Bref, 2003 fut une belle année de Tour de France. Mais la beauté des histoires et de l’Histoire est aussi rattrapée par le spectre du dopage dans les années suivantes. Lewis Hamilton est testé positif après une victoire (dans les Championnats du Monde ?) La justice française met en garde à vue des coureurs de l’équipe Cofidis, Cédric Vasseur, Philippe Gaumont, puis David Millar. Les deux derniers seront convaincus de dopage, et on met à jour une nouvelle filière de dopage mêlant équipe professionnelle et monde amateur.
Lance Armstrong, lui, échappe toujours aux mailles du filet, et va tenter en 2004 d’être le premier coureur de l’histoire à gagner six Tours de suite. De même, Richard Virenque essaie d’avoir seul un record : celui du nombre de maillot à pois. Passant à l’attaque dans une étape de moyenne montagne dans le Massif Central à Saint-Flour, il s’empare du paletot à pois rouge, et ajoute une nouvelle victoire d’étape à son palmarès. Il gagne de plus un 14 juillet, jour de fête nationale, à moins que cela soir David Moncoutié, autre français, l’un des coureurs authentifié propre de l’équipe Cofidis, qui gagne l’étape suivante. Mais, les grosses difficultés s’annoncent. Jan Ullrich, qui est retourné dans le giron de l’équipe Telekom, qui a enregistré juste avant le tour le forfait d’Alexandre Vinokourov, suite à une chute, ne fait pas longtemps illusion. Déjà victorieux dans les épreuves chronométrées de début de Tour, Lance Armstrong assomme le Tour dès la première étape de montagne dans les Pyrénnées. Seul Ivan Basso, l’Italien maintenant chez CSC, parvient à le suivre. Lance Armstrong, le rescapé du cancer laisse la victoire d’étape à celui dont la mère souffre du cancer. Dans l’étape suivante, rebelote, les courageux échappés sont repris dans la dernière ascension. Jan Ullrich coince. Et, Lance Armstrong s’envole, emportant dans sa roue Ivan Basso. Cette fois-ci, la victoire d’étape est disputée, et c’est Lance Armstrong qui l’emporte. Au sortir des Pyrénées, Jan Ullrich a d’ores et déjà perdu le Tour. Il est même devancé au classement général par un autre coureur de son équipe Telekom, son compatriote Andreas Klöden. Dans les Alpes, Jan Ullrich arrive plus souvent à rester au contact de Lance Armstrong et Ivan Basso. Une première victoire d’étape se joue dans un petit groupe où figurent Lance Armstrong et son coéquipier américain Floyd Landis, Jan Ullrich et Andrea Klöden pour Telekom, et Ivan Basso. Bien que Andreas Klöden accélère au dernier kilomètre, la victoire revient à Lance Armstrong. En tout, sur ce tour, il glanera quatre ou cinq victoire d’étapes, et bien sûr ramènera le maillot jaune à Paris, créant un nouveau record de victoires dans le Tour de France. Sur le podium, l’accompagneront Andreas Klöden, qui prendra la deuxième place à Ivan Basso, troisième, dans le dernier contre-la-montre. Jan Ullrich sera quatrième, au pied du podium, sa plus mauvaise place dans un Tour de France (ce qui est quand même remarquable) Le sprinter australien Robbie Mac Ewen ramènera, lui, le maillot vert du classement par points. Et, notre Richard Virenque national prendra sa retraite en ayant ramené un huitième maillot à pois sur les Champs Elysées.
Pour Lance Armstrong, la retraite est prévue pour la fin de l’année 2005 : il fera le Tour de France pour le nouveau sponsor de son équipe toujours managée par Johan Bruynell, Discovery, et pour affoler encore les compteurs de l’Histoire. Face à lui, Ivan Basso chez CSC, et l’équipe Telekom, avec Jan Ullrich et ses deux lieutenants Alexandre Vinokourov et Andreas Klöden. L’ancien lieutenant de Lance Armstrong, Floyd Landis, court maintenant comme leader de l’équipe Phonak.
Le Tour passe dans les Vosges, où le grimpeur danois de Rabobank, Mickaël Rasmussen, se met en évidence. Menant une longue échappée à travers les cols vosgiens, d’abord accompagné puis seul, il remporte l’étape et revêt le maillot à pois, dont il va faire un objectif. Derrière lui, sont partis en contre le Français Christophe Moreau de Crédit Agricole et le toujours très volontaire Allemand Jens Voigt de chez CSC. Ce dernier prend le maillot jaune, qu’il perdra dans la première étape de montagne dans les Alpes, où Lance Armstrong montre qu’il est le patron. Dans l’étape suivante, lorsqu’un groupe d’hommes forts (avec notamment Ivan Basso et Jan Ullrich) se détache à son initiative dans la dernière montée (Courchevel ?), il doit toutefois s’incliner au sprint au sommet devant l’Espagnol Alejandro Valverde. Dans les Pyrénées, Lance Armstrong s’affirme à nouveau comme le patron dans la dernière montée de la première étape, même si il doit laisser filer la victoire au grimpeur espagnol de CSC, Carlos Sastre, échappé devant. Le jour suivant, dans l’étape-reine, le champion américain ne peut que se réjouir de conforter son maillot jaune encore et surtout de voir gagner son coéquipier, compatriote et ami, George Hincapie. L’ancien sprinter véloce profite de sa présence dans une échappée, où il ne travaille pas en tant que coéquipier du maillot jaune, pour se détacher dans la dernière ascension avec l’Espagnol de chez Phonak, Oscar Peireiro, avant de le battre au sprint. Le second de cette étape prendra sa revanche dans l’étape suivante, après le jour de repos, en gagnant suite à l’échappée d’un petit groupe.
Alors que les étapes de haute montagne sont passées, le bilan est le suivant : Lance Armstrong est plus que jamais –une fois de plus- en tête du classement général. Ivan Basso est son dauphin. Et, Michael Rasmussen, le maillot à pois de ce tour, s’accroche au podium. Jan Ullrich convoite sa troisième place. L’Allemand perd son lieutenant Andreas Klöden, blessé, lors d’une étape de moyenne montagne dans le Massif Central remporté par Paolo Savoldelli, coéquipier de Lance Armstrong au sein de Discovery Channel, mais Jan Ullrich gagne encore quelques secondes sur Mickaël Rassmussen dans l’ultime côte. Et, le coureur allemand reprendra le temps qui le sépare du podium dans le dernier contre-la-montre, qui vire au cauchemard pour le fin Rasmussen, dit « Chicken », qui chute à plusieurs reprises, et se retrouvera septième du général à l’issue du contre-la-montre. Cette avant-dernière étape est l’occasion pour Lance Armstrong de remporter sa première étape individuelle sur ce Tour. Mais, on peut dire qu’il prend sa retraite, comblé : son équipe a remporté plusieurs étapes, dont le contre-la-montre par équipes, il remporte le dernier contre-la-montre de sa carrière, et surtout il porte à sept (d’affilée) le record de victoires dans le Tour de France. L’étape des Champs-Elysées n’est pas remportée par un sprinter cette année, mais par Alexandre Vinokourov, qui s’impose en baroudeur dans les derniers hectomètres, et gagne une place au classement général (il sera cinquième ou sixième au final, je crois) Christophe Moreau terminera meilleur français et aux alentours de la dixième place. Dans le top 10, on retrouvera aussi l’Américain Floyd Landis, l’Espagnol Carlos Sastre, l’Australien Cadel Evans, donc le Kazakh Alexandre Vinokourov, le Danois Michael Rasmussen. Le podium sera Lance Armstrong premier, Ivan Basso deuxième et Jan Ullrich troisième.
Ces deux derniers doivent se réjouir de la retraite de Lance Armstrong, puisqu’il y aura enfin la place pour un autre vainqueur du Tour de France, et on s’attend à un duel entre les deux hommes pour le Tour de France 2006. Mais…un scandale de dopage éclate au printemps. C’est l’affaire Puerto. Différents coureurs cyclistes (mais aussi d’autres sportifs, notamment footballeurs) semblent avoir affaire avec le docteur espagnol Fuentes, qui stocke des poches de sang. Un vaste coup de filet est mis en place par la justice. Des listings sont saisis. Et, sur ces listings, figurent des noms de coureurs espagnols mais aussi les noms de Jan Ullrich et Ivan Basso, récent vainqueur du Giro. Le Tour de France, qui part de Strasbourg doit prendre des mesures préventives. Il refuse le départ de tous les coureurs cités dans l’affaire Puerto. Jan Ullrich et Ivan Basso, déjà présents dans la capitale alsacienne, doivent remballer leurs affaires la veille du Grand Départ. Le Tour perd ses deux grands favoris. Il perd aussi un autre de ses favoris avec le Kazakh Alexandre Vinokourov. Le nom de ce dernier n’est pas dans les listings du Docteur Fuentes, mais le nom de cinq de ses coéquipiers de Liberty Seguros, l’équipe espagnole de Manolo Saiz (qui va être inculpé dans cette affaire Puerto) y figurent. L’équipe de Vinokourov, n’ayant pas assez de coureurs pour prendre le départ, est obligée de se retirer. Le Tour part donc dans l’inconnu. Après la retraite de Lance Armstrong et le rejet de ses favoris, qui peut prétendre gagner la course ? On cite entre autres les noms de Floyd Landis, l’Américain de Phonak, et d’Alejandro Valverde, l’Espagnol de Caisse d’Epargne,… Mais, ce dernier ne gagnera pas le Tour, puisqu’il chute dans une des premières étapes et doit abandonner. Christophe Moreau, lui, court, désormais pour l’équipe française Ag2r, d’où a été exclu l’autre possible leader, l’Espagnol Mancebo, lui aussi cité dans l’affaire Puerto.
Le premier temps fort du Tour est le contre-la-montre entre Saint-Grégoire et Rennes, qui passe à cent mètres s’où j’habite. Je peux voir sur le village d’arrivée les journalistes et consultants Henri Sannier, Laurent Fignon, Jean-René Godard, Luc Leblanc et Claude Aymard. Et, plus tôt, je vois passer comme des fusées Floyd Landis, Sergueï Honchar, le rouleur ukrainien de T-Mobile, qui sera le vainqueur du jour, et un peu moins vite les sprinters Tom Boonen et Robbie Mac Ewen, qui se partageaient à ce moment de la course les maillots jaune et vert respectivement. A l’issue de ce contre-la-montre, c’est Sergueï Honchar qui prend le maillot jaune. Un des leaders, l’américain Levi Leipheimer, qui court pour l’équipe allemande Gerollsteiner, perd un temps considérable. Les autres leaders, comme Floyd Landis de Phonak, Andrea Klöden, et son coéquipier australien Michael Rogers de T-Mobile, font une bonne performance.
Sergueï Honchar perdra son maillot jaune dans la première étape pyrénéenne. De l’échappée matinale, deux hommes se détachent : l’Espagnol Juan Miguel Mercado de l’équipe française invitée Agritubel, et le Français Cyril Dessel de Ag2r. A l’Espagnol va la victoire d’étape et le maillot à pois, au Français le maillot jaune. Dans l’étape suivante, les favoris s’expliquent. C’est le Russe Denis Menchov aidé dans le faux-plat qui mène au dernier col par son coéquipier le Danois Mickaël Rasmussen, qui finit par s’imposer. Derrière, on retrouve des coureurs comme Floyd Landis de Phonak, Levi Leipheimer de Gerolsteiner, Cadel Evans de l’équipe Predictor-Lotto, Christophe Moreau de Ag2r, Carlos Sastre de CSC et Andreas Klöden de Telekom, ces deux derniers étant devenus leaders de leurs formations respectives depuis l’éviction d’Ivan Basso et de Jan Ullrich. Denis Menchov perdra du temps dans les étapes suivantes, et au sortir des Pyrénées, c’est Floyd Landis qui s’est montré le plus solide et a revêtu le maillot jaune.
Dans une étape de transition dans le Midi, son équipe Phonak (mais aussi les autres qui ne la relaient pas) va laisser une échappée prendre une considérable avance. Dans cette échappée, on retrouve une demi-douzaine d’hommes, dont le Français Sylvain Chavanel, l’Allemand Jens Voigt de CSC, et l’Espagnol Oscar Pereiro, ancien de chez Phonak, désormais à Caisse d’Epargne. Ces deux derniers se détachent dans les derniers kilomètres, et se disputent la victoire. L’Allemand s’impose, mais Oscar Pereiro, qui était le mieux classé au général de l’échappée, aura une autre satisfaction. Le peloton arrive avec un retard d’environ 30 minutes, il s’empare du maillot jaune, avec une légère avance sur son ancien leader, Floyd Landis, et une avance de plus de deux minutes sur d’autres leaders, comme Andreas Klöden, Carlos Sastre, et aussi Cyril Dessel, toujours assez bien classé. Les hommes forts des Pyrénées ne se sont pas trop inquiétés, mais Oscar Pereiro, ancien 11éme du Tour, prévient : il n’était pas à son aise dans les Pyrénées, mais il ne compte pas perdre autant de temps dans les Alpes. Il défendra son maillot jaune. Juste avant les Alpes, Floyd Landis reste favori pour les suiveurs du Tour. Et, pourtant, dans le dernier col de la première étape alpestre, ce n’est pas Oscar Pereiro, qui va être lâché le premier parmi les mieux classés du Tour, mais Floyd Landis. L’Américain, si solide jusqu’alors, connaît une défaillance terrible. Du groupe des favoris, Carlos Sastre se détache et gagne l’étape. Andreas Klöden, Cadel Evans et Oscar Pereiro n’arrivent pas loin derrière. Cyril Dessel, bien aidé par son leader Christophe Moreau, limite les dégâts. Et, Floyd Landis perd donc son maillot jaune. Il se retrouve septième du général.
Dès le début de l’étape suivante, il passe à l’attaque. Il va mener un raid montagnard solitaire, comme cela faisait belle lurette qu’on n’en avait pas vu, puisque dans les Tours modernes, en général, les leaders attendent la dernière montée pour attaquer. Le peloton, menés par les équipes Caisse d’Epargne du maillot jaune Oscar Pereiro, CSC de Carlos Sastre et T-Mobile d’Andreas Klöden ne reverra jamais Floyd Landis, à la roue duquel s’est accroché un coureur de T-Mobile, qui ne peut donc collaborer. Ce coureur allemand sera décramponné par Floyd Landis dans la dernière montée. L’Américain de Phonak va s’imposer avec plus de six minutes d’avance sur des poursuivants. En franchissant la ligne d’arrivée, il montre son genou douloureux. Dans le groupe maillot jaune, Carlos Sastre a encore grignoté quelques dizaines de seconde en s’échappant dans la dernière montée. Oscar Pereiro est encore en jaune, mais Carlos Sastre et Floyd Landis le talonnent à environ une minute. Le dernier contre-la-montre sera décisif pour la victoire au Tour. L’avantage est à Floyd Landis, meilleur rouleur et de retour en forme. Et, effectivement, l’Américain de Phonak s’impose et prend le maillot jaune. Oscar Pereiro limite les dégâts et sera deuxième du Tour, ce qui était inespéré pour lui au départ, et amène du baume au cœur à son équipe Caisse d’Epargne. En revanche, pour Carlos Sastre, ce contre-la-montre tourne à la soupe à la grimace. Il n’est pas dans le coup et voit même Andreas Klöden lui prendre sa place sur le podium. Dans le top 10 du général, on retrouvera notamment l’ancien coureur de VTT, australien de l’équipe belge Predictor-Lotto, Cadel Evans, et l’Américain de Gerolsteiner, Levi Leipheimer. Cyril Dessel terminera meilleur français, sixième du classement général, juste devant son leader, Christophe Moreau, furieux d’avoir chuté dans le contre-la-montre, et accusant le directeur sportif adjoint de Ag2r, qui le suivait de ne pas lui avoir donné les bonnes indications. Robbie Mac Ewen, le sprinteur Australien de l’équipe belge Predictor Lotto, terminera maillot vert, et le Danois Mickaël Rasmussen maillot à pois. La succession de Lance Armstrong va donc à son compatriote, Floyd Landis, celui qui a commencé le vélo en cachette de sa famille, très religieuse (Amish ou Mormon).
On peut raconter de belles histoires à propos de ce nouveau Tour du Renouveau. On essaie d’oublier Lance Armstrong et sa domination écrasante, d’autant plus qu’au printemps, le laboratoire de Châtenay-Malabry annonce que certains échantillons sanguins de Lance Armstrong lors de ses premières victoires au Tour de France étaient positifs à l’EPO. L’Américain crie au complot et menace même les français de sortir de sa retraite pour faire le Tour de France 2006. Il n’en fera rien, mais le doute continuera à accompagner l’image de Lance Armstrong, en particulier en Europe. Cela dit, il n’a jamais été contrôlé positif sur échantillons A et B lors de ses victoires au Tour, contrairement à… Floyd Landis. Le vainqueur du Tour de France est contrôlé positif à la testostérone pour le jour de son coup d’éclat dans les Alpes. L’annonce des analyses se fait bien sûr une dizaine de jours après, alors que le Tour est déjà fini et gagné par Floyd Landis. Celui-ci se défend en disant avoir bu trop de bière au soir de sa défaillance, ce qui aurait produit un excès de testostérone chez lui. Mais, l’échantillon B confirme les résultats de l’échantillon A. Cependant, Floyd Landis se lance dans une bataille judiciaire qui continue encore aujourd’hui pour faire reconnaître son innocence, en dépit de toutes les preuves. Aujourd’hui, le tour 2006 est sans vainqueur. Et,
Près de 10 ans après l’affaire Festina, la lutte contre le dopage est loin d’être finie. Justement au début de cette année, on en apprend un peu plus sur ce qui se passait 10 ans plus tôt. D’anciens coureurs de l’équipe Telekom, comme les Allemands Rolf Aldag, Udo Bölts, Erik Zabel, puis aussi le Danois Bjarne Riis, avouent s’être dopés, notamment en 1996, 1997, années des victoires de Bjarne Riis et Jan Ullrich. Bjarne Riis est rayé à posteriori du palmarés du Tour de France. Erik Zabel se voit aussi retirer à posteriori son maillot vert de 1996, mais il n’est pas suspendu pour l’année en cours, n’ayant avoué que des faits qui tombent sous la prescription de plus de 10 ans. Dans l’équipe Telekom de cette année, seuls Jan Ullrich et un autre coureur n’avouent pas, bien que de toute évidence, il existait bien un système de dopage organisé dans l’équipe Telekom qui avait tant fait rêvé le public allemand, aujourd’hui horrifié. Jan Ullrich, confronté également au fait qu’on ait authentifié son ADN dans des poches de sang du laboratoire du docteur Fuentes, ne remontera plus sur un vélo. Le dopage mis à jour dans l’affaire Puerto, c’est un dopage par transfusion sanguine. On prèlève du sang gorgé de globules rouges aux coureurs lors d’entraînements en altitude par exemple. On conserve les poches au réfrigérateur. Et, on réinjecte le sang frais aux coureurs en compétition lorsqu’ils commencent à être fatigués. Quand il s’agit de leur propre sang, on parle de transfusions autologues, quand il s’agit du sang d’une autre personne au même groupe sanguin on parle de transfusions homologues. L’affaire Puerto est encore en cours d’investigations et a de nombreuses ramifications. On évoque assez peu les ramifications dans d’autres sports, notamment le sport roi, le football, où il semble par exemple que des footballeurs du Real Madrid avaient recours aux services du Docteur Fuentes. Mais, le dopage en football est beaucoup moins traqué que dans le cyclisme. Côté cyclisme, donc, dans l’affaire Puerto, les listings du Docteur Fuentes impliquent un nombre variable de coureurs espagnols et d’autres nationalités. Outre Jan Ullrich, l’autre victime de marque de l’enquête est Ivan Basso. Recruté au début de l’année 2007 par l’ancienne équipe de Lance Arsmtrong, Discovery Channel, il espérait recourir le Tour de France et le Giro. Mais, la justice ne le lâche pas, et, confronté au recoupage des preuves et présomptions, il doit avouer, espérant en collaborant avec la justice, avoir une réduction de peine. Il sera finalement condamné par le comite olympique national italien à deux ans de suspension. D’autres aveux lèvent le voile sur les systèmes de dopage, comme ceux du coureur allemand Jörg Jaksche.
On parle aussi à cette époque d’un autre scandale de dopage en Italie ; le programme « Oil for Drugs », où on se rend compte que le dopage se mêle à des systèmes mafieux. Dans le Tour d’Italie, les Italiens Eddy Mazzoleni et Paolo Savoldelli de l’équipe kazakh Astana, et l’équipe italo-espagnole Saunier-Duval, avec ses leaders italiens Gilberto Simoni et un jeune coureur (Ricco, je crois ?), et les grimpeurs italien Leonardo Piepoli et espagnol Iban Mayo écrasent la course. Mais, ceci est suspect, et Eddy Mazzoleni, troisième du Giro, et Leonardo Piepoli, vainqueur d’étape sont rattrapés par la patrouille. Un échantillon d’urine ou de sang d’Iban Mayo est dans un premier temps déclaré positif, mais le coureur basque, blanchi par la suite, pourra prendre le départ du Tour de France.
Ce dernier, avant son départ à Londres en juillet, essaie de se préserver du dopage, en faisant signer une charte de bonne conduite à ses participants : les coureurs doivent assurer ne pas se doper, et si jamais ils étaient pris par un contrôle positif, ils devraient rendre tous leurs salaires et primes de l’année. Certaines équipes et coureurs signent très volontiers cette charte, en particulier les équipes françaises et allemandes, dont l’équipe T-Mobile, qui veut repartir sur un nouveau pied, sain, et s’est notamment séparée de Sergueï Honchar, l’Ukrainien suspecté de dopage. D’autres équipes sont plus réticentes. Les coureurs disent, à juste titre je crois, qu’il faudrait qu’ils ne soient pas les seuls à signer ce type de charte. Directeurs sportifs, médecins, sponsors et médias, participent aussi à la pression, qui peut conduire au dopage. Cela dit, l’idée de responsabiliser les coureurs est nécessaire. Car, aucune lutte contre le dopage ne sera efficace sans une vraie volonté des acteurs principaux. Sinon, les tricheurs auront toujours une longueur d’avance sur les contrôleurs. Dans un horizon sombre, où les affaires de dopage font vraiment mauvaise presse au cyclisme, le Tour de France espère mériter son surnom de renouveau. Mais, le doute sera là, touchant en particulier les champions qui sont en pleine lumière. Celui qui est considéré comme le favori du Tour, Alexandre Vinokourov, de l’équipe Astana, ne fréquente-t-il pas le sulfureux docteur italien Ferrari à la préparation si efficace et si dissimulée, qui suivait autrefois Lance Armstrong ?
Le rapport entre les médecins et les sportifs professionnels, c’est bien cela qui change la donne actuellement. Nul ne peut prétendre à de grandes performances s’il n’est pas suivi par ses médecins spécialistes d’ergonomie, de nutrition et autres. Quelle est la limite entre un coureur « soigné » et un coureur dopé ? Un journaliste et ses amis partent sur le tracé du Tour de France pour prouver qu’on peut couvrir tous les kilomètres du parcours, en étant bien soigné, mais sans se doper. Le Grand Tour de France s’élance aussi de Londres…
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