Concours

Vendredi 11 janvier 2008

            L'arrivée d'une nouvelle génération d'hommes politiques, et l'importance de plus en plus grande accordée à l'image a conduit à un bouleversement de nos repères médiatiques. Sur les couvertures des journaux people, Jennifer, Brad et Angelina ont cédé leur place à Cécilia, Nicolas et Carla. Arthur, le roi des producteurs-animateurs avait conquis la belle Estelle Lefébure. Et, aujourd'hui, c'est le Président de la République qui a conquis une ancienne mannequin et belle chanteuse. un peu amené cette dérive de la politique

            J'entendais un journaliste dire que finalement cette évolution du politique vers le people était naturelle et inévitable. Les hommes politiques ont de moins en moins de pouvoir sur la marche économique et sociale du pays, la mondialisation ayant dilué les leviers de contrôles, donc puisque l'effet de ce qu'ils peuvent porter comme programmes et idéologies n'est plus si net, pour se donner une consistance, ils doivent insister sur leur personnalité. Et les voilà qui investissent les émissions et les pages de la presse people. Autrefois, c'était le Rocher : Rainier, Grâce, Caroline, Albert, Stéphanie et Daniel, ou la Couronne : Elisabeth, Charles, Diana, Camilla, Andrew William, Kate, Harry , qui fournissaient le plus d'histoires pour nourrir ces feuilles de choux. Ceci m'amène avec un brin de provocation à poser la question iconoclaste : Nicolas Sarkozy a-t-il finalement beaucoup plus de pouvoir que la Reine d'Angleterre ?

        
         Lors de sa conférence de presse, Nicolas Sarkozy a voulu faire taire les critiques sur son affichage de sa vie privée, en disant que cela était préférable au secret que pouvait garder les anciens présidents, en particulier François Mitterrand, sur leurs amours et sur leurs vacances privées. Il faut le concéder, le voile dont tout cela a pu être recouvert, a permis le détournement de certains moyens de l'Etat à des fins privées : on pense notamment à l'affaire des écoutes pour protéger Mazarine, la fille cachée de Mitterrand. A vrai dire, selon moi, la transparence qu'il doit y avoir, ce n'est pas sur la vie privée, mais bien sur la marche de l'Etat, dans ses moindres rouages. Même si avec une mécanique aussi complexe, on ne peut pas tout savoir, il ne devrait pas y avoir possibilité de rétention d'informations, quand un citoyen demande à savoir certaines choses, hors secret défense, pertinent, bien sûr. Finalement, l'important n'est pas de savoir si Vincent Bolloré prête son jet ou pas à son ami Nicolas Sarkozy lors de ses vacances, mais dans quelles conditions le groupe Bolloré remportera quelques marchés publics, bénéficiera de certaines mesures de l'Etat (Ainsi, on peut penser que la suppression programmée de la publicité sur le service public de la télévision offrira des opportunités de développement pour la chaîne Direct 8, ou une chaîne nouvelle que pourrait en plus créer Bolloré)
     
         En tout cas, il existe actuellement des vrais interrogations sur les médias. Leurs responsables et la plupart des journalistes clament que s'ils parlent de l'idylle entre Carla Bruni et Nicolas Sarkozy, c'est parce que cela intéresse les Français. Comme souvent, en ce qui concerne la programmation médiatique et l'audience publique, on ne sait pas qui est le premier : la poule ou l'oeuf ? Oui, les Française achètent bien les livres et les journaux sur Cécilia, Nicolas, Rachida ou Carla. Mais, s'il n y avait pas toute cette insistance médiatique, tous ces supports à la disposition, en seraient-t-ils demandeurs ?

                C'est le Journal du Dimanche qui a sorti l'information qui a fait jaser, et a amené le Président à répondre à en conférence de presse politique à répondre à une question sur Carla Bruni. Ce gros titre de la semaine dernière amène à s'interroger sur ce qui fait l'information. Comment le journaliste du JDD a obtenu cette date de mariage ? Et, pourquoi sa rédaction a décidé de faire sa une sur ce qui ressemblait plus à une rumeur qu'à une information officielle ? Le Journal du Dimanche n'a fait ni plus ni moins que dépasser la presse people grâce à un réseau d'observateurs, de journalistes et de taupes plus efficace, en ce qui concerne les hommes de pouvoir. Mais, est-ce vraiment de l'information sérieuse, tout ça ?

           Nicolas Sarkozy a répondu habilement aux questions sur son mariage, avec une point e de défi. "Vous l'apprendrez sans doute après qu'il ait eu lieu. "

           J'ai entendu Patrick Timsit dans l'émission tardive de Laurent Ruquier (on sort donc là complétement de la vraie politique) à propos des différences entre Cécilia Sarkozy et Carla Bruni : "il y en a une qui n'a pas eu envie d'être Première Dame de France, l'autre s'apprête à l'être"
            C'est vrai qu'on présente souvent (et je l'ai fait au début de ce billet) l'idylle de Nicolas Sarkozy et Carla Bruni sous l'angle "Quel chanceux ! Quel séducteur, ce Nicolas Sarkozy !" Mais, on peut voir aussi cela comme une belle performance de Carla Bruni, puisqu'il y a un seul président ( billet bien senti avec une ironie de droite )

             Dépassant les défauts qu'on trouve souvent à l'allure physique de Nicolas Sarkozy, ma chérie a dit que Carla Bruni et lui forment un beau couple. Et, je dois convenir que leurs photos dans le désert sont plutôt jolies. Ah ! Le pouvoir de l'image, qui semble montrer tant de choses en en cachant pourtant tellement ! Bref, on ne sait pas tout ce qu'il y a derrière les maquillages, les lunettes de soleil et les paillettes.

            On peut voir ce couple aussi comme l'alliance de la droite bling-bling et de la gauche caviar avec la bénédiction du diable publicitaire, Jacques Séguéla, qui a eu la bonne idée de faire rencontrer à son ami Nicolas Sarkozy des gens de gauche dans des dîners mondains. Hi hi ! Ironie !  Je ne veux cependant pas trop médire. Peut-être y a-t-il vraiment eu des échanges voire des confrontations d'idées entre Nicolas Sarkozy et ses convives lors de ce repas. En tout cas, ensuite, il a raccompagné chez elle Carla Bruni. On dit aussi qu'ils ont passé quelques nuits à la Lanterne. C'est à croire que le Président de la République a fait main basse sur la résidence de week-end du Premier Ministre.


             Et, c'est sur ces mots que je vais cesser de relater toutes ces histoires de Fillon et autres.

         

Par Loïc - Publié dans : Politique et société
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Dimanche 6 janvier 2008

            J’ai vu au cinéma cette année

 

            Eragon de Steven Fangmeier  avec Edward Speelers, Jeremy Irons, Robert Carlyle, Sienna Guillory, Djimon Hounsou, Gary Lewis, John Malkovitch, Garrett Hedlund, et la voix de Rachel Weisz

            Fur : un portrait imaginaire de Diane Arbus de Steven Shainberg avec Nicole Kidman, Robert Downey Junior Harris Yulin et Ty Burrell

            Blood Diamond, de Edward Zwick avec Leonardo Di Caprio, Djimon Hounsou, Jennifer Connelly, Arnold Vosloo

 

            Inland Empire de David Lynch avec Laura Dern, Justin Theroux, Jeremy Irons

            300 de Zach Snyder avec Gerald Butler, Lena Headey, Rodrigo Santoro et David Wenham

            Le prix à payer de Alexandra Leclère avec Christian Clavier, Nathalie Baye, Gérard Lanvin, Géraldine Paillhas et Patrick Chesnais

            La vie des Autres de Florian Henckel von Donnersmarck avec Ulrich Mühe, Sebastian Koch, Martina Gedeck, Thomas Thieme, Ulrich Tukur

            99 F de Jan Kounen avec Jean Dujardin, Jocelyn Quivrin, Elisa Tovati,  Vahina Giocante, Patrick Mille, Dominique Bettenfeld et Frédéric Beigbeder

            L’ennemi intime de Florent Emilio-Siri avec Benoît Magimel, Albert Dupontel et Aurélien Recoing

            La vengeance dans la peau de Paul Greengrass avec Matt Damon, Julia Stiles, David Strathairn, Joan Allen, Edgar Ramirez, Daniel Brühl, Chris Cooper, Scott Glenn, Albert Finney et Paddy Considine

             L'assassinat de Jessee James par le lâche Robert Ford de Andrew Dominic avec Brad Pitt, Casey Affleck, Sam Rockwell, Sam Shepard, Mary-Louise Parker, Paul Schneider    (pff, j'ai failli oublier ce film)

            Le rêve de Cassandre de Woody Allen avec Ewan Mac Gregor, Colin Farrell, Tom Wilkinson et Hayley Atwell

         Les promesses de l’ombre de David Cronenberg avec Viggo Mortensen, Naomi Watts, Vincent Cassel, Armin Mueller-Stahler

            My Blueberry Nights de Wong-Kar-Wai avec Norah Jones, Jude Law, Nathalie Portman, David Strathairn et Rachel Weisz

 

     Analyse quantitative                  

 

           14 films

3 films français, 1 film allemand, 10 films américains (dont un sino-américain, et un Américo-Canadien)

 

Grâce à leur présence dans l’important casting de personnages du film Eragon, j’ai pu voir deux fois Jeremy Irons (aussi dans Inland Empire dans le rôle du réalisateur) et Djimon Hounsou (très solide deuxième rôle de Blood Diamond) David Strathairn est apparu deux fois dans des seconds rôles, pour la Vengeance dans la peau et pour My Blueberry Nights. A noter aussi dans les doubles participations dans les films que j’ai vu cette année, on peut rajouter à la limite Naomi Watts, premier rôle dans les Promesses de l’Ombre, et voix de lapin dans Inland Empire, et Rachel Weisz, second rôle dans My Blueberry Nights, et voix de la dragonne dans Eragon, que j’ai dû voir en Version Française, toutefois.


    Analyse qualitative

            Ma foi, comme d’habitude, je suis assez satisfait de mon année cinéma.



 


 


 


 


 


 


Deux colorations différentes : stroboscopique ou grise,
mais ne s'agit-t-il pas de deux visages de la dictature qui asservit les hommes ?

 

 

            Du très bon, avec tout d’abord 99F, un film dynamique, mais qui derrière les effets visuels, et quelques insistances trash, qui peuvent gêner au début, est efficace dans sa peinture des dérives de la pub. Il e même failli m’arracher une larme quand je me suis rendu compte que ce qu’on montrait dans le film, c’était la réalité de la Chute de l’Homme. La Vie des Autres, que j'avais déjà évoqué dans mon billet sur l'Allemagne , est un superbe témoignage historique sur l’Allemagne de l’Est et ses habitants, et au-delà du gris de la situation, l’émotion transmise au fil du film est très juste, et cela s’intensifie avec le dénouement. Avec 300, j’en ai eu pour mon plaisir, j’aime les histoires épiques et je me disais depuis un certain temps que cet épisode antique de la bataille des Thermopyles méritait une adaptation. Là c’est fait à travers les codes du comics, et je dirais que c’est plutôt esthétique, et le récit est bien dynamiquemen. Blood Diamond, c’est du bon ouvrage de cinéma hollywoodien, mais ce classicisme permet d’offrir un bon spectacle d’aventure et de traiter un sujet intéressant : les guerres civiles dans des petits pays d’Afrique à la population pauvre mais au sous-sol riche en diamants, leurs causes, leurs conséquences. Leonardo Di Caprio est définitivement un grand acteur, et le reste de la distribution livre également une bonne performance.



 


 


 


 


 


 


 


 


Une réalisation stylée comics, une réalisation hollywoodienne : deux grands spectacles

 

 

Ensuite, viennent les promesses de l’ombre, après History of Violence ( voir ma rétrospective 2005 ), voilà une nouvelle collaboration David Cronenberg – Viggo Mortensen, avec ces bouffées de violence crue caractéristiques du travail du réalisateur canadien : ici, l’histoire est peut-être moins universelle, mais est très intéressante, avec une jeune femme à le recherche de la vérité sur une mort en couches vient bouleverser les rapports et luttes de pouvoir au sein de la mafia russe en Angleterre. Pour moi, l’ennemi intime, avec son sujet qui nous plonge au cœur de la guerre d’Algérie, et de la perte des repères des belligérants sur le terrain, tout en nous montrant de très beaux paysages, n’a pas eu le succès qu’il méritait.

            Je n’ai guère moins aimé que les films précédemment citée la tragédie familiale à la sauce Woody Allen d’Angleterre, le rêve de Cassandre - Ewan Mac Gregor et Collin Farrell, que j’ai rarement vu aussi juste, campent bien les deux frères prolétaires aux caractères différents, mais néanmoins complices - , et l’efficace la vengeance dans la peau : malgré une compréhension incomplète parce qu’il me manquait certains éléments présents dans les deux précédents films, j’ai bien été captivé par le suspense des péripéties de Jason Bourne, même si on se doute qu’il s’en sortira toujours. Le fait que de nombreuses scènes soient tournées en lieux réels dans des grandes villes du monde entier est appréciable aussi.

 

             L'assassinat de Jessee James par le lâche Robert Ford est un bon film, long et contemplatif dans l'ensemble. Mais l'image est très jolie : le MidWest par temps hivernal. Et l'interprétation montre des personnages nostalgiques de la grande époque des cowboys ! Brad Pitt incarne un Jessee James parfois élégant parfois dur, et Casey Affleck livre une interprétation très intéressante de Robert Ford.

 

            My Blueberry Nights est un beau film sur différentes histoires d’amour, autour d’un baiser, joliment suggéré puis montré entre Norah Jones et Jude Law. Le plutôt lent voyage est agréable mais finalement l’histoire est un peu vaine. L’amour, c’est bien, et voilà !

 

            Ensuite, viennent avec leurs avantages et leurs inconvénients : Eragon, une retranscription d’une œuvre d’heroic fantasy bien faite, mais vraiment sans aucune surprise : on a l’impression de pouvoir deviner à l’avance chacune des péripéties, et le réalisateur n’essaie pas à un seul moment de prendre le temps de brouiller les pistes, et j’imagine qu’ainsi il réussit à caser l’essentiel du contenu du livre. Mais, le Seigneur des Anneaux lui est évidemment largement supérieur. Le Prix à payer est une comédie française parmi tant d’autres : les acteurs jouent bien leur rôle dans cette histoire où on nous ressert les joutes hommes-femmes, en particulier en ce qui concerne l’argent. Il y a quelques bons mots, mais finalement l’ensemble n’est pas si élevé que cela. Contrairement aux deux films cités précédemment, Inland Empire est lui singulier, comme on peut s’y attendre. David Lynch nous propose comme a son habitude une série de scènes spéciales, intéressantes ou au moins troublantes, avec lesquelles on doit chercher le fil de l’histoire. Inland Empire est probablement encore plus difficilement compréhensible que Mulholland Drive, mais par rapport à ce dernier, il perd nettement en glamour. Le ton est plus gris.

 

            Puis, Fur, qui m’a peu emballé. Ce n’est pas mal filmé ni joué : Robert Downey Junior est tout à fait crédible en homme à poils, et Nicole Kidman incarne avec émotion Diane Arbus. J’en ai ainsi appris un peu plus sur cette photographe. Donc, même si ce n’est pas mon film préféré de l’année, je n’en suis pas ressorti plus bête ou mécontent.

 

          Voilà pour ma rétrospective de cinéma de cette année. Comme en 2005 , je n'ai pas vraiment de film préféré, même si le cru 2007 est peut-être plus plaisant que le cru 2005. Je vous renvoie aussi à la rétrospective 2006 , avec là parmi les films qui m'avaient emballés, un qui l'emportait : les Fils de l'Homme (et sa sortie cinéma, mais aussi DVD, trop confidentielle). Il s'agit peut-être donc du meilleur film vu ces trois dernières années. Quoique j'ai bien aimé aussi Je suis une légende (dont on remarquera qu'il s'agit aussi d'un film de science-fiction apocalyptique) : des frissons, des larmes, de l'enthousiasme, quelques sourires,... Il est sorti en 2007, mais je l'ai vu ce 2 janvier, donc, non, il ne peut pas faire partie de ma rétrospective 2007.

Par Loïc - Publié dans : Spectacles sportifs, cinématographiques,...
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Mercredi 2 janvier 2008

 

            Bon, puisque l’année 2007 vient de finir, je vous livre divers bilans, notamment la rétrospective cinéma personnelle, je me dois de dresser un tableau synthétique de cette année politique, vu le grand nombre de billets que j’y ai consacrés durant cet an 2007 riche en élections.

            Pour ne pas surcharger ce texte, je focaliserais surtout sur la scène politique française, même si l’actualité internationale, récemment marquée par la mort dans un attentat de Benazir Butto, assassinat symbolique de l’instabilité du Pakistan et des tensions du monde, mériterait de l’attention.

 

 

 

 

 

 

            Nicolas Sarkozy a donc été élu président de la République Française, le sixième de la Cinquième République. Dans la foulée, l’UMP a gagné les élections législatives. Et, ce qu’on appelle communément la droitisation de l’opinion publique et de l’électorat, est plus que jamais manifeste. Bien sûr, pour expliquer ce phénomène qu’on observe dans la plupart des autres pays européens aussi, il faut citer l’effet démographique : les personnes âgées penchent plus à droite, ou d’une manière générale vers les partis conservateurs, et une nette majorité d’entre elles ont voté Nicolas Sarkozy plutôt que Ségolène Royal au deuxième tour des présidentielles. Hors, les personnes âgées sont de plus en plus nombreuses.

Néanmoins, l’évolution des mentalités (vers plus d’individualisme, plus d’ordre dans certains domaines, plus de liberté dans d’autres,) se fait aussi par réaction. Réaction à ce qu’on fustige comme la pensée unique, celle qui se réclamait volontiers de gauche, et a prospéré dans les médias durant les vingt dernières années. Il y avait un peu de l’héritage des libertaires de mai 68, une goutte du vieil humanisme français, auxquels étaient venus s’adjoindre le souci écologique. Mais, l’égoïsme jouisseur, l’exagération et la superficialité de la compassion, et un certain mépris du peuple , tout cela de façon assez inconsciente, ont peu à peu déprécié ce courant de pensée. Ses postulats, tels « chacun est libre de ses choix sexuels » , « le métissage, c’est bien » , « stop au racisme, et défense des minorités » , « il faut envoyer en vacances tous les enfants de France, surtout en banlieue », « on se doit d’offrir un accueil décent à ces étrangers qui fuient leur pays », « il faut donner de l’argent pour aider les gens dans la misère » , « le travail doit se partager, et il est bien qu’à côté du temps de travail, il y ait un temps pour les loisirs, et l’accomplissement personnel » , « il faut faire payer les entreprises polluantes » , « il faut soutenir l’agriculture bio et le commerce équitable » , « on doit soutenir la démocratie partout dans le monde, mais éviter la guerre, car il faut comprendre ces pays en développement, dont le retard a été crée à la base par leur exploitation par nos sociétés occidentales » n’étaient pas contestés dans les médias. Ils sont d’ailleurs plutôt justes, mais je comprends que, balancés comme argument ultime dans une conversation, sans prendre la peine de l’explication,  sans essayer de comprendre – ce qui permet ensuite de convaincre - son interlocuteur, qui se voyait nié toute valeur dans le débat une fois accusé de racisme, d’homophobie, de pétainisme, de puritanisme, d’intégrisme religieux, d’exploitation, ou d’égoïsme, ou tout simplement parfois de droite. De fait, les exclus de cette pensée unique, souvent venus de milieux populaires, venaient grossir les rangs des réactionnaires. Côtés intellectuels, on voyait monter des écrivains, tels Houellebecq, Glucksman, qui s’écartaient de la pensée unique, et de fait, en étant iconoclastes, donnaient un certain dynamisme aux idées réactionnaires, critiques notamment de tout le courant post-soixante-huitard. A la fin des années 90 cependant, les médias étaient encore bien trustés par les artistes plus ou moins engagés, avec leur bonne conscience donneuse de leçons, doublée parfois d’un côté gauche caviar. Détestant ces derniers, le peuple réactionnaire, lui, n’avait encore que l’extrême-droite comme offre politique, hors abstention. De toute façon, ces gens se défiaient fortement des « escrocs » politiciens. L’abstention montait, Le Pen aussi, jusqu’au 21 avril 2002 et sa qualification pour le second tour des présidentielles. Si la menace du démagogue grotesque d’extrême-droite se dégonfla, la droitisation des esprits était bien en marche, et, par un discours plus solide et  plus justifiable que le ramassis de critiques du Front National, Nicolas Sarkozy et sa plume Henry Guaino, n’avaient plus qu’à faire cristalliser cela.

D’une certaine manière, s’il n y avait pas eu François Mitterrand (et sa gauche caviar honnie), il n y aurait peut-être pas eu Nicolas Sarkozy. Quoique, comme je l’ai dit, le mouvement de droitisation de l’opinion s’observe dans presque tous les pays européens, quelle que soit leur histoire politique. En tout cas, l’anathème « gauche=fainéants ou incapables » est en train de supplanter et donc d’étouffer l’anathème « droite=méchants » A cause du souvenir plus ou moins fantasmé de la présidence de Mitterrand, de l’explosion de la dette et de l’enfoncement de la France dans la crise, la gauche est considérée par la majorité comme plus mauvaise gestionnaire que la droite. Selon moi, cette dernière a aussi ses écueils. Et, si on voit bien que la pensée unique de gauche, dont je parlais plus haut, est sévèrement sapée, jusque dans les médias, c’est bien une autre pensée unique – je dirais sarkozyste, pour ne pas dire de droite ou réactionnaire – qui se développe : avec bien sûr, en tête de gondole les leitmotivs bien martelés cette année « travailler plus pour gagner plus » , « marre de la repentance », « La France, tu l’aimes ou tu la quittes », et au-delà « l’immigration choisie permet de limiter les flux et bénéficie au pays et au migrant » , « la fonction publique est un poids pour la France, il faut la rendre plus efficace, et il faut libérer les forces de l’entrepreneuriat » , « il n’est pas normal qu’on travaille plus de la moitié de l’année pour l’Etat, il faut réduire les impôts pour faire revenir ceux qui investissent en France » , « la justice doit juger à l’aune de la souffrance des victimes » , « on ne doit pas avoir honte de gagner de l’argent », « chacun doit pouvoir choisir son école, son contrat et son temps de travail » , « la police ne cédera pas face aux voyous » . De même, il y a des choses valables là-dedans, mais à partir du moment où il est impossible de le contester, même pour nuancer, sous peine de se faire traiter de fainéant, de gauchiste, de communiste, de partisan de l’immobilisme, de soutien des voyous, on se retrouve dans la problématique de la pensée unique. Les médias relaient de plus en plus cette tendance, même si il reste encore beaucoup de tenants de la pensée unique précédente, ce qui donne des débats enflammés, mais trop souvent excessivement fermés, car chacun campe sur ses positions et ses postulats. Parallèlement, de plus en plus d’artistes sortent du bois en s’affichant sarkozystes. C’est bizarre de parler de deux pensées uniques différentes ; je ne fais que reprendre le terme passé dans le langage courant de « pensée unique », mais il est évident que de nombreux courants de pensée cohabitent à une époque, surtout en France, où les idées peuvent aller et venir avec une grande liberté. Seulement, il apparaît quelques idéologies majeures, et souvent l’une d’entre elles domine clairement les autres. Aujourd’hui, c’est la droite qui a gagné la bataille idéologique. Bientôt, il y aura de nouvelles luttes contre la nouvelle pensée unique. Pour conclure, comme disait Coluche dans sa revue de presse, « tout le monde s’accorde à dénoncer la pensée unique »

 

 

 

 

 

 

            Personnellement, je n’aime guère ni Mitterrand ni Sarkozy. La droite bling-bling, c’est aussi triste pour notre pays que la gauche caviar.  Je ne vois pas quelles valeurs, si ce n’est celle de l’argent, affiche Nicolas Sarkozy quand il a recours à l’avion ou au yacht de son ami milliardaire Vincent Bolloré, pour ses vacances à Malte ou en Egypte. Bien sûr, ce n’est pas mieux de cacher sa vie luxueuse, mais ce côté ostentatoire est aussi agaçant, parce qu’on a l’impression qu’on veut nous vendre une image, un modèle du bonheur et de la réussite. Le président est devenu people, il s’affiche avec ses amis du show-biz , même sa petite amie en est maintenant. En un an, c’est fou comme ces magazines qui contiennent plus de photos que de phrases mettent de plus en plus sur leurs couvertures les hommes politiques : Nicolas Sarkozy bien sûr, mais Ségolène Royal n’était pas en reste, et dans la foulée du Président, Rama Yade et Rachida Dati, occupent aussi les pages glacées des hebdomadaires non politiques. Ainsi, désormais, l’espace médiatique occupé par Nicolas Sarkozy et son équipe est énormément étendu. Impossible de faire une journée sans Sarkozy dans les médias. D’un discours de feuille de route à un jogging, d’une nomination d’un gouvernement d’ouverture à un divorce, d’une nouvelle loi à un voyage d’affaires à l’étranger, d'une réception somptueuse du dictateur Kadhafi à Paris à un dimanche à Eurodisney avec Carla Bruni, les discours et les images se succèdent. C’est bien tourné, ça maintient notre attention, mais on ne peut s’arrêter, une information chasse l’autre, et on n’arrive pas à saisir avec un réel recul ce qui est à l’œuvre.

 Politiquement, tout n’est sans doute pas à jeter dans ce que font Nicolas Sarkozy, François Fillon et leur équipe, mais je n’aime guère leur façon d’imposer toutes ces réformes. Commencer la législature par la loi de paquet fiscal, présentée comme urgente, et parier ainsi sur le choc fiscal était une erreur selon moi. Cela grève (et va grèver, car ces allégements d’impôts prendront leur pleine mesure dans les années à venir) les recettes de l’Etat d’une façon disproportionnée par rapport au résultat. L’argent accordé aux riches va favoriser la conservation de patrimoine, et ne va pas forcément aller dans les investissements productifs, et à l’échelle de la France, cela pèsera peu sur la consommation. La mesure visant à favoriser l’accès à la propriété, avec le déduction des intérêts d’emprunts par l’Etat, coûte cher à la collectivité, et si cet argent va aller en partie à ceux qui achètent un nouveau bien immobilier, nul doute que les agences immobilières et les banques en profiteront un minimum, certes moins que les particuliers, mais ceux-ci pourraient se voir reprendre par l’Etat ce qu’il leur a donné d’une main, selon les nouveaux impôts, franchises et autres qui vont venir compenser le budget de l’Etat. De plus, insister sur l’accès à la propriété est un peu contradictoire avec la tendance actuelle à plus de flexibilité et de mobilité. Les réformes du marché du travail seront de toute façon essentielles pour l’économie française et le pouvoir d’achat moyen des français. Les lois touchant aux heures supplémentaires et au temps de travail sont des usines à gaz. Je ne sais pas si cela aurait été plus simple à mettre en pratique avec la formule entendue chez François Bayrou : même coût du travail pour l’employeur en heures supplémentaires, mais les réductions de charges patronales sont compensées par des augmentations de salaire horaire de 20 à 30%. Mais, en tout cas ça me semblait un peu plus juste. En effet, une partie du diagnostic du gouvernement est bon : il existe des salariés qui aimeraient bien travailler plus et avoir un peu plus de pouvoir d’achat, pour pouvoir mieux profiter de leurs vacances entre autres. Mais, le problème, c’est que bien souvent ce ne sont pas les salariés, mais les employeurs qui décident ou non des heures supplémentaires, puisque ce sont eux qui gèrent le budget de l’entreprise. Evidemment, les situations sont très différentes, ne serait-ce que du point de vue de la concurrence et de la répartition des coûts, d’un type d’entreprises à l’autre. Le patronat, représenté notamment par le MEDEF, voudrait que le contrat se substitue à la loi pour adapter à chaque entreprise la politique du temps de travail. Ce n’est pas une question facile, car cette évolution vers plus de libéralisme est en quelque sorte imposée par la mondialisation. En tout cas, cela me fait dire que toutes les lois à l’échelle mondiale, qui peuvent un peu contrôler ce libéralisme sauvage sont salutaires.

L’argent a pris trop d’importance par rapport à l’Homme. Ceci est une phrase un peu bateau, mais elle est juste, et le capitalisme, financier à l’excès, à force de brasser des sommes qui ne correspondent plus à rien, est lui-même menacé par ses excès, et les tensions, elles bien humaines, qui se créent de par le monde, sont dangereuses à terme pour notre civilisation.

Revenons-en à Nicolas Sarkozy, dont je n’ai pas l’impression de partager totalement les valeurs. Cela dit, je ne le connais pas. J’avoue qu’une ou deux fois, devant ma télé, j’ai eu envie de le baffer (je ne l’aurais pas fait, je vous rassure), quand il étale sa rhétorique (avec par exemple sa fameuse question « et vous trouvez ça normal ? », que les journalistes sont incapables de parer, ou quand il affirme avec aplomb « je ne serais pas celui qui demandera des sacrifices aux Français » Parfois, Nicolas Sarkozy est un grand illusionniste, il a tendance à maintenir les Français dans le rêve, en pointant du doigt l’autre : c’est l’autre qui doit faire des sacrifices, pour que la situation soit plus équilibrée. Au lieu de parler aux citoyens comme à une collectivité qui devrait se serrer les coudes en ces temps difficiles, il les divise. Cela sera à chacun son tour de faire des sacrifices, pourvu que la majorité soit bien convaincue des avantages indus de la minorité en question. Cette façon de faire explique aussi que ce gouvernement réformateur a tendance à proposer pleins de petites lois, ce qui a en outre l’avantage de bien occuper le terrain médiatique, plutôt que de prendre son temps et élaborer des grandes lois cadre.  Un éditorialiste disait récemment que ceci constituait bien une stratégie assumée et que celle-ci était défendable : avancer petit à petit tous les dossiers (un exemple typique concerne la réforme de l’enseignement supérieur), plutôt que d’attendre, de multiplier les études et de tout jouer sur une grosse loi. Mouais. Au bilan, c’est quand même difficile de dire ce qui est le meilleur comme méthode, pour à la fois limiter les tensions et éviter l’immobilisme.

 

 

 

 

 

 

Immobilisme, c’était un des procès faits à François Bayrou lors de l’élection présidentielle. Bien sûr, pour l’opinion publique, ses intentions politiques étaient un peu masquées par le « ni-ni ». Je suis peut-être un peu naïf, mais je crois cependant que son programme avait du corps, axé justement sur des grandes réformes : retraites, réforme de l’Etat et de ses missions, relance de la construction européenne, aide aux PME,… Bien sûr, tous les détails n’étaient pas fixés et auraient fait l’objet de rapports et de négociations préalables, ce qui laissait planer une menace de blocage de l’envie réformatrice, mais il fallait y croire, et je pense que les différentes parties pouvaient trouver un accord qui changent leurs liens, mais ne lèsent pas outre mesure l’une par rapport à l’autre, et permettent de rendre le système meilleur dans le monde moderne. L’exemple type de la différence de méthode qu’il y aurait pu y avoir entre une présidence de François Bayrou et la présidence de Nicolas Sarkozy, c’est la réforme des retraites : là où Nicolas Sarkozy découple les questions des régimes spéciaux et les questions de la pénibilité, et de la durée de cotisation globale, François Bayrou semblait vouloir livrer – probablement par référendum - une réforme globale qui aurait donc intégré les régimes spéciaux, et aurait défini un nouveau barème de cotisations et de droits (peut-être une retraite par points) en tenant compte entre autres de la pénibilité.

Bien sûr, la méthode n’est pas tout (et les différences sur le fond existent vraiment), mais cela apporte des nuances qui sont importantes en politique. En effet, il existe une vraie nécessité de restaurer le lien entre le peuple et ses élus, pour faire partager à tous les français (autant que possible) une ambition commune de redonner force à notre pays. La réforme des institutions pour équilibrer les pouvoirs et pour représenter tous les grands courants politiques dans les discussions parlementaires, était d’ailleurs un sujet majeur de cette élection. Nicolas Sarkozy a été en retrait par rapport à ses challengers, Ségolène Royal et François Bayrou, sur ces questions, mais il a fait réfléchir dessus durant les sept premiers mois de sa présidence une commission, présidée par Edouard Balladur. Et, de par son omniprésence médiatique, il donne l’impression qu’il pilote tout sans limite de domaine réservé, ce qui donne un drôle de régime présidentiel.

Force est de constater que Nicolas Sarkozy a réussi, avec aussi ses deux principaux challengers Ségolène Royal et François Bayrou lors de l’élection, à bien passionner les Français. Mais, il a fait le choix de la voie « homme providentiel », avec sa rupture, ses « je ne vous mentirais pas », « je ferais ceci et je ferais cela ». Cela a pu marcher en France, mais franchement c’est plein de périls à terme, sachant que nos gouvernants ne peuvent pas tout. Je préférais la position de Bayrou et sa campagne « un président qui vous rassemble »

 

 

 

 

 

 

Ayant l’impression que les tensions s’exacerbent en France, et que derrière le cirque médiatique, on prépare la voie à une jungle libérale au profit des forts, je continue à penser que le diagnostic, et donc probablement les remèdes de François Bayrou étaient les meilleurs. Je ne regrette pas d’avoir voté pour lui, même si au final cela ne changea pas les choses puisqu’il fut battu dès le premier tour. S’il avait été élu, je le concède, la réussite n’était pas garantie. Je le concède aussi, l’élan est maintenant clairement retombé. Et rien ne dit que de l'amalgame des différents courants du centre plus ou moins centrifuges ou centripètes , il sortira un projet viable pour la suite. Tout est à refaire, d’autant plus qu’à coup sûr, la présidence de Nicolas Sarkozy est en train de brouiller la donne, redistribuer les cartes, et changer le paysage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour l’instant, le Président dispose d’un important noyau dur de partisans et de gens qui lui font confiance, même si lui et son équipe ont un peu trop tendance à se gargariser des 53% de Français qui l’ont élu sur son projet, comme si cela leur accordait un blanc-seing total pour les cinq années à venir.

 

 

 

 

 

 

D’un autre côté, j’ai l’impression que dans l’opinion, on trouve une bonne trentaine de % d’irréductibles au style et à la politique sarkozyste, dont un certain nombre qu’on qualifie volontiers d’antisarkozystes primaires, qui par leur acharnement à ramener toutes leurs critiques à Nicolas Sarkozy, font indirectement le jeu de l’hyper-président.

Le Président contrôle l’agenda, et oblige l’opposition à le suivre. Les critiques succèdent aux critiques, sans que toutefois rien n’accroche vraiment. Quoique, l’annonce de Jean-Louis Borloo de la possibilité d’imposer la TVA sociale entre les deux tours des élections législatives, a permis à l’opposition de mener une campagne efficace à ce moment-là, et de limiter considérablement sa défaite. De même, l’équation « paquet fiscal=cadeaux de 15 milliards aux riches » est plutôt audible dans l’opinion publique, même si les défenseurs de ces allégements fiscaux sont, eux aussi, nombreux.

Mais, au final, François Hollande, toujours premier secrétaire du Parti Socialiste a beau faire preuve d’esprit, il ne parvient pas à faire ressortir le côté positif des contre-propositions de la gauche. Et après la défaite lors de ces élections générales, c’est bien du côté du projet que le bât blesse à gauche. Tout le monde en appelle à la rénovation, la refondation, la refonte du logiciel, mais la voie n’est toujours pas bien débroussaillée. Le Parti Socialiste est tiraillé entre les revendications de l’extrême-gauche, minoritaire en France, mais suffisamment forte pour mettre la pression, et  l’évolution vers la sociale-démocratie, voire le social-libéralisme, qui si elle est assez demandée médiatiquement, n’arrive pas à s’affirmer autrement que molle. La seule qui garde une voix assez forte est Ségolène Royal, mais elle n’a toujours pas résolu ce qui a fait sa défaite aux présidentielles : elle n’a toujours pas articulé ses idées autour d’un programme qui lui permette de faire bien taire les procès d’incompétence. C’est un livre sur sa belle campagne – selon elle – qu’elle a sorti cet automne, alors qu’on attend toujours la synthèse écrite de ses débats participatifs. En soi, cette idée de réunions de doléances et de propositions des Français n’était pas mauvaise, mais ces débats ont été organisés trop  tard pour être digérés dans un programme cohérent. Alors que Nicolas Sarkozy a su faire monter conjointement dans l’opinion son image et ses idées pendant cinq ans, Ségolène Royal n’a commencé son ascension présidentielle que deux ans avant l’élection, et la première année, c’est surtout le développement de son image qui lui a permis de s’imposer, notamment au nez et à la barbe des autres responsables socialistes installés depuis plus longtemps dans la conduite idéologique du parti. De fait, début 2007, le Parti Socialiste avait une belle image de candidate, et un projet issu de compromis entre différents hommes influents du parti. Les deux n’ont jamais pu coller ensemble, et Ségolène Royal n’a jamais réussi à rattraper ce retard idéologique. L’annonce de son programme présidentiel à Villepinte, façon liste de courses, ne m’a pas convaincu. Et, si j’ai finalement voté pour elle au second tour, c’était avec méfiance et sans enthousiasme. Je ne regrette toutefois pas ce choix car je pense que sa politique aurait pu être plus équilibrée que celle de Nicolas Sarkozy. Sa critique de la politique du nouveau président, que j’ai pu lire, est assez pertinente. Dans son équipe de campagne, on entrevoyait des économistes qui semblaient assez compétents. Et, le fait qu’elle renie une ou deux propositions pas crédibles de son programme de candidate socialiste, comme le SMIC à 1500 euros au plus vite, prouve que sa défaite est aussi, voire avant tout, liée aux faiblesses du parti socialiste, qui n’arrive pas à brandir des mesures concrètes de gauche visant le moyen terme, plutôt que le seul court terme de l’urgence sociale. Je ne dis pas que vivre avec le SMIC est facile en France, mais son augmentation dans des proportions égales à l’augmentation de l’indice des prix est sage, et l’augmenter davantage porte des risques d’inflation, de méfiance des entreprises et de blocage des salaires au niveau du SMIC. Pour moi, c’est important que les politiques puissent faire comprendre au peuple des mesures à long terme, ou au moins à moyen terme.

Je me dis parfois que, pour sortir de l’ornière la gauche et d’une manière générale tous ceux qui refusent la dérive du monde vers une jungle, où l’argent serait le seul maître, où on ne traiterait la violence de la population que par la violence de l’Etat, il faudrait en quelque sorte un nouveau Karl Marx, bref un vrai grand penseur et idéologue qui propose autre chose que le libéralisme autoritaire qui a le vent en poupe actuellement, et autre chose également que le vieux marxisme, qui a été entaché par les crimes et les échecs des Etats communistes durant le vingtième siècle, et qui n’est plus adapté au monde moderne, complexe. Bref, ce n’est pas facile, car le libéralisme, lui, pour s’imposer, n’a pas besoin de chef, puisqu’il est basé sur l’individualisme.

 

 

 

 

 

 

Beaucoup de choses peuvent encore se développer dans les années à venir à partir de la bouillie idéologique à gauche et au centre, et la droite aussi est multiple, il ne faut pas l’oublier même si en France, le sarkozysme semble la dominer, et même au-delà du vieux clivage gauche-droite.

 

 

 

 

 

 

            Même si j’aurais aussi voulu parler plus de François Fillon et de son gouvernement, je terminerai d’ailleurs par dire un mot sur ces personnalités de droite mises à l’écart par le sarkozysme. Il y a le flamboyant ex Premier Ministre Villepin, qui si il a un beau verbe qui lui confère une stature présidentielle, manque un peu selon moi d’identification idéologique, son action de Premier Ministre ayant finalement manqué de cohérence, tantôt plus libéral, tantôt plus étatiste que le gros de l’UMP. Parmi les députés actuels, on retrouve quelques villepenistes, comme Hervé Mariton, Georges Tron, et surtout le maire de Vannes, François Goulard, qui est la voix discordante numéro 1 de l’UMP.

            Et puis, je m’en voudrais bien sûr de ne pas parler dans ce billet où j’ai évoqué François Mitterrand (un peu) et Nicolas Sarkozy (beaucoup – comme tout le monde) de celui qui a été président entre les deux, et qui l’était encore au début de l’année dernière : Jacques Chirac. Malgré ses détournements d’argent et le bilan de sa présidence assez pauvre, même en politique extérieure d’ailleurs (au-delà de son opposition à la guerre en Irak, je voudrais retenir toutefois qu’il a porté le projet de taxe sur les voyages en avion pour financer la lutte contre le sida dans le monde, et même si la mesure est limitée en ampleur, il s’agit du premier embryon d’impôt mondial), je n’ai pas l’impression de le détester.

            C’est vrai qu’avec sa fin de présidence sage, on oublie un peu ses turpitudes, ses trahisons et zigzags idéologiques. Tout cela est souvent assez vieux et donc, j’étais assez jeune à l’époque. Bref, ne regrettons rien. Disons qu’il était temps que Jacques Chirac parte, mais, bon, on aimait bien quand même son côté sympathique.

            Et, je me disais que cela allait faire bizarre de voir remplacer sa traditionnelle allocution pour les vœux de la nouvelle année, qu’on écoutait pas forcément, par ceux de Nicolas Sarkozy, qui, en venant comme une énième intervention télévisée, allait manquer de saveur. Finalement, comme Nicolas Sarkozy est doué côté communication, de ce que j’en ai vu, cela ne m’a pas semblé si mal.

            Et, je suis en train de me dire que même si notre nouveau président me fait parfois hérisser le poil (je ne l’ai pas épargné dans ce billet), je vais m’y habituer, et peut-être qu’à la fin, avec le rythme qu’il tient, je ne saurais plus bien ce que je lui reproche. Je ne sais pas si c’est un bien.

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Loïc - Publié dans : Politique et société
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Dimanche 30 décembre 2007
   Bonne fin d annee a tous.

    Apres un joyeux Noel ( gute Weihnachten comme on dit a Cologne, Köln, ville d eglises romanes, de creches, de lumieres, d arbres et de marches de Noel particuliere), on en arrive au terme de cette annee 2007.

   Et, c est donc l heure des bilans de 2007, et surtout puisqu'il faut penser au futur plus qu'au passe, c est le moment d adresser les meilleurs voeux de sante, reussite et surtout de bonheur (les deux derniers ne sont pas exactement synonymes) pour 2008...
 
 Puisque maintenant c est notre present, et il faut y aller.

         Go 2008
Par Loïc - Publié dans : souriantalavie
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Mardi 11 décembre 2007
         Quel est le but de le politique ? Pour gérer la vie de la cité, quels grands objectifs doit-t-on garder en vue ? Pour moi, je dirais qu'ils sont deux : efficacité économique et justice sociale. Et, les deux sont vraiment essentiels et incompressibles. Si négliger le développement économique, c'est créer des dettes que paieront la cité et les citoyens dans le futur, oublier la justice sociale (ou humaine, devrait-t-on dire), c'est tourner le dos à toute exigence morale, et ne pas croire en la civilisation, puisqu'une nouvelle loi de la jungle  tuera la cité à terme. Dans notre monde libéral, où tous les retards pris sur la frénésie de croissance se paient, le proverbe "la fin justifie les moyens" est plus que jamais d'actualité.
          
         Il en est ainsi de la politique française actuelle de la diplomatie business. Khadafi vient planter cinq jours sa tente dans les jardins de l'Elysée. La polémique enfle entre ceux qui cherchent à minimiser le malaise en parlant d'accompagner un dirigeant sur le chemin de la respectabilité, et ceux qui n'oublient pas que le colonel lybien a financé le terrorisme, et a été et est toujours un dictateur. Les médias relaient les réactions contrastées des responsables publics, dont bon nombre d'indignations. Je suis de ceux qui apprécient que Ramatoula Yade, la jeune secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme, ait parlé pour dire que la réception fastueuse d'un personnage aussi sulfureux dans la semaine de la Journée des Droits de l'homme, est malvenue. Après, je laisse à certains le droit de regretter qu'elle n'ait pas démissionné. Personnellement, je pense que tout ministre doit être libre de sa parole publique, du moment qu'il a annoncé la couleur à ses collègues avant, sans avoir besoin de démissionner.  Et, on peut trouver qu'elle est rentrée dans le rang un peu vite, ne voulant plus parler dès lundi soir.
             En tout cas,  après la première journée de visite de Khadafi, les médias ont relayé les informations concrétes résultantes : à savoir les 10 milliards de dollars de contrats signés. Avec ces images des deux présidents, lybien et français supervisant les stylos de leurs conseillers. Si côté affaires tout va bien, côté droits de l'homme, les entretiens entre Nicolas Sarkozy et le colonel Kadhafi n'ont visiblement pas été très productifs, et on a eu le droit à des épisodes croquignolesques, où le président français, affirmant qu'il avait parlé des droits de l'homme à son interlocuteur, se voyait démentir par celui-ci, qui ensuite se lançait à l'UNESCO dans une diatribe contre les fautes du colonialisme passé, mais aussi celles de l'époque actuelle : avec le néo-colonialisme et le mauvais accueil des immigrés africains en Europe, en en France. Bref, entre Nicolas Sarkozy et Khadafi, on ne sait pas qui manipule qui. Financièrement, c'est sans doute une bonne opération : pour justifier sa Real Politik en affaires étrangères, Nicolas Sarkozy et ses conseillers disent souvent que si ce n'était pas la France qui allait faire des affaires avec ces régimes sulfureux, ce serait d'autres grands pays concurrents. Mais, du point de vue image, l'opération aura sans doute des retombées négatives.

Je me demande quel est le sentiment du juge anti-terroriste Bruguière, qui s’était engagé sans succès sous les couleurs de l’UMP aux élections législatives. Je me demande surtout ce que les familles des victimes de l'attentat du DC-10, derrière lequel on avait mis en évidence la main  terroriste des services secrets lybiens, en pensent.


Hier soir, à la télévision,  j’ai vu un autre juge réputé pour sa ténacité, mais travaillant dans un tout autre domaine : Renaud Van Ruymbeke. Il s’agissait d’une émission « complément d’enquête » sur les délits financiers. Avec un reportage sur la nouvelle vie de Pierre Botton, filmé notamment dans le TGV Paris-Lyon. On disait qu'il préférait descendre du train à la gare de la Part-Dieu, plutôt que plus loin à la gare de la Perrache, où les lignes sont toutes proches de la maison d'arrêt, où il a passé une partie de sa vie. En effet, Pierre Botton a été condamné dans une grosse affaire de fausses factures. Il s'était mis en dehors de la loi pour aider - avec bien sûr d'intéressantes contreparties - son beau-père Michel Noir à conquérir la mairie de Lyon, ce qui pouvait constituer un tremplin pour l'élection présidentielle. C'était l'époque du RPR au début des années 1990, où tout semblait possible pour des jeunes loups aux dents aiguisées, comme Michel Noir. Mais, il ne fallait pas s'embarasser de scrupules pour se bâtir un efficace réseau d'influences. En profitant de l'absence de lois claires sur le financement des partis politiques et des campagnes électorales, on allait chercher l'argent auprès des grandes compagnies, auxquelles on pourrait renvoyer l'ascenseur lors des appels d'offre pour marchés publics qu'on devrait signer une fois au pouvoir. Si, en plus, ces grandes entreprises avaient une branche médias, comme par exemple Bouygues avec TF1, c'était tout bénéfice : la porte ouverte à des renvois d'ascenseur multiples. Fausses factures, emplois fictifs, marchés truqués étaient autant d'aspects peu reluisants du système. Sil y avait un pigeon dans toute cette affaire, c'était le citoyen. En tout cas, ce n'était sans doute qu'une partie de l'iceberg, mais le système corrompu qui gravitait autour de Michel Noir tomba à la suite de la condamnation de son gendre, Pierre Botton. Un procés, inculpant Michel Noir et Michel Mouillot, suivit. Il semble me rappeler que lors du jugement, Patrick Poivre d'Arvor avait été lui aussi condamné à une peine minime devant les juges. Mine de rien, quand on y repense, le présentateur numéro 1 du journal télévisé a un certains nombre de casserolles au cul. Je peux apprécier ses qualités : homme cultivé, ton mesuré, mais penser, tout compte fait, que cela aurait été plus juste qu'il laisse sa place à des journalistes plus jeunes et plus honnêtes. Le summum étant quand même sa fausse interview de Fidel Castro. Une manipulation aussi grossière de l'information, c'est quand même honteux pour un journaliste.

Mais revenons à Pierre Botton. Aujourd'hui, sorti de prison, il est à la tête d'une entreprise de pharmacie avec des associés, et il ne cherche pas à défendre l'ancien Pierre Botton, qui a été mauvais, dit-t-il. Dans la région lyonnaise, des anciens hommes politiques condamnés (notamment Michel Noir), ou des gens pas condamnés toujours politiciens (certains étant sans doute passés entre les mailles du filet) lui tournent le dos et ne lui adressent plus la parole. Heureusement, nous dit le reportage, des gens lui sont restés fidèles, comme ce gérant d'un palace, qui lui fait des prix d'amis. Mouais. Je ne sais pas si Pierre Botton est un bel exemple de repenti, mais en tout cas, les nouvelles lois de financement politique semblent mettre un frein aux scandales politico-financiers qu'il a pu exister. Désormais, c'est l'Etat qui rembourse les frais de campagne des hommes politiques, dans certaines conditions, notamment un contrôle des comptes de campagne. Donc, il ne peut plus y avoir d'afflux sauvage de capitaux venant du privé. Après, indirectement, c'est toujours le citoyen qui paie, mais c'est plus clair.


Cependant, il ne faut pas se leurrer. Il y aura toujours des petits malins qui chercheront à gruger en se mettant aux limites de la légalité, en profitant des failles du système ou en dissimulant leurs basses oeuvres. Donc, il est important que la justice ait les moyens de confondre ces délinquants en col blanc. Le juge Van Ruymbeke, lors de son entretien avec le journaliste Benoît Duquesne, parlait notamment de la loi de dépénalisation des délits financiers, que sont en train de faire passer les équipes de Nicolas Sarkozy, François Fillon, et la ministre de la Justice, Rachida Dati. Cette loi manque effectivement de justice. En effet, alors qu'on essaie de serrer un peu la vis pour tout ce qui concerne les délits nons financiers, donc bien souvent le justiciable lambda, on essaie de minimiser les risques, notamment pénaux (j'espère que tout ce qui concerne les amendes et sanctions financières n'a pas été changé, sinon, là c'est vraiment un scandale) pour ceux qui se rendrent coupables de délits financiers (comme par exemple les arnaques au fisc), donc en général des riches. Selon que vous serez puissant ou misérable... Le juge Van Ruymbecke, après avoir fustigé cette loi, donnait quand même une explication possible (voire plausible, mais sans doute pas légitimisation) : cette loi veut rendre plus compétitives les entreprises françaises qui vont faire du commerce et des affaires à l'exérieur du sol national, sachant qu'elles prennent moins de risques judiciaires.  On en revient à l'argument cynique évoqué plus haut : si on ne fait pas ça, les autres pays ne s'en priveront pas. Ca me déplaît fortement, car cela manque de principes moraux, or c'est ceux-ci qui doivent guider la justice avant tout.

         

Le juge Van Ruymbeke disait que cette loi arrivait dans un contexte où le pouvoir politique essaye de reprendre la main sur la justice. La séparation du pouvoir exécutif et du pouvoir judiciaire a toujours été un peu sujette à caution en France, puisque le Garde des Sceaux, garant de l’indépendance de la justice, fait partie du gouvernement. Renaud Van Ruymbeke évoquait les pressions qui pouvaient s’exercer sur le Parquet.


Je trouve toujours le sourire de Rachida Dati charmant, mais ses premiers mois au gouvernement nous font deviner une femme autoritaire, et, d’après son passé, assez arriviste (ce qui va un peu au-delà la belle image de la réussite de la fille d’immigrés par son talent et son ambition). On a entendu parler de la démission de plusieurs fonctionnaires du cabinet de la Ministre de la Justice. On peut aisément l’imaginer en Mère Fouettard, ayant vocation à serrer la vis au Parquet. En tout cas, elle crée des tensions dans le milieu judiciaire.

Le grosse réforme portée par Rachida Dati et contestée par un certain nombre de magistrats et avocats, c’est sa réforme de la carte judiciaire. On ferme des tribunaux pour officiellement rendre la justice efficace. Mais force est de constater qu’il s’agit avant tout d’économies. Dans ce même registre, j’ai entendu parler d’une diminution du financement de l’aide juridictionnelle, c’est-à-dire une augmentation des frais pour avoir par exemple un avocat commis d’office quand on a peu de moyens. Au bilan, le gouvernement peut dire que le budget de la justice ne diminue pas. Mais, des réductions de budget ont du être réalisées, parce que le gouvernement prévoit de dépenser de l’argent dans un grand plan de modernisation et d’augmentation des capacités des centres pénitentiaires. Vu l’état des prisons en France, cette réforme est tout à fait nécessaire et défendable. Seulement, il aurait fallu augmenter le budget global de la justice en conséquence. La longueur de certaines procédures judiciaires est un vrai poids, car cela peut miner le moral des requérants et en séparant trop la sanction de la faute, celle-ci n’a plus valeur pédagogique. J’avais entendu dire que la France, par rapport à d’autres pays développés, avait un budget consacré à la justice deux fois moins important. Il faudrait vérifier les chiffres, mais je pense qu’avoir une justice puissante, efficace et juste doit être un objectif politique.

J’entends bien qu’actuellement l’Etat n’a pas beaucoup de marge budgétaire, et que relancer l’économie, faire diminuer le chômage, redonner du pouvoir d’achat aux Français sont des priorités. L’argent investi dans la justice n’a pas forcément des effets immédiats. Mais, ce que je sais, c’est qu’à long terme, si on laisse se développer l’injustice, on sape les fondations de notre cité humaine.

 

 

Par Loïc - Publié dans : Politique et société
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