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Mercredi 30 juillet 2008

            Le Tour de France 2008 a rendu son verdict :

 

            -Gert Steegmans sauve le tour des Quikstep et prouve qu’il n’est pas que le poisson pilote de Tom Boonen (absent du tour à cause d’un contrôle positif à la cocaïne) , mais aussi un sprinter puissant, en remportant l’étape de prestige des Champs-Elysées

            -Côté sprinters, Oscar Freire, l’Espagnol de Rabobank, conserve facilement son maillot vert, puisque mis à part l’arrivée au Champs-Elysées, il n y eut pas de sprint massif dans la dernière semaine, et les points furent répartis entre les différents attaquants de la journée. Thor Hushovd et Erik Zabel terminent sur le podium du classement par points

            -Parmi les attaquants, Sylvain Chavanel a fini par échapper à la meute, et conclure victorieusement une échappée. Le plus combatif du Tour s’était échappé en compagnie d’un autre français Jérémy Roy (Française des Jeux) à la moitié de l’étape allant à Montluçon (la dernière occasion avant le contre-la-montre et l’étape des Champs-Elysées) Sylvain Chavanel, avant de quitter son équipe Cofidis et de rejoindre Quikstep, a été désigné le plus combatif du Tour et a enfin eu sa première victoire d’étape sur le Tour.

            -En plus de lui et de son coéquipier Samuel Dumoulin en première semaine , on a eu le droit à une autre victoire française avec Cyril Dessel au bout de la descente sur Jausiers, après une étape avec deux cols hors-catégorie : la Lombarde et la Bonnette-Restefonds. Le coureur d’Ag2R s’était d’abord intégré dans un gros groupe de contre-attaque dans le col de la Lombarde, lancé à la poursuite des quatre premiers échappés du jour : l’Allemand Stefan Schumacher, les Français Thomas Voeckler et Christophe le Mével et un Suisse. Tandis que Schumacher, l’ancien maillot jaune, lâchait tour à tour ses compagnons d’échappés, derrière le gros groupe d’une vingtaine de coureurs, où on trouvait notamment Cyril Dessel, Sylvain Chavanel (une fois de plus échappe), Juan-Antonio Flecha l’Espagnol pour la Rabobank, George Hincapie l’Américain de Team Columbia, John-Lee Augustyn, le Sud-Africain de Barloworld, Jaroslav Popovych l’Ukrainien pour la Lotto, Jens Voigt et Arvesen pour la CSC, David Arroyo, Nicolas Portal et un autre de leurs coéquipiers de la Caisse d’Epargne, plusieurs petits groupes se détachaient, avec notamment Sandy Casar de la Française des Jeux, David Moncoutié de la Cofidis et des coureurs classés entre la 10éme et 20éme place du classement général, comme le jeune Belge de Cofidis, Maxime Montfort, l’Italien Damiano Cunego, ou Tadej Valjavec le Slovène d’Ag2R. Mikel Astarloza, 11éme du général à ce moment-là, ne parvint jamais à revenir sur les groupes devant lui. En revanche, dans la vallée entre les deux cols, il y eut un regroupement assez large des échappés derrière Stefan Schumacher. Les Lampre (Paolo Tiralongo et Szmydt) avait effectué un travail certain pour leur leader, tandis que les Cofidis, David Moncoutié et Sylvain Chavanel avaient essayé d’épauler Maxime Montfort. A mi-pente de la Bonnette-Restefond, ce furent les Ag2r qui prirent leurs responsabilités. Cyril Dessel accéléra le rythme du groupe pour faire gagner du temps à Tadej Valjavec. Cela provoqua la perte de nombeux coureurs, dont Maxime Montfort, et Damiano Cunego. Au final, avec Cyril Dessel et Tadej Valjavec, il ne resta plus que les Caisse d’Epargne, David Arroyo et Nicolas Portal, John-Lee Augustyn, Jaroslav Popovych, Sandy Casar, George Hincapie et son coéquipier bélarus Konstantin Sioutsiou. Ils rattrapèrent puis lâchèrent Stefan Schumacher. Et, John-Lee Augustyn donna un dernier coup d’accélérateur dans le dernier kilomètre pour passer en tête au sommet du plus haut col du Tour. L’Afrique du Sud fut donc à l’honneur en haut, mais pas en bas. Le Sud-Africain chutait dans un ravin de pierraille. L’image fut spectaculaire, mais heureusement, il y eut plus de peur que de mal. Ce furent quatre hommes qui finalement se disputèrent la victoire à Jausiers. Et Cyril Dessel fut le plus malin en devançant ses compagnons d’échappée avant le dernier virage, pour gagner devant Sandy Casar (doublé français, donc, comme pour plus tard Sylvain Chavanel et Jérémy Roy), David Arroyo et Jaroslav Popovych.les quatre bouquets de Marc Cavendish

            -On avait eu aussi parmi les Français à l’honneur Romain Feuillu, qui porta une journée le maillot jaune, avant d’en être dépossédé par Stefan Schumacher dans le premier contre-la-montre. En tout et pour tout, Romain Feuillu se classa trois fois troisième d’étape dans ce Tour de France : une fois battu au sprint dans le groupe d’échappé, une fois dans un sprint massif, comme je l’ai déjà évoqué. Et, la dernière fois, ce fut l’étape de Saint-Etienne, où il régla un groupe de trois coureurs, avec aussi Christophe le Mével et Mikel Astarloza, après n’avoir pu suivre l’Allemand de Team Columbia Marcus Burghardt dans la côte à mi-parcours. Le Grand Allemand avait ensuite rejoint Carlos Barredo pour l’accompagner et le battre au sprint à l’arrivée. Cinquième succès d’étape pour la Team Columbia après . Pour en revenir à Romain Feuillu, ce qui l’avait un peu handicapé sur cette étape, marquée aussi par les difficultés de Damiano Cunego suite à une chute qui causa finalement son abandon, c’était des ennuis intestinaux. Le jeune Français eut encore des problèmes l’étape suivante, puisqu’il fût lâché par le peloton en compagnie de Fabian Wegmann, le champion d’Allemagne, et Juan-Antonio Flecha. Les trois hommes arrivèrent hors délais par rapport au vainqueur du jour, Sylvain Chavanel, ce qui les empêcha de voir les Champs-Elysées, contrairement à Wim Vansevenant le Belge de Lotto, qui avec habileté parvint à terminer le Tour lanterne rouge (dernier du classement)

            -J’ai évoqué plusieurs fois dans les paragraphes précédents Stefan Schumacher. Dans la dernière semaine, on le vit presque aussi souvent que Sylvain Chavanel s’échapper. Echappées non victorieuses. En revanche, deuxième victoire pour le deuxième contre-la-montre, celui du samedi

            -Ce contre-la-montre fut décisif pour le classement général, et donc il est temps pour moi d’évoquer comment Carlos Sastre a gagné ce Tour.

 

            Après l’étape de Prato Nevoso, l’équipe CSC avait le maillot jaune par l’intermédiaire de Franck Schleck, mais avec un écart minime, sous la menace directe de bons rouleurs de contre-la-montre comme Cadel Evans, Denis Menchov ou même Christian Vandevelde. A part distancer légérement Christian Vandevelde et le sortir de la course au maillot jaune, l’étape Cuneo-Jausiers ne permit pas au CSC de développer une tactique offensive. Ils avaient bien envoyé deux coéquipiers, Jens Voigt et Arvesen à l’avant, qu’ils avaient ensuite récupéré pour les aider dans le col de Bonnette, mais le vent qui soufflait au sommet les avaient dissuadés de passer à l’attaque. Avec la descente après, la fatigue dépensée pour gagner quelques secondes aurait pu être préjudiciable pour l’étape suivante. De plus, en dehors d’Andy Schleck, qui lui était trop loin du maillot jaune, personne ne semblait très en forme dans le groupe maillot jaune. Les favoris arrivèrent donc tous ensemble à Jausiers, près de deux minutes après Cyril Dessel. Seul Denis Menchov déboursa trente secondes en étant lâché dans la descente. Au classement, Franck Schleck précédait toujours le maillot à pois Bernard Kohl de sept secondes, Cadel Evans de huit secondes et son coéquipier Carlos Sastre de cinquante secondes. Denis Menchov était désormais cinquième à près d’une minute, et Christian Vandevelde sixième à plus de deux minutes. Alejandro Valverde, qui, à l’exception notable de l’étape d’Hautacam, réussissait toujours à suivre les meilleurs, était septième du général. Dans le top 10, on retrouvait aussi Samuel Sanchez, d’Euskatel et Tadej Valjavec, grâce à son échappée du jour. Andy Schleck, lui, reprenait le maillot blanc de meilleur jeune à Vincenzo Nibali. Le jeune Luxembourgeois le conserva jusqu’au bout, en gardant à l’œil le tchéque Roman Kreuziger (on vit même Schleck et Kreuziger s’échapper avec Dessel et Dumoulin, les régionaux de l’étape de Saint-Etienne)

            Les CSC avaient donc remis à l’étape des trois cols hors-catégorie : Galibier, Croix de Fer, et Alpe d’Huez, la dernière grande étape de montagne, le projet de reprendre du temps à Cadel Evans. Seule la montée finale fut vraiment décisive. Avant, des coureurs comme Peter Velits le Slovaque et Stefan Schumacher avaient eu l’occassion de s’échapper, la CSC avait eu l’occasion d’imprimer un bon rythme dans les cols, et le Français Jérôme Pineau avait eu l’occasion de s’échapper dans la descente de la Croix de Fer, rejoindre Peter Velits à l’avance et aborder seul en tête les virages mythique de l’Alpe d’Huez. Dès après le premier virage, il fut rattrapé par le groupe des favoris d’où s’était extrait Carlos Sastre. L’Espagnol avait décidé d’attaquer dès le pied, avec l’accord de son co-leader Franck Schleck, qui lui devait surveiller Cadel Evans avant éventuellement de le contrer ou de tenter sa chance si Sastre coinçait. C’était donc la tactique de la tenaille . Tactique qui aurait pu être mise à mal si Denis Menchov avait réussi à s’accrocher à la roue de Carlos Sastre. Mais, le Russe ne tint pas le rythme et il fut lâché par Carlos Sastre, mais aussi par le groupe maillot jaune, mené par Bernard Kohl, le maillot à pois. Le groupe des favoris resta un moment à vingt secondes de Carlos Sastre, avant que l’Espagnol finisse par prendre le large. En effet, le groupe maillot jaune progressait par à coup, au rythme des accélérations de Bernard Kohl, d’Alejandro Valverde, Samuel Sanchez ou Vladimir Efimkin, tous rattrapés par Andy Schleck, et des temporisations qui suivaient. Ce rythme en dents de scie permit au Ag2R, Tadej Valjavec et Stéphane Goubert, et même Denis Menchov de recoller. Les Ag2R étaient donc trois dans ce groupe. C’est pourquoi on vit Stéphane Goubert se porter en tête, pour faire avancer un peu le groupe pour ses deux leaders, Efimkin et Valjavec. Christian Vandevelde, aussi présent roula. En revanche, l’autre équipe représentée par plus d’un coureur, CSC, avec les deux frères Schleck, ne roulait pas, et pour cause, il fallait protéger la fuite de Carlos Sastre, dont l’avance approchait deux minutes. Franck Schleck savait qu’il était prisonnier de la tactique de son équipe et qu’il allait perdre son maillot jaune. Quant à Andy, il était fort, mais ne donna pas de bon de sortie pas même à Stéphane Goubert, le moins dangereux au classement général. Finalement à cinq kilomètres de l’arrivée, Cadel Evans prit ses responsabilités et donna tout pour limiter l’écart sur Carlos Sastre. L’Espagnol leva les bras sur la ligne : gain d’étape, et gain du maillot jaune. Plus de deux minutes après, arrivèrent Samuel Sanchez et Andy Schleck, qui précédaient un peu le reste du groupe des favoris : Franck Schleck, Christian Vandevelde, Alejandro Valverde, Vladimir Efimkin, Cadel Evans, Bernard Kohl, Denis Menchov, Tadej Valjavec et Stéphane Goubert. Cadel Evans était désormais quatrième du général à un peu plus d’une minute trente de Carlos Sastre, un écart qu’il pouvait combler dans le contre-la-montre final. Derrière Carlos Sastre, le deuxième du général était Franck Schleck, son coéquipier, juste devant Bernard Kohl.

            Pour le dernier contre-la-montre, on s’attendait à ce que ces deux derniers, plutôt grimpeurs, disparaissent du podium, au profit par exemple de Denis Menchov. Quant à la première place, elle se jouerait entre Carlos Sastre et Cadel Evans, deux coureurs habitués des places d’honneur dans les derniers Tours de France.

            Finalement, Carlos Sastre ne concéda contre toute attente qu’une trentaine de secondes à Cadel Evans dans l’épreuve chronométrée. L’Espagnol, grâce à son maillot jaune, se sublima pour arriver treizième du contre-la-montre, mais ce fut finalement l’Australien qui surprit par sa performance mi figue-mi raisin dans la contre-la-montre : huitième, il payait visiblement la fatigue de la huitième semaine. Cependant, il faut bien dire que contrairement à ce que prétendaient les observateurs, ce n’est pas non plus le grand coureur de contre-la-montre. Il n’en a jamais gagné sur le Tour, tout comme les étapes en ligne. Le coureur est néanmoins sympathique, et aurait fait un bon vainqueur de ce tour de transition. Laissons Carlos Sastre, qui fut équipier de gros leaders (dopés plus ou moins reconnus : Ivan Basso, Tyler Hamilton, Laurent Jalabert), prendre sa chance, et conclure le travail d’équipe des CSC, menés par Bjarne Riis, ancien vainqueur dopé du Tour de France. Notons que Bernard Kohl, l’Autrichien de Gerolsteiner réussit à conserver sa troisième place et son maillot à pois. Il sera sur le podium contrairement à Denis Menchov, quatrième et qui doit regretter des petits débours de temps dans la plaine ou les descentes, Christian Vandevelde, cinquième (grâce à sa quatrième place dans le chrono) et Franck Schleck, rétrogradé finalement à la sixième place. Son frère est 12éme du général et meilleur jeune. Le bon tour des Luxenbourgeois est complété par la bonne performance de Kim Kirchen, ancien porteur du maillot jaune, et finalement huitième du général, juste derrière Samuel Sanchez et devant Alejandro Valverde. En dixième et onzième position, on trouve les deux coureurs d’Ag2R, Tadej Valjavec et Vladimir Efimkin. Le meilleur Français est Sandy Casar, quatorzième, juste devant Amaël Moinard, quinzième.

            Les bonnes places des Français dans les grosses étapes et le rythme un peu moins fort que les années précédentes aussi bien dans les montées sèches que dans les contre-la-montre, où personne ne se montra écrasant, laisse à croire que le dopage a été limité dans ce Tour, même si il ne faut pas se leurrer : il existe toujours, plus ou moins rampant. Il y eut quatre cas de dopages détectés : les espagnols Beltran et Moises Duenas, l'Italien Ricardo Ricco, et finalement Fofonov, le Kazakh à la fin du Tour. Concernant Ricardo Ricco, dont l'exclusion a entraîné le départ de son équipe du Tour, le licenciement de son compagnon de chambrée et visiblement de dopage, Leonardo Piepoli, et le retrait du sponsor Saunier-Duval du cyclisme, il vient d'avouer s'être dopé. Mais, seulement cette fois-ci, et tout seul. Une façon de circonscrire l'affaire à l'évidence. Ce n'est pas aujourd'hui que la loi de l'omerta qui a cours dans le dopage sportif, comme dans tout réseau mafieux, finira. Ricardo Ricco devrait avoir au plus deux ans d'exclusion, et il reviendra, tout comme Ivan Basso.
           N'oublions pas que ce tour de la bascule était peut-être la meilleure chance pour Carlos Sastre ou Cadel Evans d'inscrire leur nom au palmarés, puisque l'année prochaine, on devrait revoir Ivan Basso, Alberto Contador, Andreas Klöden et autres Levi Leipheimer..

- Publié dans : Spectacles sportifs, cinématographiques,...
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