de ses prétendantes. Assez original aussi : une candidate devant scier une bûche devant un Jo blond. Ce dernier, un kiné sportif originaire de Russie, voulait voir s’il pouvait trouver une fille débrouillarde pour faire du camping. Et, bien que ce Jo et l’une des candidates méridionales se soient visiblement bien amusés à monter une tente sur une petite île et à se baigner dans le lac l’entourant, à la fin, elle a préféré rentrer avec l’argent.

            C’est assez troublant de voir que dans la quinzaine d’épisodes que j’ai vu de Next made in France, à une seule reprise seulement, Jo et son prétendant ont choisi de s’accorder mutuellement un deuxième rendez-vous. Presque toujours, Jo, le chercheur d’âme soeur, rentre seul, qu’il ait renvoyé tout le monde après avoir fait défiler les 5 prétendants, ou qu’il se soit vu refuser son deuxième rendez-vous, le cas le plus fréquent je crois: « tu es super, mais je préfère partir avec l’argent ! »

            Les statistiques d’insatisfaction sont nettement moins élevées dans la version américaine. Et, on ne me fera pas dire que c'est uniquement parce que gagner un euro par minute est préférable à un dollar par minute. Je pense bien sûr qu’il y a une part de mise en scène : dans Next, qui a atteint son rythme de croisière, je suppute que le premier but d’un certain nombre de candidats, c’est plus de se faire remarquer par les producteurs (Hollywood est tout près) que de trouver quelqu’un. En France, les premiers candidats essuient forcément les plâtres de cette première saison, et ont sans doute moins nettement défini une stratégie de représentation.

 

 

                 Ah ! Les Français !

 

            Cela dit, je crois qu’il y a quand même une vraie part de fond culturel qui peut expliquer le plus faible taux de Next-couples en France qu'aux Etats-Unis. Les gens de mon pays auraient peut-être plus tendance à l’insatisfaction, et à la méfiance. On le voit avec les difficultés croissantes actuellement à faire des vraies rencontres : je n’ai pas les statistiques, mais je crois qu’il y a de plus en plus de célibataires en particulier dans les grandes villes, où l’individualisme des rythmes de vie a sapé peu à peu la convivialité. On pourra me rétorquer qu’aux Etats-Unis aussi, on peut faire ce constat. C’est vrai et d'ailleurs, c'est sans doute outre Atlantique que la tendance au mode de vie urbain et célibataire (un peu à la Sex & the City) a  peut-être commencé à se développer.

            Il n’en reste pas moins que d’une manière générale, la mentalité anglo-saxonne est plus positive que la mentalité française. Dans Next, on voit plus de big smile chez les candidats américains que chez les candidats français. La présentation des activités et les discussions sont plus dynamiques. Bien sûr, la voix off masque sans doute un peu les creux de conversations. Mais, au-delà de toute considération de qualité de discussion, il faut bien reconnaître que les anglo-saxons sont plus bavards de premier abord que les français. Et, ça, j’ai pu le constater dans les pubs anglais, où il me semble qu’il est beaucoup plus facile de parler de tout et de n’importe quoi avec les inconnus. 

            Là ou les Français sont hésitants, râleurs et méfiants quant à l’avenir, les Américains donnent plus l’impression d’aller de l’avant. Je ne pense pas être le seul à le dire. D’ailleurs, on retrouve ce type de mots : Dynamisme ! Esprit positif ! pour qualifier ce dont manque les Français comparativement à d'autres dans une vieille interview de la Première Dame de France - avant qu’elle ne commence à fréquenter le Président. Cette peinture des moeurs de notre pays n’était pas très flatteuse, ce qui a attiré certaines critiques. Ce que je pense, moi, après avoir finalement tenu un discours similaire à Carla Bruni, c’est qu’il est incomplet et donc injuste dans un portrait comparatif des Français, de ne citer que leurs défauts, et qu’il faut chercher un peu les qualités.

            Et, je pense qu’en moyenne – et même si l’évolution du monde en général va vers plus de superficialité – les Français sont marqués par des racines culturelles plus profondes et subtiles que les Américains. Ces derniers ont effectivement une apparence plus avenante, mais est-ce que les hésitations des Français ne cachent pas une plus grande conscience de la complexité du monde et de la vie ? Next n’est sûrement pas le meilleur programme pour s’en rendre compte, mais je crois parfois voir affleurer une vision de l’amour plus fine et contrastée (même si cela veut parfois dire plus désabusée et cynique) à travers les conversations. En revanche, on sent chez les candidats américains l'influence de deux grands modèles : d’un côté, celui de la pruderie puritaine (la question de la virginité revient souvent sur le tapis), et de l’autre côté, celui de l'imagerie clippesque de la bimbo sexy et du gogo dancer. Ce sont deux conceptions superficielles de la vie. Je respecte beaucoup la religion, et je sais que la théologie est une approche profonde des questions métaphysiques. Mais, j’ai bien peur que le puritanisme ne soit dans certains cas qu’un cache - superficialité. J’ai d’ailleurs cette mauvaise impression à propos de la morale religieuse vantée par Nicolas Sarkozy (ah ! la la ! le pauvre Président, moi aussi, même dans un billet non politique, je ne peux m’empêcher de tomber dessus) : si on ne peut s’en remettre qu’à Dieu, à ses commandements écrits, et à ses porte-parole terrestres pour distinguer le Bien et le Mal, cela revient à nier toute la part du doute, alors que la morale peut aussi être le fruit de la réflexion, qui la renforce. Le modèle de société anglo-saxon a un peu trop tendance à voir selon moi la morale divine comme la seule alternative au cynisme terrestre. Revenons-en à Next, où j’ai mis en évidence qu’on nous faisait baigner dans une version moderne de la dualité mère - putain (caractéristique des sociétés patriarcales). Aux Etats-Unis, un des exemples type de cette prégnance des deux modèles, c’est Britney Spears et ses deux faces : l’une, dans sa jeunesse, clamant sa virginité, et l’autre avec tous ses excès trash des dernières années. Britney Spears est vraiment une Américaine typique pour moi.

            Je pense d'ailleurs que la France évolue irrémédiablement vers ce modèle mondial. En amour, les Français, actuellement, n’ont pas forcément de  références aussi fortes à suivre. Alors, certes, cette absence de certitudes est la porte ouverte à toutes les attitudes cyniques, désabusées, irrespectueuses possibles. Cela est à l'origine de parcours douloureux ou les méfiances succédent aux échecs. Mais, cela permet aussi une vraie richesse dans la manière de voir les relations, et dans un des pays qui selon moi cultive le plus l’originalité, cela laisse quelquefois le champ à de vraies surprises, qui peuvent être bonnes.

            Je crois d’ailleurs que le format de speed dating de Next convient sans doute moins aux Français qu’aux Américains, ou le schéma des rendez-vous successifs (les dates) est plus répandu, là où dans l’Hexagone, on va boire un verre, et advienne que pourra.

 

            Pour conclure, je dirais que comme dans toute comparaison entre les mentalités d’un pays et de l’autre, il ne faut pas prendre cela comme des généralités, mais une impression moyenne. On peut rencontrer beaucoup de Français dynamiques, et d’Américains cultivés, et finalement, chacun a une part de superficialité, de profondeur, de positivité et de méfiance en nous selon un dosage qui lui est propre. En tout cas, j’espère avoir prouvé qu’à partir d’une émission superficielle et plutôt fun, on peut faire un billet plus profond et intéressant.

- Publié dans : Vrac : des thèmes les plus vastes aux plus futiles
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Jeudi 28 février 2008
    Bon, bien que (et pas "malgré que" une des fautes de français qu'il m'est arrivé communément de faire) j'aies deux ou trois idées d'articles (qui sont tous en cours de rédaction, donc souvent à l'état d'ébauche) , ça faisait un petit moment que je n'étais ni passé sur mon  blog ni sur le site d'administration.
    Et, quelle surprise de voir que mon blog est enfin passé en version 2. Le dessin a changé, il va falloir que je m'y retrouve dans le classements des rubriques, mais j'ai l'impression que c'est plus ergonomique. Et, en plus, je me suis rendu compte que dans cette version 2, il y a ce fameux petit truc que je jalousais chez d'autres blogs que je lis : la provenance des visiteurs. Bon, tout n'est sans doute pas archivé, et plutôt qu'une analyse réflechie des statistiques, je vais vous livrer un survol marrant des mots clés ayant amené sur cet espace selon overblog :

    Alors, ce qui aurait amené par six fois des gens sur mon blog, c'est :  "Sourire Batman Ennemi" ... on voit là l'influence de mon dernier article, et également du titre de mon blog.

 Ainsi, vu le titre de mon blog, je ne ne suis pas surpris de voir des gens arriver par "Importance du sourire dans la vie", ou tout simplement "Sourire"

      Le truc classique aussi c'est que même les blogs les plus prudes se retrouvent avoir attiré des recherches avec des mots clés à connotation sexuelle. Ceci peut paraître surprenant au premier abord, mais cela l'est moins si on se rappelle qu'une partie importante des recherches sur le net sont à caractère pornographique. Mais, je tiens à rassurer tout le monde, les pervers n'assaillent pas mon blog du tout. En un clic, ils peuvent se rendre compte qu'ils doivent aller voir ailleurs dans leur grosse liste google pour trouver un site plus imagé, correspondant plus à leurs attentes. Si ça se trouve, ce sont des moteurs de recherche en plus ces petits cochons. Donc, rigolons donc en sachant que par les voies impénétrables des moteurs de recherche, on peut arriver sur mon blog par :
     "Film francais la femme qui montrait ses seins"
             et
      "du cul en exerieur"
     Je suis très très loin sur la liste du premier et je ne sais pas à quoi ça correspond, et pour le deuxième, je crois que c'est la faute d'orthographe qui explique tout, car je vous mets au défi de voir le rapport avec Marianne : cet article

      Par contre, mon âme s'ennorgeuillera nettement plus que de savoir qu'on peut arriver sur mon blog par le simple mot "Justice" : une belle valeur.



    Les mots clés "Retrospective cinema 2007" correspondent à un article que j'avais écris : j'espère que les gens n'ont pas été trop déçu de ne pas arriver sur le site de Première ou autre. A propos de cinéma, il y avait aussi une recherche sur "2007 FILM RUSSES EN ANGLETERRE" ou quelque chose comme ça...Ah ! Les Promesses de l'ombre !

      J'ai un certain nombre de recherches, impliquant Marianne pointant du doigt ou pas.

    J'ai aussi une recherche "Phrase sur la vie" : je ne suis qu'un pseudo-philosophe, mais ça me trottait justement dans la tête de vous mettre une rubrique, ou je citerais de jolies phrases sortis de mon cerveau fécond ou de celui d'un auteur plus reconnu. Au moins, ce serait des articles moins laborieux à écrire, puisque naissant directement de l'idée.

    Pour finir dans les sujets de recherche bien précis et surprenants, je vous en mets deux :

    "foto hatem ben arfa en costume"

    Je sais que j'ai déjà parlé du jeune joueur de l'Olympique Lyonnais et de l'Equipe de France (mais plutôt moins que d'autres footballeurs). Et contrairement à l'envie de cette admiratrice (ou admirateur) , je ne me suis jamais soucié de savoir à quoi ressemblerait le joueur en costume. A l'extrême rigueur, je peux me demander s'il revêtira l'habit de remplaçant sur le banc de touche ou la tunique noire de Champions League dans le match de mardi où l'Olympique Lyonnais défie Manchester à Old Trafford, mais c'est tout.

      Quant à "photo mariage arthur et estelle lefebure", j'ai failli ne pas me souvenir d'avoir jamais parlé de ces deux personnalités du show-biz. Mais en y regardant de plus près, je me suis rendu compte que je les avais cité en exemple (à ne pas suivre) dans les couples people supplantés par Nicolas et Carla.

        Ah ! Ah !

       Une bonne tranche de rigolade. Mais, n'oubliez pas, c'est important de sourire dans la vie !

- Publié dans : souriantalavie
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Vendredi 8 février 2008

     Après une pause certaine dans l'écriture du blog, me revoilà. J'étais sans doute un peu occupé , mais je vais bien et il m'arrive encore de me détendre en surfant sur le net. Et, pourquoi pas au passage faire un petit article léger en vous transmettant le résultat d'un test sur lequel j'ai atteri en sautant de liens en liens.

     Le thème était : "quel super héros êtes vous ?" Je crois vous avoir déjà dit que je ne suis guère enthousiasmé par les tests qui prétendent dresser votre profil à partir d'un QCM. En général, on voit où ceux qui l'ont rédigé veulent en venir en lisant les réponses qu'ils proposent, qui bien souvent ne nous conviennent pas totalement. Et, au final, on se retrouve souvent dans une situation moyenne, où on est un peu ceci et un peu cela. Et voilà, madame, circulez, y'a rien à voir. 

       Ici, le test était peut-être moins basique, puisqu'on avait le choix de cocher un des 5 degrés entre "oui" et "non" à un ensemble assez large de questions. Une bonne trentaine, dont on n'arrive pas toujours à saisir quel rapport elles vont avoir avec le résultat final de l'identité du Super-Héros : "êtes-vous coléreux ?" "vous fixex vous des objectifs ?" Bref, autant dire que la manière dont ils ont fait leur moulinette  reste assez obscure. En tout cas, même si plus de nuances sont permises, et plus de résultats sont possibles, cela reste un bête programme informatique qui combine un ensemble d'informations : une case cochée sur 5 pour une trentaine de lignes, pour attribuer des pourcentages de probabilité d'être un des dix super-héros proposés. J'imagine que cela se fait en fonction de leurs caractéristiques, même si je ne les connais pas toutes très bien.

      Et, bien que j'ai fait une de mes seules réponses franches (en général je coche les cases 2 et 4 "plutôt oui", "plutôt non", et aussi un peu l'entre deux : 3) à la question "Vous est-t-il arrivé de mettre un soutien-gorge Bra ?", en l'occurence "non", je me suis retrouvé avec le profil suivant :







Votre résultat:
Tu es Supergirl

Supergirl
67%
Spider-Man
60%
Green Lantern
60%
Superman
60%
Robin
59%
Wonder Woman
57%
Catwoman
55%
The Flash
50%
Hulk
50%
Iron Man
45%
Batman
35%
Fine, musclée et féminine.
Tu es honnête et contre toutes formes d?injustices.

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              Tin ! Tin !

          Pour tout dire, je ne connais Supergirl que de nom. Je ne saurais pas dire en quoi elle est plus qu'une version féminisée de la légende Superman. Quel est son histoire, son caractère, ses combats ? Je l'ignore. . On dit qu'on a tous une part de féminité en nous, mais de là à me qualifier de féminine, il y a un monde. Quant à ma finesse, peut-être mais dans quelle mesure ? Pas de quoi fouetter un chat. Musclé, c'est gentil, mais c'est encore moins net. De toute façon, à partir du moment où on t'attribue le profil d'un super héros, ce n'est pas une surprise que tu te tapes une silhouette ou et une musculature de rêve. . Finalement, j'accepterais plus volontiers la deuxième phrase : "je suis honnête et contre toutes formes d'injustices" Mais, bon, peu nombreux sont ceux qui affirmeraient qu'ils sont tout le contraire, et dans ma vie, j'ai essayé d'être bon, mais je ne crois pas avoir encore contribué à réduire des injustices notables. Faut dire je n'ai pas de grand S sur le torse ou la poitrine, et je ne projette pas des toiles d'araignée sur les immeubles de New York, comme SpiderMan, le deuxième profil qu'on m'a attribué. Quant au troisième, lui, il est carrément inconnu au bataillon : Green Lantern ? Une chose à aller vérifier.

          Bref, je ne suis pas très connaisseur en comics, et à vrai dire, je n'en suis pas très fan. Les comics, c'est vraiment un petit concentré de culture américaine. En Europe, nous avons les Bandes Dessinnées, et en Asie (Japon essentiellement), ils ont leurs mangas. Et, je me sens bien européen : je préfére les BD aux mangas et comics. Donc, je n'ai jamais vraiment lu ces livres animés, que les petits enfants des Etats-Unis ont l'habitude de feuilleter. Ce que je connais de ces super-héros, c'est surtout à travers le cinéma et la télévision. Si j'ai bien aimé les "Batman" de Tim Burton, je me suis laissé dire qu'il s'agit plus de belles oeuvres du talentueux réalisateur que d'adaptations fidèles au comics. J'aimais bien aussi la série animée "Batman" des années 90.  Mais d'une manière général, je ne goûte pas trop les films de super-héros. J'ai aimé moyennement le "SpiderMan 1", et je n'ai pas partagé les avis enthousiastes des critiques saluant la sortie de "SpiderMan 2" comme celle d'un film dépassant le cadre du simple blockbuster suite sans idées. Les tergiversations de Peter Parker vis-à-vis de sa mission de sauveur de New York m'ont laissé froid. Finalement, même si son succés public et critique fut nettement moindre, "Hulk", le film vu à la télé, n'est pas forcément pire que "Spiderman", sans être non plus une révolution. Quant à "Superman", j'ai évité soigneusement d'aller le voir, car est-ce que suivre les aventures d'un homme qui s'en remet à ses super-pouvoirs peut être vraiment passionnant.  On me dira que dans la mythologie grecque que j'apprécie, on nous propose aussi ce genre de personnages invincibles. Le terme "héros" vient d'ailleurs de ces racines mythologiques : un fils de dieu et homme était un héros. Pourtant, l'histoire d'Heraclés, qui lui aussi semblait sans failles, est pour moi plus intéressante que celle de Spiderman. Peut-être aussi parce qu'elle s'inscrit dans un passé, ce qui permet une progression dramatique qui peut culminer avec la fin du héros. Héraclés étant contraint au bûcher, car il ne peut plus supporter les brûlures de la tunique d'amour, c'est autre chose que Clark Kent qui voudrait bien vivre peinard en journaliste, mais sera sifflé dès qu'il faudra à nouveau sauver le monde.

      On pourra me dire : si tu n'aimes pas les super héros, pourquoi avoir fait ce test, et avoir écrit cet article ? Bah, j'ai suivi mon impulsion, et je pense que ça a permis quelques disgressions sympas. Pour finir, reprenant l'air connu de Balavoine, je crierais "je ne suis pas un super-héros"

 

Par Loïc - Publié dans : souriantalavie
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Samedi 26 janvier 2008

Aujourd’hui, je vais vous parler de l’hebdomadaire Marianne. Fondé par le patron de presse, Jean-François Kahn ( un ami bloggueur lui rend hommage ), le titre renvoie à l’allégorie de La Liberté Guidant le Peuple du tableau de Delacroix sur la Révolution Française, à cette femme seins nus, portant le bonnet phrygien, et brandissant le drapeau français sur une barricade, devenue le symbole de notre République. Marianne, avec le Nouvel Observateur, le Point et l’Express, appartient au créneau des grands hebdomadaires d’actualité nationaux, à échelle de temps intermédiaire entre le journal quotidien et l’essai. Ceci permet donc de prendre un peu de recul sur les nouvelles du jour, et les replacer dans un contexte plus général, sans perdre la fraîcheur de l’actualité récente. Il n y aura toutefois jamais l’espace pour une analyse exhaustive et profonde, que peut proposer un livre sur un thème, mais les dossiers de l’hebdomadaire (trois ou quatre par numéro chez Marianne), permettent quand même d’avoir un panorama assez étendu sur les questions traitées.

 

Les sujets abordés sont en général politiques, et inévitablement une  partie non négligeable d’entre eux dans ces dernières années ont été consacrés à Nicolas Sarkozy : son ascension, sa personnalité, son programme, ses amitiés, ses idées, sa méthode. En général, Marianne est assez critique sur notre Nouveau Président. Mais, je trouve que leurs attaques contre Sarkozy et ses dérives sont rarement gratuites, et plutôt bien argumentées. Bien sûr, je comprends que les gens qui essaient de faire confiance au Nouveau Président puissent se sentir un peu blessés par la multiplication des unes, telles « Le Vrai Sarkozy », « Le Vrai Sarkozy au pouvoir » Mais je les invite à ne pas se fermer à quelques gros titres et phrases chocs. Pour avoir lu le numéro sur le vrai Sarkozy avant les élections présidentielles, qui, pour un minimum d'équilibre, a été suivi par un autre rassemblant cette fois-ci les défauts de Ségolène Royal et de François Bayrou, je peux dire qu’on était loin de l’acharnement diffamatoire. Je pense que cela fait partie de la liberté de la presse d’évoquer certaines sautes d’humeur et comportements autoritaires ou sans-gêne de Nicolas Sarkozy, qui pourraient affecter sa Présidence. Il était bon aussi de rappeler certaines des contradictions du candidat Sarkozy, qui n’étaient pas forcément mises en évidence par une presse, qui, dans sa majorité ressassait les phrases toutes faites sur « Nicolas Sarkozy, porteur d’un projet clair »

La critique des confrères jugés trop obséquieux envers le pouvoir, la dénonciation d’exemples de choix éditoriaux manquant de courage ou de sujets laissés de côté par la panurgisme médiatique est une des grandes constantes dans les pages de Marianne. Ca peut devenir lourd à la longue, mais je trouve en général que ce genre d’éléments éclaire bien sur les dessous de la fabrique de l’information justement.

            Certains diront que Marianne a beau jeu de critiquer, mais il profite aussi des sujets qui ont le vent en poupe pour faire sa une : ainsi, il est vrai que l’émergence et l’élection de Nicolas Sarkozy sont plutôt positives pour les ventes de Marianne, qui titrait après la victoire du président de l’UMP : "n’ayez pas peur ! : des raisons d’espérer". Ma foi, c’est un peu un juste retour des choses que l’hypermédiatisation de Nicolas Sarkozy passe aussi à travers des journaux moins complaisants. Marianne affiche clairement la couleur de son anti-sarkozysme, mais ne critique pas forcément tout ce qu’il fait, les journalistes peuvent même trouver des éléments intéressants dans sa politique. Les titres de la presse pro-sarkozyste, le seront sans doute moins ouvertement, mais au fond tout autant. Et, si ses éditoriaux évitent la mauvaise foi, ça ne me choque pas plus que ça qu’un journaliste affiche sa position. Sans parler des chaînes de télévision, comme TF1, qui malgré leur pseudo-objectivité, font des choix éditoriaux pas innoncents, là où Le Monde et Le Figaro avancent plus masqués, Marianne a publié un sondage interne à sa rédaction pour les présidentielles, où on voyait que certes la majorité des employés penchaient vers François Bayrou ou Ségolène Royal, avec une minorité non négligeable vers Buffet, Besancenot, Laguiller, Voynet et Bové, et aux alentours 10% pour Nicolas Sarkozy. En ce qui concerne Jean-François Kahn, lui qui avait théorisé le centrisme révolutionnaire, soutenait François Bayrou y voyant une occasion de percer un système sclérosé, qu’il qualifie souvent de bullocratie.  

 

            On entend souvent des gens de droite accuser Marianne de propagande gauchiste. Mais, outre les nuances apportées plus haut sur la non-homogénéité tout à fait normale de la rédaction, les choses sont un peu plus complexes qu’un simple combat manichéen gauche-droite. Ce clivage n’est guère défendu à Marianne, et même si on considère qu’en moyenne son centrisme penche un peu plus à gauche, le journal, même s'il est anti-sarkozyste, apprécie certains courants de droite, comme le gaullisme. Il est aussi très critique vis-à-vis d’une certaine gauche. Comme Nicolas Sarkozy, ils ne goûtent pas trop l’esprit permissif, libéral-libertaire, qui a cristallisé en mai 68. La gauche caviar et la bobo-attitude, l’appel à la régularisation massive des sans-papiers ou à l’arrêt du nucléaire, ce n’est pas trop le genre de la maison. Dans le dernier Marianne que j'ai lu, par exemple, concernant la décision de la commission de Grand sur le retrait de la France sur la directive européenne d'autorisation du maïs transgénique, Marianne se montrait plus mesuré quant à justification scientifique de celle-ci. Il y a sans doute presque autant de différences entre la ligne éditoriale de Marianne et celle de Libération qu’avec celle du Figaro. Mon propos n’est bien sûr pas d’appeler à jeter à la poubelle ces deux derniers journaux : ca reste de la presse d’opinion sérieuse, et il est heureux qu’il existe encore une grande variété de journaux en France. Mais, j’aime bien Marianne, c’est tout.

 

 

            C’est un journal dont les opinions sont assez tranchées, c’est vrai. Mais, je ne vois pas en quoi on devrait l’accabler de tous les maux, l’accuser d’être l’agent d’un parti ou d’un camp. Les rédacteurs et journalistes ont leurs idées, ils essaient de les justifier. Après, on est d’accord ou pas. Je ne suis pas toujours en accord avec ce qu’ils disent. Ainsi, je ne goûte parfois pas trop leur ironie facile concernant le comportement des Américains ou Israëliens au Proche et Moyen Orient. Ce n’est pas tant qu’ils ne mettent pas le doigt sur des vrais problèmes, mais plutôt que cela se fait plus souvent via des petits encarts à remarques perfides, que dans un dossier plus complet sur une situation éminemment complexe, qui doit être abordée autrement que par la surenchère de répliques à la « c’est pas moi, c’est eux », « c’est celui qui le dit qui y est »

            C’à quoi je suis sensible en revanche, c’est que je retrouve dans Marianne l’attachement que je peux avoir pour nos racines républicaines : la laïcité, le respect de l’Etat, et l’éducation pilier de notre société. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas un hasard (sans qu’on sache vraiment si la poule précède l’œuf ou vice-versa) si aux élections présidentielles de 2002 comme à celle de 2007, j’ai voté pour le candidat qui avait les faveurs de l’hebdomadaire : Jean-Pierre Chevènement, puis François Bayrou. Cela dit, je ne sais pad quand : je crois, après 2002, j’ai lu mon premier numéro de Marianne : je me rappelle d’un dossier sur les différentes tribus de jeunes.

 

            Je n’ai jamais été abonné à Marianne. Je l’achète de temps en temps en kiosque quand le titre m'interpelle, c’est tout. Je me souviens d’un numéro sur les nouveaux lyncheurs qui évoquait la façon dont les médias et autres milieux autorisés s’attaquaient assez unanimement à certaines cibles : un des exemples de victimes était Laurent Fabius ; on était alors en pleine campagne pour le référendum pour la Constitution Européenne, au début, quand le oui semblait sûr de l’emporter. Bien qu’en majorité plutôt favorable à l’adoption du traité constitutionnel, Marianne avait été un des premiers médias à souligner qu’on avait peut-être tort de penser que le oui était une évidence et pouvait être acquis sans discussion, et que ceux qui appelaient à voter non n’étaient pas forcément des abrutis ou des calculateurs.

            Je me souviens aussi d’un numéro sur la crise des banlieues, annonçant une enquête sur les vraies causes de celle-ci, ou d’un autre numéro proposant un test : « êtes vous pro ou anti-Chavez » : il y avait des éléments intéressants, mais comme pour les tests psycho, les questionnaires à choix multiples avec trois réponses, ça laisse vraiment sur la faim.

            Le dernier numéro que j’ai acheté, c’est celui présentant Nicolas Sarkozy comme "le Fou de Dieu". C’est un sujet qui m’a interpellé dernièrement dans l’actualité : notamment la petite phrase de Nicolas Sarkozy "Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance." qui m’a mis mal à l’aise. J’essaierais d’y revenir dans un billet suivant.

 

            Mais, continuons à parler de Marianne. Après avoir parlé de ce qui en constituait le fond, je vais en venir à la forme qui est parfois aussi l'objet de critiques. Ca ne m’a jamais choqué plus que cela, et à vrai dire je n’ai jamais remarqué, mais je veux bien croire que l’équipe de relecture et de mise en page de Marianne soit moins performante que dans d’autres hebdomadaires. Les fautes de style restent cependant très rares. Sans doute que d’autres journaux ont plus de grandes plumes. Cependant, dans les grands dossiers de Marianne, l’argumentation reste de qualité.

            En revanche, à mon goût, les pages de brèves sont du sous-Canard Enchaîné. Le célèbre journal satirique reste le meilleur pour collecter les petites phrases, et pour les restituer avec finesse. Cela dit, les brèves de Marianne ne sont pas nulles et certaines valent vraiment la lecture.

            On retrouve en milieu de journal des rubriques plus internationales, avec quelques sélections de nouvelles du monde, des portraits, du courrier des lecteurs. Comme dans tous les hebdomadaires, c’est forcément inégal, mais en moyenne intéressant. A la fin, des pages histoire, culture, technologie, shopping, voyage, avant la dernière page en général réservée à un billet d’Alain Rémond, un sujet qui s’inscrit dans le cadre du genre sans cesse renouvelé de « Moi et le Monde », un peu d’humour. Ca se lit plutôt bien. Cependant, j'ai pu lire de nombreuses pages  dans des livres ou sur des blogs, qui m’ont bien plus emballés.

            On accuse aussi Marianne d’avoir des couvertures racoleuses. Parfois même racoleuses au premier sens du terme : oui, c’est vrai, il m’est arrivé de voir sur un coin de la couverture l’annonce d’un sujet sur l’adultère, etc…, surtout en été.  Mais, ce n’est qu’un point de détail, et la critique vise d’ailleurs surtout les gros titres : outre ceux déjà évoqués sur Nicolas Sarkozy, on a le droit à des unes comme "les vrais privilégiés", "les profiteurs", "les cocus de sarkozysme". Cela, couplé  à la rengaine critiquant les autres médias, peut prêter le flanc à des accusations de poujadisme. D'ailleurs si Marianne est bien placé en ce qui concerne la vente en kiosques d'hebdomadaire, il est plus loin dans la hiérarchie des hebdomadaires en nombre d'abonnements, ce qui indique que le journal dépend beaucoup de l'accroche qu'il peut faire avec sa couverture. Mais, encore une fois, c'est loin d'être un torchon, comme le disent certains de ses détracteurs. L’argumentation qui sous-tend les gros titres est en général solide, donc on n’est bien loin d’un populisme anti-intellectuel.

 

            Et, en général, dans les débats politiques qu’on voit à la télé, j’aime entendre la pertinence des Jean-François Kahn, Laurent Neumann, Nicolas Domenach, Maurice Szafran et autres …. On ne peut pas être d’accord sur tout, mais encore heureux, c’est cela la presse d’opinion.

Par Loïc - Publié dans : Politique et société
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