Bon, puisque l’année 2007 vient de finir, je vous livre divers bilans, notamment la rétrospective cinéma personnelle, je me dois de dresser un tableau synthétique de cette année politique, vu le grand nombre de billets que j’y ai consacrés durant cet an 2007 riche en élections.
Pour ne pas surcharger ce texte, je focaliserais surtout sur la scène politique française, même si l’actualité internationale, récemment marquée par la mort dans un attentat de Benazir Butto, assassinat symbolique de l’instabilité du Pakistan et des tensions du monde, mériterait de l’attention.
Nicolas Sarkozy a donc été élu président de la République Française, le sixième de la Cinquième République. Dans la foulée, l’UMP a gagné les élections législatives. Et, ce qu’on appelle communément la droitisation de l’opinion publique et de l’électorat, est plus que jamais manifeste. Bien sûr, pour expliquer ce phénomène qu’on observe dans la plupart des autres pays européens aussi, il faut citer l’effet démographique : les personnes âgées penchent plus à droite, ou d’une manière générale vers les partis conservateurs, et une nette majorité d’entre elles ont voté Nicolas Sarkozy plutôt que Ségolène Royal au deuxième tour des présidentielles. Hors, les personnes âgées sont de plus en plus nombreuses.
Néanmoins, l’évolution des mentalités (vers plus d’individualisme, plus d’ordre dans certains domaines, plus de liberté dans d’autres,) se fait aussi par réaction. Réaction à ce qu’on fustige comme la pensée unique, celle qui se réclamait volontiers de gauche, et a prospéré dans les médias durant les vingt dernières années. Il y avait un peu de l’héritage des libertaires de mai 68, une goutte du vieil humanisme français, auxquels étaient venus s’adjoindre le souci écologique. Mais, l’égoïsme jouisseur, l’exagération et la superficialité de la compassion, et un certain mépris du peuple , tout cela de façon assez inconsciente, ont peu à peu déprécié ce courant de pensée. Ses postulats, tels « chacun est libre de ses choix sexuels » , « le métissage, c’est bien » , « stop au racisme, et défense des minorités » , « il faut envoyer en vacances tous les enfants de France, surtout en banlieue », « on se doit d’offrir un accueil décent à ces étrangers qui fuient leur pays », « il faut donner de l’argent pour aider les gens dans la misère » , « le travail doit se partager, et il est bien qu’à côté du temps de travail, il y ait un temps pour les loisirs, et l’accomplissement personnel » , « il faut faire payer les entreprises polluantes » , « il faut soutenir l’agriculture bio et le commerce équitable » , « on doit soutenir la démocratie partout dans le monde, mais éviter la guerre, car il faut comprendre ces pays en développement, dont le retard a été crée à la base par leur exploitation par nos sociétés occidentales » n’étaient pas contestés dans les médias. Ils sont d’ailleurs plutôt justes, mais je comprends que, balancés comme argument ultime dans une conversation, sans prendre la peine de l’explication, sans essayer de comprendre – ce qui permet ensuite de convaincre - son interlocuteur, qui se voyait nié toute valeur dans le débat une fois accusé de racisme, d’homophobie, de pétainisme, de puritanisme, d’intégrisme religieux, d’exploitation, ou d’égoïsme, ou tout simplement parfois de droite. De fait, les exclus de cette pensée unique, souvent venus de milieux populaires, venaient grossir les rangs des réactionnaires. Côtés intellectuels, on voyait monter des écrivains, tels Houellebecq, Glucksman, qui s’écartaient de la pensée unique, et de fait, en étant iconoclastes, donnaient un certain dynamisme aux idées réactionnaires, critiques notamment de tout le courant post-soixante-huitard. A la fin des années 90 cependant, les médias étaient encore bien trustés par les artistes plus ou moins engagés, avec leur bonne conscience donneuse de leçons, doublée parfois d’un côté gauche caviar. Détestant ces derniers, le peuple réactionnaire, lui, n’avait encore que l’extrême-droite comme offre politique, hors abstention. De toute façon, ces gens se défiaient fortement des « escrocs » politiciens. L’abstention montait, Le Pen aussi, jusqu’au 21 avril 2002 et sa qualification pour le second tour des présidentielles. Si la menace du démagogue grotesque d’extrême-droite se dégonfla, la droitisation des esprits était bien en marche, et, par un discours plus solide et plus justifiable que le ramassis de critiques du Front National, Nicolas Sarkozy et sa plume Henry Guaino, n’avaient plus qu’à faire cristalliser cela.
D’une certaine manière, s’il n y avait pas eu François Mitterrand (et sa gauche caviar honnie), il n y aurait peut-être pas eu Nicolas Sarkozy. Quoique, comme je l’ai dit, le mouvement de droitisation de l’opinion s’observe dans presque tous les pays européens, quelle que soit leur histoire politique. En tout cas, l’anathème « gauche=fainéants ou incapables » est en train de supplanter et donc d’étouffer l’anathème « droite=méchants » A cause du souvenir plus ou moins fantasmé de la présidence de Mitterrand, de l’explosion de la dette et de l’enfoncement de la France dans la crise, la gauche est considérée par la majorité comme plus mauvaise gestionnaire que la droite. Selon moi, cette dernière a aussi ses écueils. Et, si on voit bien que la pensée unique de gauche, dont je parlais plus haut, est sévèrement sapée, jusque dans les médias, c’est bien une autre pensée unique – je dirais sarkozyste, pour ne pas dire de droite ou réactionnaire – qui se développe : avec bien sûr, en tête de gondole les leitmotivs bien martelés cette année « travailler plus pour gagner plus » , « marre de la repentance », « La France, tu l’aimes ou tu la quittes », et au-delà « l’immigration choisie permet de limiter les flux et bénéficie au pays et au migrant » , « la fonction publique est un poids pour la France, il faut la rendre plus efficace, et il faut libérer les forces de l’entrepreneuriat » , « il n’est pas normal qu’on travaille plus de la moitié de l’année pour l’Etat, il faut réduire les impôts pour faire revenir ceux qui investissent en France » , « la justice doit juger à l’aune de la souffrance des victimes » , « on ne doit pas avoir honte de gagner de l’argent », « chacun doit pouvoir choisir son école, son contrat et son temps de travail » , « la police ne cédera pas face aux voyous » . De même, il y a des choses valables là-dedans, mais à partir du moment où il est impossible de le contester, même pour nuancer, sous peine de se faire traiter de fainéant, de gauchiste, de communiste, de partisan de l’immobilisme, de soutien des voyous, on se retrouve dans la problématique de la pensée unique. Les médias relaient de plus en plus cette tendance, même si il reste encore beaucoup de tenants de la pensée unique précédente, ce qui donne des débats enflammés, mais trop souvent excessivement fermés, car chacun campe sur ses positions et ses postulats. Parallèlement, de plus en plus d’artistes sortent du bois en s’affichant sarkozystes. C’est bizarre de parler de deux pensées uniques différentes ; je ne fais que reprendre le terme passé dans le langage courant de « pensée unique », mais il est évident que de nombreux courants de pensée cohabitent à une époque, surtout en France, où les idées peuvent aller et venir avec une grande liberté. Seulement, il apparaît quelques idéologies majeures, et souvent l’une d’entre elles domine clairement les autres. Aujourd’hui, c’est la droite qui a gagné la bataille idéologique. Bientôt, il y aura de nouvelles luttes contre la nouvelle pensée unique. Pour conclure, comme disait Coluche dans sa revue de presse, « tout le monde s’accorde à dénoncer la pensée unique »
Personnellement, je n’aime guère ni Mitterrand ni Sarkozy. La droite bling-bling, c’est aussi triste pour notre pays que la gauche caviar. Je ne vois pas quelles valeurs, si ce n’est celle de l’argent, affiche Nicolas Sarkozy quand il a recours à l’avion ou au yacht de son ami milliardaire Vincent Bolloré, pour ses vacances à Malte ou en Egypte. Bien sûr, ce n’est pas mieux de cacher sa vie luxueuse, mais ce côté ostentatoire est aussi agaçant, parce qu’on a l’impression qu’on veut nous vendre une image, un modèle du bonheur et de la réussite. Le président est devenu people, il s’affiche avec ses amis du show-biz , même sa petite amie en est maintenant. En un an, c’est fou comme ces magazines qui contiennent plus de photos que de phrases mettent de plus en plus sur leurs couvertures les hommes politiques : Nicolas Sarkozy bien sûr, mais Ségolène Royal n’était pas en reste, et dans la foulée du Président, Rama Yade et Rachida Dati, occupent aussi les pages glacées des hebdomadaires non politiques. Ainsi, désormais, l’espace médiatique occupé par Nicolas Sarkozy et son équipe est énormément étendu. Impossible de faire une journée sans Sarkozy dans les médias. D’un discours de feuille de route à un jogging, d’une nomination d’un gouvernement d’ouverture à un divorce, d’une nouvelle loi à un voyage d’affaires à l’étranger, d'une réception somptueuse du dictateur Kadhafi à Paris à un dimanche à Eurodisney avec Carla Bruni, les discours et les images se succèdent. C’est bien tourné, ça maintient notre attention, mais on ne peut s’arrêter, une information chasse l’autre, et on n’arrive pas à saisir avec un réel recul ce qui est à l’œuvre.
Politiquement, tout n’est sans doute pas à jeter dans ce que font Nicolas Sarkozy, François Fillon et leur équipe, mais je n’aime guère leur façon d’imposer toutes ces réformes. Commencer la législature par la loi de paquet fiscal, présentée comme urgente, et parier ainsi sur le choc fiscal était une erreur selon moi. Cela grève (et va grèver, car ces allégements d’impôts prendront leur pleine mesure dans les années à venir) les recettes de l’Etat d’une façon disproportionnée par rapport au résultat. L’argent accordé aux riches va favoriser la conservation de patrimoine, et ne va pas forcément aller dans les investissements productifs, et à l’échelle de la France, cela pèsera peu sur la consommation. La mesure visant à favoriser l’accès à la propriété, avec le déduction des intérêts d’emprunts par l’Etat, coûte cher à la collectivité, et si cet argent va aller en partie à ceux qui achètent un nouveau bien immobilier, nul doute que les agences immobilières et les banques en profiteront un minimum, certes moins que les particuliers, mais ceux-ci pourraient se voir reprendre par l’Etat ce qu’il leur a donné d’une main, selon les nouveaux impôts, franchises et autres qui vont venir compenser le budget de l’Etat. De plus, insister sur l’accès à la propriété est un peu contradictoire avec la tendance actuelle à plus de flexibilité et de mobilité. Les réformes du marché du travail seront de toute façon essentielles pour l’économie française et le pouvoir d’achat moyen des français. Les lois touchant aux heures supplémentaires et au temps de travail sont des usines à gaz. Je ne sais pas si cela aurait été plus simple à mettre en pratique avec la formule entendue chez François Bayrou : même coût du travail pour l’employeur en heures supplémentaires, mais les réductions de charges patronales sont compensées par des augmentations de salaire horaire de 20 à 30%. Mais, en tout cas ça me semblait un peu plus juste. En effet, une partie du diagnostic du gouvernement est bon : il existe des salariés qui aimeraient bien travailler plus et avoir un peu plus de pouvoir d’achat, pour pouvoir mieux profiter de leurs vacances entre autres. Mais, le problème, c’est que bien souvent ce ne sont pas les salariés, mais les employeurs qui décident ou non des heures supplémentaires, puisque ce sont eux qui gèrent le budget de l’entreprise. Evidemment, les situations sont très différentes, ne serait-ce que du point de vue de la concurrence et de la répartition des coûts, d’un type d’entreprises à l’autre. Le patronat, représenté notamment par le MEDEF, voudrait que le contrat se substitue à la loi pour adapter à chaque entreprise la politique du temps de travail. Ce n’est pas une question facile, car cette évolution vers plus de libéralisme est en quelque sorte imposée par la mondialisation. En tout cas, cela me fait dire que toutes les lois à l’échelle mondiale, qui peuvent un peu contrôler ce libéralisme sauvage sont salutaires.
L’argent a pris trop d’importance par rapport à l’Homme. Ceci est une phrase un peu bateau, mais elle est juste, et le capitalisme, financier à l’excès, à force de brasser des sommes qui ne correspondent plus à rien, est lui-même menacé par ses excès, et les tensions, elles bien humaines, qui se créent de par le monde, sont dangereuses à terme pour notre civilisation.
Revenons-en à Nicolas Sarkozy, dont je n’ai pas l’impression de partager totalement les valeurs. Cela dit, je ne le connais pas. J’avoue qu’une ou deux fois, devant ma télé, j’ai eu envie de le baffer (je ne l’aurais pas fait, je vous rassure), quand il étale sa rhétorique (avec par exemple sa fameuse question « et vous trouvez ça normal ? », que les journalistes sont incapables de parer, ou quand il affirme avec aplomb « je ne serais pas celui qui demandera des sacrifices aux Français » Parfois, Nicolas Sarkozy est un grand illusionniste, il a tendance à maintenir les Français dans le rêve, en pointant du doigt l’autre : c’est l’autre qui doit faire des sacrifices, pour que la situation soit plus équilibrée. Au lieu de parler aux citoyens comme à une collectivité qui devrait se serrer les coudes en ces temps difficiles, il les divise. Cela sera à chacun son tour de faire des sacrifices, pourvu que la majorité soit bien convaincue des avantages indus de la minorité en question. Cette façon de faire explique aussi que ce gouvernement réformateur a tendance à proposer pleins de petites lois, ce qui a en outre l’avantage de bien occuper le terrain médiatique, plutôt que de prendre son temps et élaborer des grandes lois cadre. Un éditorialiste disait récemment que ceci constituait bien une stratégie assumée et que celle-ci était défendable : avancer petit à petit tous les dossiers (un exemple typique concerne la réforme de l’enseignement supérieur), plutôt que d’attendre, de multiplier les études et de tout jouer sur une grosse loi. Mouais. Au bilan, c’est quand même difficile de dire ce qui est le meilleur comme méthode, pour à la fois limiter les tensions et éviter l’immobilisme.
Immobilisme, c’était un des procès faits à François Bayrou lors de l’élection présidentielle. Bien sûr, pour l’opinion publique, ses intentions politiques étaient un peu masquées par le « ni-ni ». Je suis peut-être un peu naïf, mais je crois cependant que son programme avait du corps, axé justement sur des grandes réformes : retraites, réforme de l’Etat et de ses missions, relance de la construction européenne, aide aux PME,… Bien sûr, tous les détails n’étaient pas fixés et auraient fait l’objet de rapports et de négociations préalables, ce qui laissait planer une menace de blocage de l’envie réformatrice, mais il fallait y croire, et je pense que les différentes parties pouvaient trouver un accord qui changent leurs liens, mais ne lèsent pas outre mesure l’une par rapport à l’autre, et permettent de rendre le système meilleur dans le monde moderne. L’exemple type de la différence de méthode qu’il y aurait pu y avoir entre une présidence de François Bayrou et la présidence de Nicolas Sarkozy, c’est la réforme des retraites : là où Nicolas Sarkozy découple les questions des régimes spéciaux et les questions de la pénibilité, et de la durée de cotisation globale, François Bayrou semblait vouloir livrer – probablement par référendum - une réforme globale qui aurait donc intégré les régimes spéciaux, et aurait défini un nouveau barème de cotisations et de droits (peut-être une retraite par points) en tenant compte entre autres de la pénibilité.
Bien sûr, la méthode n’est pas tout (et les différences sur le fond existent vraiment), mais cela apporte des nuances qui sont importantes en politique. En effet, il existe une vraie nécessité de restaurer le lien entre le peuple et ses élus, pour faire partager à tous les français (autant que possible) une ambition commune de redonner force à notre pays. La réforme des institutions pour équilibrer les pouvoirs et pour représenter tous les grands courants politiques dans les discussions parlementaires, était d’ailleurs un sujet majeur de cette élection. Nicolas Sarkozy a été en retrait par rapport à ses challengers, Ségolène Royal et François Bayrou, sur ces questions, mais il a fait réfléchir dessus durant les sept premiers mois de sa présidence une commission, présidée par Edouard Balladur. Et, de par son omniprésence médiatique, il donne l’impression qu’il pilote tout sans limite de domaine réservé, ce qui donne un drôle de régime présidentiel.
Force est de constater que Nicolas Sarkozy a réussi, avec aussi ses deux principaux challengers Ségolène Royal et François Bayrou lors de l’élection, à bien passionner les Français. Mais, il a fait le choix de la voie « homme providentiel », avec sa rupture, ses « je ne vous mentirais pas », « je ferais ceci et je ferais cela ». Cela a pu marcher en France, mais franchement c’est plein de périls à terme, sachant que nos gouvernants ne peuvent pas tout. Je préférais la position de Bayrou et sa campagne « un président qui vous rassemble »
Ayant l’impression que les tensions s’exacerbent en France, et que derrière le cirque médiatique, on prépare la voie à une jungle libérale au profit des forts, je continue à penser que le diagnostic, et donc probablement les remèdes de François Bayrou étaient les meilleurs. Je ne regrette pas d’avoir voté pour lui, même si au final cela ne changea pas les choses puisqu’il fut battu dès le premier tour. S’il avait été élu, je le concède, la réussite n’était pas garantie. Je le concède aussi, l’élan est maintenant clairement retombé. Et rien ne dit que de l'amalgame des différents courants du centre plus ou moins centrifuges ou centripètes , il sortira un projet viable pour la suite. Tout est à refaire, d’autant plus qu’à coup sûr, la présidence de Nicolas Sarkozy est en train de brouiller la donne, redistribuer les cartes, et changer le paysage.
Pour l’instant, le Président dispose d’un important noyau dur de partisans et de gens qui lui font confiance, même si lui et son équipe ont un peu trop tendance à se gargariser des 53% de Français qui l’ont élu sur son projet, comme si cela leur accordait un blanc-seing total pour les cinq années à venir.
D’un autre côté, j’ai l’impression que dans l’opinion, on trouve une bonne trentaine de % d’irréductibles au style et à la politique sarkozyste, dont un certain nombre qu’on qualifie volontiers d’antisarkozystes primaires, qui par leur acharnement à ramener toutes leurs critiques à Nicolas Sarkozy, font indirectement le jeu de l’hyper-président.
Le Président contrôle l’agenda, et oblige l’opposition à le suivre. Les critiques succèdent aux critiques, sans que toutefois rien n’accroche vraiment. Quoique, l’annonce de Jean-Louis Borloo de la possibilité d’imposer la TVA sociale entre les deux tours des élections législatives, a permis à l’opposition de mener une campagne efficace à ce moment-là, et de limiter considérablement sa défaite. De même, l’équation « paquet fiscal=cadeaux de 15 milliards aux riches » est plutôt audible dans l’opinion publique, même si les défenseurs de ces allégements fiscaux sont, eux aussi, nombreux.
Mais, au final, François Hollande, toujours premier secrétaire du Parti Socialiste a beau faire preuve d’esprit, il ne parvient pas à faire ressortir le côté positif des contre-propositions de la gauche. Et après la défaite lors de ces élections générales, c’est bien du côté du projet que le bât blesse à gauche. Tout le monde en appelle à la rénovation, la refondation, la refonte du logiciel, mais la voie n’est toujours pas bien débroussaillée. Le Parti Socialiste est tiraillé entre les revendications de l’extrême-gauche, minoritaire en France, mais suffisamment forte pour mettre la pression, et l’évolution vers la sociale-démocratie, voire le social-libéralisme, qui si elle est assez demandée médiatiquement, n’arrive pas à s’affirmer autrement que molle. La seule qui garde une voix assez forte est Ségolène Royal, mais elle n’a toujours pas résolu ce qui a fait sa défaite aux présidentielles : elle n’a toujours pas articulé ses idées autour d’un programme qui lui permette de faire bien taire les procès d’incompétence. C’est un livre sur sa belle campagne – selon elle – qu’elle a sorti cet automne, alors qu’on attend toujours la synthèse écrite de ses débats participatifs. En soi, cette idée de réunions de doléances et de propositions des Français n’était pas mauvaise, mais ces débats ont été organisés trop tard pour être digérés dans un programme cohérent. Alors que Nicolas Sarkozy a su faire monter conjointement dans l’opinion son image et ses idées pendant cinq ans, Ségolène Royal n’a commencé son ascension présidentielle que deux ans avant l’élection, et la première année, c’est surtout le développement de son image qui lui a permis de s’imposer, notamment au nez et à la barbe des autres responsables socialistes installés depuis plus longtemps dans la conduite idéologique du parti. De fait, début 2007, le Parti Socialiste avait une belle image de candidate, et un projet issu de compromis entre différents hommes influents du parti. Les deux n’ont jamais pu coller ensemble, et Ségolène Royal n’a jamais réussi à rattraper ce retard idéologique. L’annonce de son programme présidentiel à Villepinte, façon liste de courses, ne m’a pas convaincu. Et, si j’ai finalement voté pour elle au second tour, c’était avec méfiance et sans enthousiasme. Je ne regrette toutefois pas ce choix car je pense que sa politique aurait pu être plus équilibrée que celle de Nicolas Sarkozy. Sa critique de la politique du nouveau président, que j’ai pu lire, est assez pertinente. Dans son équipe de campagne, on entrevoyait des économistes qui semblaient assez compétents. Et, le fait qu’elle renie une ou deux propositions pas crédibles de son programme de candidate socialiste, comme le SMIC à 1500 euros au plus vite, prouve que sa défaite est aussi, voire avant tout, liée aux faiblesses du parti socialiste, qui n’arrive pas à brandir des mesures concrètes de gauche visant le moyen terme, plutôt que le seul court terme de l’urgence sociale. Je ne dis pas que vivre avec le SMIC est facile en France, mais son augmentation dans des proportions égales à l’augmentation de l’indice des prix est sage, et l’augmenter davantage porte des risques d’inflation, de méfiance des entreprises et de blocage des salaires au niveau du SMIC. Pour moi, c’est important que les politiques puissent faire comprendre au peuple des mesures à long terme, ou au moins à moyen terme.
Je me dis parfois que, pour sortir de l’ornière la gauche et d’une manière générale tous ceux qui refusent la dérive du monde vers une jungle, où l’argent serait le seul maître, où on ne traiterait la violence de la population que par la violence de l’Etat, il faudrait en quelque sorte un nouveau Karl Marx, bref un vrai grand penseur et idéologue qui propose autre chose que le libéralisme autoritaire qui a le vent en poupe actuellement, et autre chose également que le vieux marxisme, qui a été entaché par les crimes et les échecs des Etats communistes durant le vingtième siècle, et qui n’est plus adapté au monde moderne, complexe. Bref, ce n’est pas facile, car le libéralisme, lui, pour s’imposer, n’a pas besoin de chef, puisqu’il est basé sur l’individualisme.
Beaucoup de choses peuvent encore se développer dans les années à venir à partir de la bouillie idéologique à gauche et au centre, et la droite aussi est multiple, il ne faut pas l’oublier même si en France, le sarkozysme semble la dominer, et même au-delà du vieux clivage gauche-droite.
Même si j’aurais aussi voulu parler plus de François Fillon et de son gouvernement, je terminerai d’ailleurs par dire un mot sur ces personnalités de droite mises à l’écart par le sarkozysme. Il y a le flamboyant ex Premier Ministre Villepin, qui si il a un beau verbe qui lui confère une stature présidentielle, manque un peu selon moi d’identification idéologique, son action de Premier Ministre ayant finalement manqué de cohérence, tantôt plus libéral, tantôt plus étatiste que le gros de l’UMP. Parmi les députés actuels, on retrouve quelques villepenistes, comme Hervé Mariton, Georges Tron, et surtout le maire de Vannes, François Goulard, qui est la voix discordante numéro 1 de l’UMP.
Et puis, je m’en voudrais bien sûr de ne pas parler dans ce billet où j’ai évoqué François Mitterrand (un peu) et Nicolas Sarkozy (beaucoup – comme tout le monde) de celui qui a été président entre les deux, et qui l’était encore au début de l’année dernière : Jacques Chirac. Malgré ses détournements d’argent et le bilan de sa présidence assez pauvre, même en politique extérieure d’ailleurs (au-delà de son opposition à la guerre en Irak, je voudrais retenir toutefois qu’il a porté le projet de taxe sur les voyages en avion pour financer la lutte contre le sida dans le monde, et même si la mesure est limitée en ampleur, il s’agit du premier embryon d’impôt mondial), je n’ai pas l’impression de le détester.
C’est vrai qu’avec sa fin de présidence sage, on oublie un peu ses turpitudes, ses trahisons et zigzags idéologiques. Tout cela est souvent assez vieux et donc, j’étais assez jeune à l’époque. Bref, ne regrettons rien. Disons qu’il était temps que Jacques Chirac parte, mais, bon, on aimait bien quand même son côté sympathique.
Et, je me disais que cela allait faire bizarre de voir remplacer sa traditionnelle allocution pour les vœux de la nouvelle année, qu’on écoutait pas forcément, par ceux de Nicolas Sarkozy, qui, en venant comme une énième intervention télévisée, allait manquer de saveur. Finalement, comme Nicolas Sarkozy est doué côté communication, de ce que j’en ai vu, cela ne m’a pas semblé si mal.
Et, je suis en train de me dire que même si notre nouveau président me fait parfois hérisser le poil (je ne l’ai pas épargné dans ce billet), je vais m’y habituer, et peut-être qu’à la fin, avec le rythme qu’il tient, je ne saurais plus bien ce que je lui reproche. Je ne sais pas si c’est un bien.