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Vrac : des thèmes les plus vastes aux plus futiles

Mardi 5 juin 2007

C’est un euphémisme de dire que certains programmes télévisuels, parfois ne nous élèvent pas culturellement. Cependant, le petit écran est devenu la fenêtre sur le monde la plus importante pour un grand nombre de personnes. Certains rêvent de passer à la télé. Ce qu’on appelle la real-TV propose justement d’assouvir cet espoir  de starification des quidams en même temps qu’une curiosité un peu malsaine (celle qui nous pousse à regarder par le trou de la serrure) des téléspectateurs. Ces derniers suivent les aventures des candidats dans diverses situations, plus ou moins réelles.

Je trouve souvent ridicule ou artificiel la télé-réalité, mais il m’est arrivé de regarder certains jeux. On suit ces rendez-vous avec l’émission comme on pourrait suivre une sitcom.

Le concept de real-TV vient du monde anglo-saxon, les Loft Story, Star Academy et autres Koh Lanta sont juste une version française d’émissions créées ailleurs dans le monde.

Et, des nouveautés naissent tous les jours. Aux Etats-Unis, ils ont entre autres Next, et c’est retransmis en France sur Europe2-TV. Ca ne me déplaît pas de le regarder.

Le principe est assez simple. Une fille ou un garçon se présente comme étant à la recherche d’un partenaire de relation amoureuse. On l’appellera Jo (diminutif masculin ou féminin) pour la suite. Il va avoir le droit à cinq rendez-vous avec des personnes du sexe recherché (‘The daters’), et pourra choisir à tout moment de repousser le candidat sorti du bus rouge et noir (les couleurs de Next ) ou de lui proposer un second rendez-vous. Et, pour le prétendant, il y aura un gain d’argent selon le temps qu’il passe avec la personne à séduire. Laissons la voix off faire la présentation de l’émission:

« les rencards pourris qui s'éternisent, c'est fini! Tu as 5 rendez-vous, si le premier est nul, tu n'as qu'à dire: “suivant!” Arrête le cauchemar et recommence avec quelqu'un d'autre! Ne t'inquiète pas pour ceux que tu élimines: ils toucheront de l'argent pour chaque minute passée avec toi. Celui ou celle qui restera jusqu'au bout aura le choix: avoir un autre rendez-vous ou partir avec la cagnotte. Attention à ce que tu dis, ou tu risques de dégager ! »

Le style de cette accroche correspond assez bien au style de l’émission : plutôt jeune et direct. On ne perd pas de temps. Du speed dating qui en plus est retransmis avec toutes les possibilités de coupure et sélection qu’offre le montage. Alors que certains rendez-vous peuvent durer près d’une heure (et donc le candidat gagner une soixantaine de dollars), la retransmission du jeu ne dure que cinq à dix minutes. Autant dire que la production ne nous donne pas à voir toute la construction de l’alchimie entre deux personnes. Elle cherche avant tout à nous raconter des histoires. Par exemple, le gars bien bâti venu des Samoa qui cherche une fille chaude à consommer rapidement, qui repousse immédiatement celles qui n’ont pas su se mettre en valeur physiquement, reste un peu plus longtemps avec une petite brune aux formes appétissantes, discute avec elle de ses talents cachés dans la voiture, et comme elle ne veut pas lui faire de danse lascive, lui dit :  « Next ! ».

Chaque émission se veut différente de par les candidats proposés, qui sont autant de personnages. Jo se présente au début dans une sorte de petit montage. Les Jo doivent avoir préparé en prévision des rencontres avec les cinq prétendant€s diverses activités et éventuellement déguisements liés à leurs hobbies, leur origine et leurs goûts personnels. Il y a au début des épreuves-tests (comme par exemple aller chercher des serpents à sonnettes dans un parc), puis souvent à la fin un repas typique. Les cinq candidat(e)s, eux, se présentent par une petite phrase (en général fanfaronnade ou chambrage). Puis on les retrouve dans un gros bus sans fenêtres, qui constitue en quelque sorte une antichambre d’attente, où une partie de leurs bavardages est retransmis. Un ordre de passage est prédéfini. Et, le ou la première prétendante sort du bus. Arrêt sur image au moment de poser pied à terre. A côté de sa photo s’affiche son prénom, son âge et trois traits particuliers : souvent de bêtes anecdotes ou habitudes un peu honteuses comme par exemple « il aime faire pipi dans la baignoire ».


Pendant que leur concurrent(e) est dehors, les quatre autres devisent sur ses chances. En général, l’émission aime bien montrer quand on casse du sucre sur le dos de l’absent(e). Mais, celui ou celle qui est en général le plus éreinté, c’est Jo. Pour la première rencontre (et la suivante aussi), tous les scénarios sont possibles : Jo avisant la coiffure du prétendant peut le virer immédiatement en lui disant « mais c’est quoi cet animal mort sur la tête », et le prétendant repart avec un dollar, plus ou moins piteux, et en ayant plus ou moins insulté celui qui l’a repoussé. De retour dans le bus, il a le droit aux cris d’accueil de ses concurrents : (des ‘ohhhhh !’ pour les gars, des ‘hiiiiiiii ! pour les filles). Il passe le relais au concurrent suivant et fait son rapport aux autres, disant parfois du bien de Jo qui l’a repoussé, le plus souvent le dénigrant (« cette fille est toute pourrie : toute pâle et mal habillée » , « c’est un gros con »). Certain(e)s bien sûr vont rester plus longtemps, parfois une dizaine de minutes, échouant lors des épreuves concoctés par Jo, ou laissant échapper quelque chose qui ne lui plaît pas lors de la conversation dans la voiture de Next, elle aussi rouge et noire. Dans ce cas, on a le droit à un « chauffeur, arrêtez-vous ! ». Parfois, la rencontre est plus longue, et lors du repas plus ou moins aux chandelles, Jo finit par se décider : « Andy, cela fait 56 minutes qu’on est ensemble. Tu peux partir avec 56 dollars ou accepter un second rendez-vous avec moi ! Que choisis-tu ? » Alors, là, on a un récapitulatif de deux séquences clés, enfin considérés comme telles par le réalisateur. Et, le concurrent choisi donne sa réponse. En général, il commence par quelques phrases de contexte pour faire durer le suspens. En général, cela donne un « mais ». Par exemple, si la fille commence par « tu as été très gentil », ça peut se terminer par un « mais j’ai besoin d’argent pour payer mes factures, alors je vais prendre l’argent ». Si, inversement, elle commence par « tu m’as fait goûter des cuisses de grenouilles dégueulasses », ça peut se terminer par un « mais tu es très cool et je vais accepter un second rendez-vous ».

Une fois que le second rendez-vous a été proposé, qu’il soit refusé ou accepté, le jeu prend fin. Donc, il arrive souvent que le cinquième sur la liste des prétendants ne voie Jo.

L’émission se termine par une déclaration en groupe des quatre ou cinq (si le deuxième rendez-vous a été refusé) candidats restants, tandis qu’on a des déclarations bilan de Jo s’il repart seul, ou, s’il est parvenu à ses fins des images de bonheur plus ou moins factice avec son nouveau compagnon de jeu.

Comme certains de mes exemples le laissent deviner, les échanges qui ont lieu dans cette émission ne révolutionnent pas le monde. L’humour est parfois bas de gamme. Mais, j’ai tendance à bien goûter les jeux de mots, notamment ceux de la voix-off. Ils ne sont pas toujours extraordinaires, mais il ne faut pas hésiter à les tenter : « Allison a enfilé ses gants, Franck veut monter sur le ring et montrer son punch, mais les autres espèrent qu’il va se faire renvoyer dans les cordes »

L’émission est filmée visiblement en Californie, vu les paysages et la provenance des candidats (essentiellement de l’Ouest et du Midwest des Etats-Unis).

Il faut noter que l’émission est ouverte aussi aux rencontres homosexuelles. C’est-à-dire que Jo peut être un homme et les prétendants des hommes, et la même chose avec des filles. Dans ce genre de configurations, quand même moins nombreuses que les rencontres hétérosexuelles, cela rajoute du piment à l’affaire, puisque ce n’est plus seulement à l’extérieur du bus qu’il peut y avoir des baisers, mais aussi à l’intérieur du bus. Et, en général, cela ne rate pas. Pendant que Amanda dîne avec Helen, Tanya, Shanie et Cindy se font des soupes de langue.

Parfois, je suspecte le casting de se baser sur des critères ethniques, du type de ceux qu’on trouve dans les formulaires américains. Après tout comme un homosexuel demande d’avoir le choix entre 5 garçons homosexuels, un hétérosexuel d’avoir le choix entre 5 filles, il est possible par exemple qu’un gars noir demande 5 filles Afro-Américaines ou métisses et que la production accède à se demande. Cela dit, c’est souvent assez varié. Le gars, malgré qu’il ait plutôt un type de filles dans la tête, laisse le hasard ou la production choisir, et donc, une brune peut succéder à une blonde, un gros cul à des fesses plates, une asiatique à une irlandaise…. Le fameux melting pot américain ! D’ailleurs, les origines servent souvent à trouver le thème des activités, au moins celles du repas. Si on devait faire des statistiques, je remarque toutefois que les candidats (tous vingtenaires) sont plutôt du genre « middle class » américaine. Une forte proportion d’entre eux déclare une passion pour les sorties en night clubs. Jeans taille basse pour beaucoup de filles, coiffures à crêtes ou épis artificiels sur le haut de la tête pour les garçons. Ceci peut laisser une impression de superficialité. Il s’agit en tout cas plutôt de beaux jeunes. L’apparence compte plus que le fond. On aura nettement plus affaire à des Justin Timberlake qu’à des Woody Allen. J’ai l’impression qu’il y a parfois des trous dans les conversations. Ce qui est normal, c’est vrai c’est parfois difficile de trouver des sujets de conversation quand on est deux inconnus l’un pour l’autre dans une situation un peu artificielle.

En bref, le but est plus de divertir le spectateur que de jouer à fond le rôle d’agence matrimoniale. Je ne pense pas que quand on participe à ce genre de jeu télévisuel, on doit le faire avec pour seul objectif de trouver l’âme sœur. Bien sûr, il est important de bien être dans l’état d’esprit d’un célibataire, mais avant tout il faut être ouvert à la découverte et prêt à prendre du plaisir, et espérer un second rendez-vous et plus si affinités.

 

Bon, personnellement, je ne suis pas du côté des candidats mais du côté des téléspectateurs. Et, quand je tombe sur un épisode, j’essaie de le regarder jusqu’au bout. Alors, oui, effectivement, les discussions ne sont pas souvent très intellectuelles. Au bout d’un moment, c’est répétitif, car assez schématique. Mais, la diversité des cas proposés fait que c’est chaque fois différent. Il y a un peu de suspense lié à l’aspect jeu. On essaie de deviner à l’avance qui va plaire, qui va se faire jeter. Même si il y a souvent des passages de suspenses artificiel (avec la voix off qui pose une question en suspension et un retour en arrière avant de nous donner la suite de la rencontre), si les images se succèdent très vite, le programme a les défauts de ses qualités. Le rythme est soutenu par le montage. Si tout n’est pas réussi, il y a toujours des passages et des commentaires qui nous font sourire. On peut admirer les beaux garçons ou les jolis filles (selon nos goûts). Et, la magie des baisers.

Finalement, je dirais que ce qui entretient l’intérêt pour ce genre d’émission c’est la curiosité. On cherche en quelque sorte un peu à percer le secret de la rencontre. On a tous plus ou moins (au moins une fois) connu ces moments où le temps suspend son vol, avant que finalement la rencontre ne débouche sur rien (pas de rappel, aucune suite) sans qu’on ait vraiment les explications. Comment se fait l’alchimie entre deux personnes ? Sans doute pas de façon aussi schématique que dans Next, il existe toujours des éléments indicibles qui entre en jeu, mais il reste qu’on cherche toujours la réponse.

 
NEXT !

Par Loïc
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Mardi 24 juillet 2007

       Angela Merkel et le gouvernement de coalition, la présidence allemande de l’Union Européenne et le mini-traité, la TVA sociale et les autres grosses réformes qui ont relancé l’économie allemande, l’effet Coupe du monde et le football, le Bayern de Munich et son impressionnant mercato, Tokio Hotel et ses groupies, la Vie des Autres et la reconnaissance critique et publique, l’Allemagne a une place de choix dans l’actualité. Ich wollte schrieben von Deutschland… J’ai envie d’écrire à propos de l’Allemagne. Un thème et les idées que cela m’évoque. Du vrac non exhaustif.


 

Un centre politique et économique

 

            L’Allemagne est un pays essentiel en Europe, où elle est la première puissance économique et un, si ce n’est le moteur politique, et, au-delà, elle occupe une place importante dans le monde, même si elle n’a pas de siège permanent au conseil de sécurité de l’ONU. Les grands pays peuvent souffrir. Dans la décennie des années 1990, l’Allemagne, dans un contexte de crise socio-économique assez généralisé dans le monde, a eu du mal à répercuter économiquement les conséquences de la réunification : deux Allemagnes qui reposaient sur des options politico-économiques différentes, des travailleurs de l’ex-Allemagne de l’Est soudain confrontés à certes plus de liberté, mais aussi plus de menaces, notamment celle du chômage et de la précarité. Le taux de chômage progressait, le rééquilibrage financier et industriel entre les différents Länder coûtait cher, ce qui faisait de l’Allemagne, (comme de la France d’ailleurs) un des mauvais élèves de l’Europe du point de vue des déficits publics. Mais, les mauvaises choses ont une fin. Des réformes courageuses et essentielles (entre autres, retraites,…) ont été menées par le gouvernement social-démocrate, puis le gouvernement de grande coalition, et surtout acceptées par le peuple. Désormais, l’Allemagne retrouve son lustre économique passé, avec notamment ses points forts, comme le commerce extérieur, et une décrue du chômage et de la dette. Son fonctionnement politique actuel est parfois cité en exemple, avec notamment son bel équilibre entre pouvoirs régionaux et pouvoirs nationaux grâce à son système fédéral. Dans ce régime parlementaire, les élections au Bundestag n’ayant dégagé aucune majorité nette autour des deux grands partis : SPD, (sociaux-démocrates), CDU-CSU (conservateurs, démocrates-chrétiens), les deux grands partis ont dû former une grande coalition. Une idée de gouvernement de consensus pour les grandes réformes, qui est examinée de près dans d’autres pays européens. Angela Merkel est chancelière. Née dans les pays de l’Est, femme de droite, elle représente un symbole de cette nouvelle Allemagne vraiment réunifiée et à nouveau forte face aux enjeux modernes. Les magazines américains la classent première parmi les femmes les plus puissantes du monde, devant Condoleeza Rice et Oprah Winfrey.

 Fort de sa croissance retrouvée, l’Allemagne a regagné tout son rôle de moteur économique et politique en Europe. Elle vient juste de quitter la présidence de l’Union ; le premier semestre de cette année a été marqué par la relance de la construction européenne et Angela Merkel et son gouvernement y ont joué tout leur rôle. Après les élections françaises de mai - juin et  l’avènement de Nicolas Sarkozy, favorable à un traité simplifié de réforme des institutions européennes, le conseil européen, qui se tenait en juin, était décisisf.  Angela Merkel, entre autres, a contribué à rassembler les brebis européennes égarées et a obtenu un consensus sur un texte de traité, accepté par tout le monde, des Italiens aux Britanniques. Moyennant quelques aménagements, les diplomates allemands ont même réussi à convaincre les voisins polonais, les intraitables jumeaux Kaczynski. Bien sûr, il reste encore bien du travail pour ceux qui ont l’objectif d’une vraie union politique entre européens. Et, l’Allemagne est incontournable dans ce processus. Notons aussi qu’en juin, c’est le territoire germanique qui a accueilli le G8 du côté de Rostock.


L'Allemagne un pays de foot et de sport


            L’organisation de la Coupe du Monde de football en 2006 peut être un des facteurs secondaires à prendre en compte dans la relance économique de l’Allemagne. Après tout, l’année 1998 fut aussi une année de bonne croissance pour la France. Alors, il existe bien un effet coupe du Monde sur le moral des ménages, et donc indirectement sur l’économie via la consommation et l’investissement, même si, bien logiquement, on ne peut baser une politique économique sur la simple organisation d’un événement, si gigantesque soit-t-il. Et, la Coupe du Monde de football, c’est énorme, en terme de couverture médiatique. Cela contribue au rayonnement international d’un pays pendant quelques années. Les stades étaient beaux, la foule était présente et joyeuse, la compétition était serrée. L’organisation, dont le comité avait pour président l’ancien grand joueur de foot allemand Franz Beckenbauer le Kaizer, n’a donc été marquée par aucuns gros écueils. Quatre grandes nations européennes : Italie, France, Portugal, Allemagne se retrouvèrent en demi-finale. L’équipe locale, la Mannschaft, perdit en demi-finale, pour finalement terminé troisième, mais enchanta ses supporters. Les prestations fournies par l’équipe allemande furent aussi appréciés des autres supporters. En comparaison d’autres équipes du même calibre, les points forts de l’équipe allemande restaient sans doute plus l’aspect physique que l’aspect technique, mais le résultat dans le jeu était plus offensif et en général plus plaisant.


          Cela a été assez largement reconnu, même en France, où le contentieux est assez lourd. Je pense notamment, évidemment, à cette demi-finale du Mondial de Séville en 1982, avec l’attentat de Schumacher sur Battiston, l’égalisation in extremis des Allemands à la fin de la prolongation, et leur victoire dans la première séance de tirs aux buts de l’histoire de la coupe du Monde. Une élimination forcément cruelle pour la France, et qui raviva, toutes proportions gardées, une rivalité qui s’était autrefois exprimée sur des champs de bataille autrement plus graves. Je veux évidemment parler de la guerre de 1870 et des guerres mondiales. Les vieilles rancœurs entre les deux grands ennemis du début du 20éme siècle s’estompent, la paix régnant depuis plus de 50 ans entre la France et l’Allemagne. En foot aussi, on oublie un peu la rivalité. France et Allemagne ne se sont d’ailleurs plus rencontrées en coupe du Monde ou en coupe d’Europe depuis la fin des années 80. Les Bleus attendent donc toujours leur revanche, mais bien d’autres adversaires, tels le Brésil, l’Italie, le Portugal ou le Danemark occupent nos esprits de spectateurs footballistiques franchouillards. Un petit revival des oppositions franco-germaniques des années 1980 eut lieu avec l’élection de Michel Platini à la tête de l’UEFA (instance dirigeante du football européen), l’hostilité de Franz Beckenbauer et autres dirigeants allemands qui auraient vu d’un bon œil la reconduction pour un nouveau mandat du vieux Suédois Lennart Johannson, ce qui permettait de garder la main-mise des fédérations argentées sur l’organisation des compétitions et de laisser éventuellement la place pour le Kaiser. Plus que la rivalité franco-allemande, d’ailleurs l’enjeu derrière cette élection concernait la soumission plus ou moins grande des décisions de l’UEFA à la volonté des gros clubs des plus gros pays aux plus gros moyens financiers. Le Bayern de Munich est un de ces clubs puissants et durant l’été, son impressionnant recrutement a fait parler, avec notamment trois titulaires décisifs des trois meilleures équipes nationales de la dernière Coupe du Monde : Luca Toni, l’attaquant champion du monde italien, Franck Ribéry, le jeune chien fou français, et Miroslav Klose le meilleur buteur allemand. De quoi enchanter la Bundesliga, le championnat d'un pays de grande passion populaire pour le football.

            Sportivement, l’Allemagne est donc aussi un si ce n’est le géant d’Europe, et pas qu’en football. Je ne vais pas m’étendre sur le cas du cyclisme, où on a parlé récemment de l’Allemagne avec l’arrêt de la diffusion du Tour de France par les grandes chaînes allemandes suite au contrôle positif à l’entraînement à la testostérone du coureur allemand de l’équipe cycliste allemande T-Mobile Patrick Sinkewitz. En effet, je pense que le Tour de France peut mériter un article à lui tout seul, vu que j’écris beaucoup.

            J’ai d’ailleurs écrit déjà beaucoup sur l’Allemagne, mais je n’ai pas fini, et je remets donc la suite à une prochaine partie.

            Auf Wiedersehen !

Par Loïc
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Lundi 30 juillet 2007

   Après avoir évoqué la politique et le sport, on va parler de l’Allemagne côté culture. Enfin, je ne vais pas m’aventurer sur ce qu’il y a de plus profond dans l’âme allemande, mais parler plus spécifiquement de ce qui sort en ce moment des deux arts que sont le cinéma et la musique au pays de Goethe.

 

Kino

    Au cinéma, en France, dans les dernières cinq années, on a revu apparaître des productions allemandes. Fleurir serait un bien grand mot, car les films français et américains se taillent l’essentiel des parts de box-office, et il ne reste que quelques films pour représenter les autres pays. Reste que dernièrement, on compte à peu près un film allemand marquant par an. Je n’ai pas l’impression que c’était le cas dans les années 80 et 90.

   En ce qui me concerne, j’ai été marqué au cinéma ces dernières années par Good-Bye Lenin !, La Chute, et La Vie des Autres. On peut éventuellement rajouter à cette liste Joyeux Noël, le film européen, qui parle de la trêve de Noël entre les simples soldats des différents camps au mépris des ordres de leur hiérarchie lors de la Première Guerre Mondiale. Un gros morceau du film concerne ce qui se passe du côté des troupes du Kaizer et le casting regroupe de nombreux acteurs allemands, avec notamment les têtes d’affiche Diane Kruger et Daniel Brühl.


   A noter que les films que j’ai cités ont en commun d’avoir un rapport avec l’Histoire, celle de l’Allemagne du vingtième siècle.


  C’est particulièrement évident pour La Chute qui est un film historique. L’exactitude est donc un objectif essentiel, d’autant plus que son personnage principal est Adolf Hitler, l’épouvantail du 20éme siècle. Le sujet : les derniers jours du dictateur et de son entourage, peut être casse-gueule. On pourra dire que rendre humain Hitler c’est faire du révisionnisme. D’autres reprochent au contraire qu’on ferme pudiquement la porte derrière le dictateur quand il se retire avec Eva Braun avant que ne retentissent les coups de feu,  laissant à son suicide l’aura du mystère. Je pense, néanmoins, que le film ne fait pas de grandes erreurs, étant entendu qu’on traite que d’une partie bien précise de l’histoire, et le rappel des crimes du nazisme à la fin permet de rappeler, si besoin est, le contexte plus général

   Ce qui m’intéresse, c’est surtout l’histoire d’hommes et de femmes face à la déliquescence de leur monde. ( La Chute est le titre adéquat). Dans le bunker des derniers chefs nazis, on trouve aussi bien folie, opportunisme, ou même parfois une pointe d’humanité. La scène la plus terrible est celle de l’empoisonnement des enfants Goebbels par leur mère. Ce n’est pas forcément violent, mais la froideur de l’opération et l’innocence des enfants, rend la séquence dure à visionner. La Chute, (que j’avais déjà vaguement évoqué ici ) c’est un bon film. De toute façon, j’ai un avis souvent positif sur les films historiques. Ceux qui sont bien réalisés et écrits ont le mérite de nous plonger au cœur des vies des hommes, des femmes et des sociétés.


    La vie des autres entre tout à fait dans ce cadre de film réaliste. Je l’ai vu début juillet. Je sais que je retarde un peu par rapport à sa sortie : ma chérie Adriana l’a vu en février. Une critique élogieuse accompagnait sa sortie. Et, j’étais surpris de le voir encore à l’affiche dans un grand cinéma à Rennes en avril. Etre encore à l’affiche trois mois après sa sortie, ce n’est pas donné à tous les films. Deux ou trois blockbusters ou grosses comédies françaises réussissent cela en général sur une année. Ce qui semble indiquer que le succès critique s’accompagnait d’un succès public. Il faudrait vérifier les chiffres. Mais, en tout cas, La vie des autres est un bon témoignage de la force du cinéma allemand. Et, c’est avant tout aussi un témoignage de la tristesse d’un état policier qui existait encore il y a 20 ans si près de chez nous : la République Démocratique d’Allemagne (RDA). Le film évoque donc comment la STASI (police politique) surveille le moindre suspect. Beau film, la réussite tient aussi beaucoup à la dernière demi-heure, pleine d’émotion. Le suspens est fort, car l’ambiance de cette société de la peur, où le moindre soupçon peut faire chuter et où les hommes de pouvoir décident d’un claquement de doigt de votre destin. La scène tragi-comique de la blague sur Honecker est assez symbolique. La métamorphose psychologique du personnage de Wiesler, l’agent HGW84, est intéressante. Derrière le froid et méthodique policier à la vie terne, transparaissent peu à peu quelques pensées audacieuses, bien qu’elles ne s’expriment jamais avec le clinquant que peuvent avoir les textes du poète. Je viens d’apprendre que l’acteur qui joue cet agent de la STASI, Ulrich Mühe, vient de mourir. Une nouvelle assez triste car cet acteur talentueux et ce symbole de la réunification (il est né et a passé sa jeunesse dans l’Allemagne de l’Est lui-même) a été emporté par un cancer rapide.


 

  






 

 

 


    Dans Good-Bye Lenin, l’Allemagne de l’Est est évoquée, mais pas de façon aussi négative. Le film s’inscrit dans les années qui suivent la chute du Mur de Berlin. Le scénario est original : peu avant la chute du Mur de Berlin, une mère reçoit par erreur un coup de matraque de la police et tombe dans le coma. Elle se réveille six mois plus tard, mais ses deux enfants doivent lui éviter lors de sa convalescence un trop fort choc psychologique, ce qui signifie qu’ils vont devoir faire croire à cette bonne communiste que le Mur de Berlin n’est pas tombé, et qu’elle vit toujours en Allemagne de l’Est. Ceci nous offre des scènes tendres et comiques. On baigne un peu dans la nostalgie de l’Allemagne de l’Est : l’Ostalgie (un sentiment important dans les ex-Länder de l’Est dans le contexte de crise socio-économique de la fin des années 90). Le film commence d’ailleurs avec la retransmission télévisée du premier voyage de l’homme dans l’espace, avec Youri Gagarine, qui devient un héros dans tout le monde communiste et un idéal pour les petits garçons. C’est intéressant de se rendre compte pour des vingtenaires comme moi des différences de référent culturel et politique qu’il pouvait y avoir au sein même de l’Europe durant la guerre froide. Pour revenir au sport déjà évoqué, on perçoit aussi l’impact qu’a pu avoir le succès de la Mannschaft à la Coupe du Monde de football de 1990 en Allemagne : là où en France et ailleurs dans le monde, on a tendance à voir la victoire du réalisme allemand lors d’une triste Coupe du Monde, on se rend compte que cette victoire de l’équipe nationale portait un symbole important pour un pays tout juste réunifié. Si le contexte est réel, le film est fictionnel. On l’a comparé à Amélie Poulain, à cause de son succès surprise et de la musique de Yann Tiersen. Je trouve néanmoins le film moins joyeux qu’Amélie Poulain.


  Outre le lien avec l’Histoire, je remarque d’ailleurs un point commun entre ces films allemands : une tonalité plutôt grise. Ce n’est pas eux qui permettront d’associer l’Allemagne à des cieux bleus et des immeubles pastels. Cela dit, la photographie de ces films est bien plus riche que les teintes jaunâtres qu’on retrouve dans Inspecteur Derrick la série dont les esprits moqueurs veulent faire le symbole de l’Allemagne.

   Pour compléter ce petit panorama sur la vivacité du cinéma allemand, je citerais aussi le sympathique Cours, Lola, cours (Lola, rennt, Lola ! ) : un film composé de trois scénarios alternatifs avec Famka Potente et ses cheveux roux qui date déjà d’il y a 10 ans, et L’expérience , (das Experiment) un film assez récent, que je n’ai pas vu, mais qui a eu une certaine reconnaissance.

     Bref, des œuvres originales nous arrivent d’outre-Rhin.

 


 Musik

  Si, sur nos écrans, on voit de temps en temps des films allemands, dans nos radios, on entend aussi de moins en moins rarement des morceaux allemands.

 

   On peut évidemment parler du succès de Tokio Hotel. Le groupe de jeunes (ils ont eu leurs premiers succès alors qu’ils avaient encore moins de 18 ans) rockers au look très travaillé, en particulier pour l’androgyne chanteur, a de nombreux groupies adolescentes en France. Les rythmes sont dynamiques, guitares et voix passent bien. Pour ma part, j’apprécie ; je ne suis toutefois pas du tout une référence côté oreille musicale. Ce que je trouve sympathique aussi dans ce groupe, c’est qu’ils chantent en allemand ; je ne sais pas si c’est réellement par souci d’avoir des versions originales face à la domination anglophone en marche, ou si c’est simplement parce que je connais un peu l’allemand et que cela passe bien avec le rock.  Inévitablement, Tokio Hotel va bientôt se mettre à l'anglais.


  Côté rock allemand, on avait aussi les hardeurs ou métalleux (je ne connais pas la définition exacte) de Rammstein et leur fameux morceau bourrin Du hast

  Quand j’ai appris la langue de Goethe , j’ai appris la chanson qu’est 99 LuftBallons de Nena, un bon tube pop…

    Mais, un certains nombre de morceaux allemands qui passent à l’étranger sont en anglais. Il y avait les célèbres Scorpions, et leur bon rock… Actuellement, c’est surtout de la techno, dance. Je pense notamment à l’entraînante Cascada.


   Je n’ai pas vécu en Allemagne, mais je pense que les styles : techno et hard rock sont très prisés outre-Rhin.


    Bref, la culture allemande a bien changé depuis le dix-neuvième, siècle du romantisme. Quoique peut-être que l’artiste allemand qui vend le plus de disques à travers le monde, est peut-être toujours Ludwig van Beethoven…

 


  Es gibt noch mehr auf Deutschland zu sagen

Il y aurait encore plus de choses à dire sur l’Allemagne, mais je vais m’arrêter là et vous dire Auf wiedersehen !

Par Loïc
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Mercredi 12 septembre 2007

          Koh-Lanta vient de finir sa septième saison, et une huitième saison est prévue, car son succès par rapport aux téléspectateurs ne se dément pas, voire s’amplifie. Ce jeu, adaptation en France du concept de télé-réalité Survivor, est basé sur un casting de seize personnes. Ceux qui seront nommés "aventuriers" ou "survivants de Koh-Lanta", sont lâchés sur une île dans un pays tropical, Koh-Lanta étant le nom de l’archipel thaïlandais, sur lequel s’est déroulé la première saison du jeu. Depuis, on eu le droit à des îles au large du Mexique et d’autres lieux paradisiaques à première vue, mais sur lesquels il est difficile de vivre, des îles dignes de Robinson Crusoë. Cette année, cela se passait dans un archipel philippin, les Padawans.

Les survivants sont répartis entre deux équipes, les rouges et les jaunes. Les premières saisons, cette opération, laissée aux soins de la production, devait assurer la parité et un équilibre entre vieux et jeunes. D’autres saisons, on avait eu une équipe féminine contre une équipe masculine, ou une équipe d’anciens contre une équipe de jeunes (je n’avais pas vu ces saisons-là) Cette année, tous les candidats avaient été jetés à l’eau, même une certaine Véronique pas très à l’aise dans l’élément aquatique, mais sympathique. Ils devaient nager, courir et grimper jusqu’à décrocher un des deux rouleaux. Les deux gagnants pouvaient choisir tour à tour les membres de leur équipe. Bonne idée, qui rappelle un peu la manière dont on composait les équipes de foot dans notre jeunesse. Avec Eric, le tranquille professeur de sport noir, on aurait les jaunes, appelés Guntao. Avec Jade, la sportive Toulousaine, ce serait les rouges, les Batangs.

Equipe des Batangs Rouges : Jade, Kevin, Patrick, Mélanie, Maryline, Ali, Simon, Marie-Laure

 

 

Le premier défi de Koh-Lanta consiste à réussir à faire du feu, cette fameuse invention qui valida l’Homme comme un être à part. Cela dit, tout Hommes que nous sommes, peu d’entre nous (et moi le premier) seraient à mon avis capables de faire du feu, avec quelques bâtons et herbes sèches. A force de patience, les aventuriers de Koh-Lanta finissent en général par réussir, parfois en gagnant une aide précieuse (genre loupe) lors d’un jeu de confort.

Car, en dehors de la nécessité de trouver de la nourriture dans la mer ou la forêt, de la cuisiner, de gérer la réserve de riz, et de construire un abri, les journées de Koh-Lanta sont rythmées par des jeux, épreuves physiques et mentales où les aventuriers mesurent leur force, leur adresse, leur agilité, ou et leur intelligence. Il y a un peu de Fort Boyard (ce jeu de l’été à la longévité exceptionnelle) finalement dans Koh-Lanta. On a tantôt un jeu de confort, où l’équipe ou le candidat qui l’emporte, a le droit à un petit supplément qui améliore sa condition sur l’île : cela peut être donc une aide pour le feu, un indigène philippin qui va apprendre à poser des collets, du matériel de pêche pour capturer plus facilement les vifs poissons des lagons, une communication avec sa famille, un bon repas, un voyage en hélicoptère, ou même la prise d’un candidat dans une autre équipe : Eric, le chef des Jaunes, devra ainsi passer dans le camp des Rouges, suite à une victoire de ces derniers. On a tantôt un jeu d’immunité, où l’équipe ou le candidat qui l’emporte, s’assure de rester plus longtemps sur l’île. Car, il y a une élimination tous les 3 jours, lors d’un conseil, où chacun vote pour qui il veut éliminer. On retrouve l’un des principes de base de ce qu’on appelle la télé-réalité. Koh-Lanta tient alors un peu du Maillon Faible, le jeu de questions et d’élimination. Mais, la durée du jeu, le fait que cela se joue partiellement par équipe, et que les épreuves physiques aient un rôle central, rendent sans doute moins individualiste et moins cynique Koh-Lanta, que le jeu animé par Laurence Boccolini, où les candidats ne sympathisent pas, et veulent juste bien répondre, accumuler le plus de cagnotte possible, et être le dernier et unique à empocher la cagnotte, en éliminant par vote d’abord les plus faibles, mais ensuite les plus forts.


            Koh-Lanta se joue donc de façon collective avant la réunification, à partir de laquelle le jeu se passe de façon individuelle. La réunification constitue toujours le nœud du jeu, avec notamment l’entrevue des ambassadeurs. Cette année, les ambassadeurs étaient Patrick, le chef d’entreprise du Nord, pour les Rouges et Laurent, le pêcheur de coquillages sétois, à l’accent tellement sympathique qu’il était parfois sous-titré, pour les Jaunes. Le cadre était minimaliste : une branche rejetée par la mer en guise de banc, là où je me rappelle qu’une saison les ambassadeurs, un jeune homme et une jeune fille, avaient eu le droit à un repas copieux, et une douche nocturne, où on voyait par transparence les belles formes de la silhouette de la jeune fille. Quoi qu’il en soit, l’entrevue des ambassadeurs est toujours un moment de tension, car les deux doivent se mettre d’accord sur un nom à mettre dans l’urne (en général, ce candidat, avec une voix contre en plus, est éliminé au conseil suivant). Chacun des ambassadeurs essaie de défendre son équipe, car il sait qu’en perdant un membre dès le prochain de conseil, l’équipe risque d’être en minorité, et de perdre un membre à chaque vote par la suite. Pour éviter le statu-quo, il y a une épée de Damoclès, que rappelle Denis Brogniart (j’avais oublié de parler de l’animateur du jeu jusqu’alors) : si au bout d’un certain temps, les ambassadeurs ne se sont pas mis d’accord, ils devront mettre leur nom dans l’urne, et il y aura un tirage au sort pour savoir qui aura une voix de plus au conseil. Finalement, il y eut accord. Au départ, Patrick annonçait que les membres de son équipe s’étaient mis d’accord pour ajouter une voix à Grégoire, le jeune jardinier, l’homme fort des jaunes. Laurent défendait son ami Grégoire et cherchait à savoir pour quel rouge Patrick était prêt à voter. Le chef d’entreprise Guntao disait alors que dans l’unanimité rouge, un seul tranchait : Eric, le transfuge des jaunes, ne voulait pas voter Grégoire mais Laurent. Cette révélation eut sans doute un petit rôle. Reste que, pour éviter le statu-quo, Patrick et Laurent s’accordèrent pour mettre le nom d’Eric dans l’urne, Eric qui payait en quelque sort le fait d’être orange : jaune au début du jeu, puis rouge suite à un jeu de confort.

            Et, ce qui devait arriver arriva. Eric, qui avait aidé les Batangs à poser des pièges et à reprendre du poil de la bête dans les jeux alors qu’ils étaient dans une mauvaise passe, eut toutes les voix des rouges contre lui : cinq voix. Ses anciens camarades, qui l’avaient retrouvé grâce à la réunification, les Guntaos, votèrent contre un Batang, tout comme lui, ce qui faisait aussi cinq voix. Mais, il y avait la voix des ambassadeurs, et Eric dût donc se faire éteindre son flambeau par Denis Brogniard, rite symbolique de l’élimination. Ensuite, les anciens Guntaos : Philomène, Grégoire, Adrien et Laurent, furent, tous, éliminés tour à tour par les anciens Batangs, désormais en majorité. Ce genre de mécanismes d’élimination en chaîne est courant dans Koh-Lanta. Même si la voix off essaie de maintenir le suspense pendant chaque épisode, évoquent des tensions à l’intérieur du camp majoritaire, l’élimination progressive du camp minoritaire se fait toujours peu ou prou. La compétition ne se fait pourtant plus entres camps, mais de façon individuelle, cela n’empêche d’ailleurs pas les amitiés entre ex-jaunes et ex-rouges. Mais, le regroupement entre anciens membres d’une même équipe est en quelque sorte un réflexe de survie. Quand bien même on n’aurait pas plus que ça d’affinités personnelles, on se dit que son ancien coéquipier va forcément assurer en votant contre un ancien adversaire (en général, on s’est mis d’accord sur un même nom), plutôt que se lancer dans une tentative aléatoire de créer de nouvelles alliances, dans un groupe d’une petite dizaine de personnes. Là, le pacte entre les anciens Batang a bien tenu pour les raisons évidentes de stratégie, mais aussi car ils étaient bien amis. On a vu dans d’autres saisons les stratégies individuelles reprendre le pas sur les stratégies collectives avant l’élimination de toute l’équipe minoritaire.

Chez les anciens jaunes, après Eric puis Philomène, c’était Grégoire qui avait été éliminé par vote. Cela n’avait pas été évident, car le jeune homme, qui était sans doute le plus doué dans les épreuves, pouvait gagner l’immunité à chaque fois qu’il l’emportait. Il avait ainsi été préservé du vote, suite aux deux premières épreuves d’immunité individuelles. Dans la troisième épreuve, c’était Jade, la Toulousaine des anciens Batangs, qui l’avait vaincu. Les anciens rouges, menés par Patrick, qui assurait leur cohésion, avaient donc saisi l’occasion de l’éliminer lors du conseil. Le flambeau de Grégoire s’était donc éteint, pour … se rallumer un jour plus tard, quand son ancien compère, le jeune retraité Adrien, abandonnait plus ou moins volontairement. Grégoire revenait très remonté contre les autres aventuriers. Avec Laurent, le seul autre ancien Guntao restant, il cachait même du manioc qu’il avait trouvé dans la forêt. Mais, finalement, il s’apaisait et ramenait le manioc à ses camarades. Vaincu à nouveau par Jade dans le jeu d’immunité, il fut à nouveau éliminé par le vote des anciens Batangs. Laurent connut le même sort trois jours plus tard. Et, les survivants de Batang : Patrick, le chef d’entreprise, Jade la Toulousaine, Marylin l’agricultrice du Nord, Kevin le jeune Varois, et Simon, le bûcheron des Corbières se retrouvèrent seul.

 


Ce qui est intéressant dans Koh-Lanta, c’est de voir la confrontation des caractères et leurs évolutions. L’intérêt dépend beaucoup du casting de base bien sûr, mais est sans doute exacerbé par les conditions de promiscuité, de dépassement de soi, et de rivalités imposées par l’aventure. Ainsi, assis dans notre fauteuil, on peut trouver ridiculement et inutilement larmoyant les pleurs d’émotion des candidats quand ils ont le droit à des nouvelles (coup de téléphone, puis lettres) de leurs proches après trente jours de séparation. Mais, je pense qu’il y a une certaine sincérité dans ces transports de larmes et de joie, car l’aspect psychologique reste primordial dans ce genre d’aventures. Ainsi, Patrick a dit que lui aussi il trouvait ridicule les candidats pleurant dans les précédentes saisons, mais que confronté aux lettres de ses proches (en particulier de son père malade), il avait craqué comme les autres, comme Maryline la mère de quatre enfants, comme Laurent le petit rigolo, qui ne pensait peut-être pas à s’occuper de sa femme aussi souvent, comme Simon, et sa carrure de rugbyman treiziste (son visage rappelant étrangement celui du quinziste Fabien Pelous, vice-capitaine des Bleus en ce moment à l’honneur avec la Coupe du Monde de rugby), craquant pour la photo de sa fille de six mois.

Koh-Lanta révèle aussi les instincts plus ou moins bas, plus ou moins calculateurs, plus ou moins pleurnicheurs de chacun. Chaque casting de Koh-Lanta comporte une ou plusieurs personnes plus ou moins manipulatrices. Là, alors qu’on jouait encore en équipe, et que les Guntaos devaient éliminer un des leurs (pour la dernière fois avant la réunification), Adrien s’était essayé à provoquer un vote stratégique. Il s’était adressé aux filles de son équipe, Chloé et Philomène, pour leur dire qu’elles pouvaient sauver leurs peaux toutes les deux en votant comme lui contre un garçon : de mémoire Grégoire car il était le plus fort. Mais, elles n’avaient pas été convaincues, et finalement cela avait été comme prévu entre les garçons, celle qui était présumée la moins forte, Chloé, qui avait été éliminée. Celui qui avait été le meilleur stratège pendant une partie du jeu, était sans doute Patrick, qui avait pris la direction de son équipe Batang, était parvenu à influencer l’autre ambassadeur Laurent pour ne pas le faire voter un rouge, et avait ensuite maintenu la pression sur ses troupes pour que les jaunes soient tous éliminés. Mais, on était loin encore de grands manipulateurs des saisons précédentes : j’ai notamment souvenir d’un Nicolas barbu dans la seconde ou troisième saison, qui était parvenu jusqu’à la finale.

Patrick, lui, échoua. En effet, quand les anciens rouges se retrouvèrent à cinq, ils savaient qu’il faudrait encore éliminer l’un d’entre eux par vote. Il restait encore un jeu d’immunité, et avant cela un jeu de confort. C’est là que tout se noua. Il s’agissait de tir à l’arc. Celui qui en avait le plus pratiqué dans sa vie était Patrick. Il enseigna un peu la manière de tenir la flèche et de bander son arc aux des plus jeunes, Kevin et Jade, que la voix off nommait parfois « ses poulains ». Patrick s’occupa moins de Simon, qui semblait se débrouiller, et de Maryline, qui semblait maladroit. Et, pourtant, lors de la première manche de l’épreuve, à la surprise générale, malgré ou à cause d’un retard au coup d’envoi, ce fut Maryline qui approcha le plus la cible. Et, là où le jeu est cruel, c’est qu’il doit y avoir un éliminé à chaque manche, mais que ce n’est pas le plus loin de la cible qui est éjecté, mais celui que désigne le plus près de la cible. Maryline choisit de casser la flèche de Patrick, qui n’eut donc pas l’occasion de briller à ce jeu qu’il attendait. Simon cassa la flèche de Jade, Kevin celle de Maryline, et les deux hommes se retrouvèrent face à face. Le benjamin du jeu, Kevin, l’emporta et eut le droit au vol d’hélicoptère au-dessus des lagons bleus des Philippines et à une rencontre avec les pêcheurs d’huîtres à perles. Pendant ce temps-là, Maryline s’expliquait avec un Patrick aigri. Alors que Maryline disait qu’elle aimerait bien gagner une épreuve, Patrick la blessa en lui répliquant ironiquement "t’inquiètes pas ! t’en gagneras jamais de toute façon !" devant Jade et Simon. Celui-ci essaya de calmer la situation en disant que ce n’était qu’un jeu, et qu’il ne fallait pas être mauvais perdant. Mais, quelque chose était cassé entre Maryline et Patrick. Celui-ci fit un jour plus tard ses excuses à l’agriculture, voyant que son comportement n’était pas passé au sein de ses camarades.

Alors qu’on ne donnait pas cher de ses chances sur une épreuve d’équilibre, comme celle qu’était la dernière épreuve d’immunité, Simon le costaud l’emportait, et se qualifiait donc automatiquement pour les épreuves finales. Il ne pouvait être inquiété au conseil. C’était Maryline et Patrick qui semblaient les plus menacés. Patrick et son fidèle Kevin votèrent contre Maryline, Simon et celle-ci votant contre Patrick. Comme souvent dans Koh-Lanta, Denis Brogniart faisait un point intermédiaire : égalité : avant de dépouiller le dernier bulletin qui portait le nom de…Kevin. On se retrouvait dans une situation, qui, aussi surprenant que cela pouvait être, était inédite dans Koh-Lanta, il y avait égalité lors d’un vote. Mais, bon, il fallait un éliminé et Denis Brogniart invita les naufragés à revoter, mais cette fois-ci en ne choisissant que parmi Patrick ou Maryline. Jade, en pleurs, devait choisir entre son mentor et chef d’équipe Patrick et la femme qui ne voulait pas renoncer, Maryline. Elle vota finalement pour Patrick pour laisser l’occasion à Maryline de prouver qu’elle aussi pouvait gagner un jeu. Patrick quitta le jeu, un peu désabusé, disant que malheureusement dans ce vote on n’avait retenu  de lui que cinq petites minutes d’emportement sans lui être reconnaissant du reste du parcours. Même si Patrick était sans doute celui que je préférais le moins des cinq, peut-être à cause de son rôle de stratège, manipulateur notamment lors de l’entrevue des ambassadeurs, et parfois cassant quand il parlait des autres candidats devant les caméras, on ne peut lui donner tout à fait tort. Combien de personnes publiques, exposées, souvent grâce à leurs qualités, ont longtemps payé des dérapages ponctuels ?

 

Koh-Lanta nous amène donc à explorer les rapports humains, sans doute plus purs que ceux qu’on peut trouver dans un Secret Story par exemple, loft de vacances où la vie plus paresseuse ne pousse pas les gens à dépasser le superficiel. Cela dit, il ne faut pas se leurrer, ce qui passe à Koh-Lanta, c’est un montage de morceaux choisis. Pour ménager du suspense, on rajoute une voix off, on tait certaines discussions par rapport à d’autres et on s’arrange pour que Denis Brogniart sorte les bulletins dans l’ordre qui garantit le plus longtemps l’incertitude quand à l’identité de l’éliminé. Pour raconter une histoire, on insiste plus sur certains traits des personnages. Donc, non, Koh-Lanta n’est pas la restitution exacte des affres de la vie en communauté de naufragés sur une île, ne serait-ce que parce qu’à chaque fois qu’on voit les candidats seuls sur leur plage, ils ne sont jamais vraiment seuls, puisqu’il y a un caméraman. En même temps, il faut bien dire que si Koh-Lanta est très monté, il est aussi bien monté. Certaines images sont époustouflantes, certains personnages sont attachants, le rythme est dynamique et j'aime beaucoup la musique. On pourrait dire que cela rappelle une série, dont je parlerais dans un prochain billet, et dont la saison s’est terminée sur la même chaîne un jour avant le final de Koh-Lanta - Padawan... (Pour voir si je suis encore suivi, voilà mon grand jeu-concours : celui qui me donnera en premier le nom de la série dont je veux parler avant que je ne publies le billet gagnera un cadeau...genre une carte postale de Fougères)

 

Hier, c’était donc le dernier épisode de Koh-Lanta. Cela a commencé par l’épreuve de la course d’orientation - recherche de pierre, qui a vu l’élimination de celui qu’on croyait le plus à l’aise avec la boussole et la forêt, Simon, le bûcheron. En fait, il s’agissait surtout d’avoir l’œil, et le rugbyman n’a jamais pu reconnaître son arbre à deux branches et termitière. Encore plus fastidieux, puisque ceux qui ont finalement trouvé y ont passé plus de deux heures, était la recherche de la coquille dans un rayon de quinze mètres autour de l’arbre. Kevin s’est bien énervé, Jade aussi, étant aux bords des larmes, mais les deux ont tour à tour finalement trouvé la coquille, puis, sur les indications données dessus, la pierre de la victoire. Maryline, elle, a dû laisser passer la nuit (en compagnie de Simon), pour réussir à s’orienter à partir de la coquille, et trouver la pierre pour être la dernière qualifiée pour l’ultime jeu sur l’île, la fameuse épreuve des poteaux.

Kevin, Jade et Maryline devaient tenir en équilibre debout sur un poteau le plus longtemps possible, malgré l’ennui la fatigue, l’affaiblissement (on leur avait donné des pipettes pour boire cette année), la chaleur (cette année, leur seul jour de pluie, ils l’ont eu pour la dernière épreuve). Kevin chuta au bout de trois heures. Mais Maryline et Jade tenaient, battant le record des sept saisons avec quatre heures et demie. Denis Brogniard compliqua le jeu en demandant aux deux femmes de ne plus se tenir que sur une jambe. Et, là, avec cet équilibre plus précaire, Maryline dut se rattraper sur un tube de bambou et perdit donc l’épreuve. Les deux femmes regagnèrent le bord et Jade choisit l’autre finaliste en la personne de Kevin, son complice. La finale, elle, se joue sur vote, cette fois-ci pour et pas contre, vote des derniers candidats éliminés : Maryline, Simon, Patrick, Laurent, Grégoire et Philomène, mais pas Adrien, car il avait abandonné. On s’expliqua : les votants posèrent des questions, et les deux finalistes y répondirent, parlèrent de leur aventure, et essayèrent de les convaincre de voter pour eux. Le vote fut fait, et petite innovation, l’urne fut scellée, pour éviter des fuites dans la presse sur le nom du gagnant, étant donné que le jeu est en différé. Le dépouillement, lui, est à Paris en direct. On retrouve tous les participants du jeu, rhabillés et remplumés, probablement trois ou quatre mois après qu’ils soient sortis de l’île. C’est un long laps de temps pour attendre le verdict, et à mon avis, les candidats peuvent le savoir avant, en se rencontrant les uns et les autres. Lors de l’émission, les sourires sont de circonstance, et le dépouillement sortit d’abord deux bulletins Kevin et trois bulletins Jade. Et, le dernier bulletin sortit, avec le nom de Kevin. Egalité ! Les deux candidats se partageaient le magot des cent mille euros. Quel dénouement !

Je ne me veux pas péremptoire, mais il faut bien le dire, je crois que la production a truqué le dépouillement final : comme par hasard, le dernier bulletin semblait plus écrit à l’ordinateur qu’au feutre. En plus, on avait vu parler les cinq premiers votants : Laurent et Patrick pour Kevin, Maryline, Simon et Philomène pour Jade, et le dernier votant était Grégoire, qui semblait avoir un faible pour Jade et pas spécialement d’atomes crochus avec Kevin. Dans le générique final, on le vit avec le bulletin Kevin à l’écriture bizarre dans les mains devant l’urne, mais sans entendre ce qu’il disait, et il est tout à fait possible que la production lui ait demandé de jouer dans ces images, peut-être bien après son vote, pour obtenir le dénouement qu’elle voulait.

Enfin, même si ce n’est pas trop élégant comme procédé, le résultat est finalement défendable : la production n’était sans doute pas la seule à vouloir ce dénouement, les candidats aussi à mon avis. Dans le principe, c’est bête qu’il n y en ait qu’un qui ait de l’argent et les autres rien (hors contrats annexes). Les deux finalistes étaient jeunes et cet argent était utile pour eux. Certes, selon moi Jade avait durant les quarante jours sur l’île, été la meilleure et la plus élégante : je n’oublies pas notamment le mauvais coup que lui avait fait Kevin dans l’épreuve de la course d’orientation en trouvant l’arbre que cherchait Jade, et en lui affirmant avec aplomb que c’était sa mission à lui. Mais, Kevin n’avait quand même pas démérité, et il avait semblé plus sincère et convaincant lors de la discussion finale avant l’ultime conseil.

Bref, un joli dénouement pour une belle saison d’un bon jeu de télé-réalité d’été, qui ressemble un peu au Maillon Faible, à Secret Story, mais aussi un peu à Fort Boyard et autres Piste de Xapata , Trèsor de Pago-Pago... mais reste unique : Koh-Lanta.

Par Loïc
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Mardi 30 octobre 2007

            Parlons un peu musique puisqu’elle adoucit les mœurs, dit-t-on. On se demande si c’est le cas du genre que je vais évoquer, puisque je vais parler du rap.

Style urbain né récemment, il s’est souvent nourri de la révolte de la jeunesse.

Je suis incapable de vous dire tout de ses origines, car je ne suis pas spécialiste de rap. Et, je n’en suis d’ailleurs pas forcément un grand amateur non plus. J’apprécie souvent des morceaux auxquels les puristes n’accorderaient pas vraiment le statut de rap. Ainsi, quand on n’avait demandé du côté de Mantes-la-Jolie si j’aimais bien le rap, j’avais récolté de légers rires quand j’avais cité MC Solaar.

Cet artiste à la carrière bien pleine, de nom civil Claude M’barali, a connu un succès qui dépasse le cadre du rap ; on le retrouve d’ailleurs avec les chanteurs de variété et de chanson française lors des concerts des Enfoirés. Textes finement ciselés, phrasé caractéristique, et thème du zonard et de ses potes dans son cadre banlieusard ou parisien (par exemple Bouge de là) ou dans un monde fantasmé, comme dans Nouveau western, c’est ça qui caractérise pour moi MC Solaar. J’apprécie particulièrement les chansons de son nouvel album qui passent sur nos ondes : avec un rythme rap mélangé : -à du rock dans Da Vinci Claude, où on se rend compte que « tout se mélange dans notre tête » avec la désinformation ou -à des chœurs ensoleillés et enfantins dans Clic-Clic, superbe dénonciation des armes à feu et ode à la paix.

Autres textes excellentissimes, mais là on est vraiment dans un genre à part, avec le slam, ceux de Grand Corps Malade. Très poétique.

On quitte Saint-Denis pour les beaux quartiers de Paris, avec Koxie, qui, elle file un peu moins les métaphores, mais file en scooter dans une saynète, où elle répond à des interpellations pas fines d’un garçon accompagné de sa bande. Et, si tu enlèves la cédille… Même si en certains points, le texte aurait pu être encore mieux travaillé, c’est vraiment sympathique : plutôt (im)pertinent et surtout vivant. Le clip est coloré, Koxie a un grand sourire, le gars avec qui elle s’embrouille, ressemble un peu à Sylvain Wiltord, et la petite fille apporte une touche rigolote. J’ai constaté avec amusement que trois des blogs que je lis assez régulièrement ont traité le phénomène Koxie, même si ils n’ont pas du tout le même thème général et donc la même approche : c’est chez les vingtenaires, à l’occasion d’un billet sur les chansons des filles misandres de Nina, que j’ai découvert le clip et la chanson, sur Instantanés, on inscrivait le buzz dans une perspective plus large sur le rap , et à Désirs de réaction, on a retenu l'aspect rap chic en réaction au rap de banlieue . Sur ces trois billets, on peut (ou on pouvait) voir le clip. Garçon s’est d’ailleurs fait connaître, je crois, par une diffusion Internet, comme Marly-Gomont de Kamini.

Là, aussi, on a le droit à un clip sympa, à du rap déraciné des banlieues pour cette fois-ci avoir pour cadre la campagne, et plus précisément le petit village picard de Marly-Gomont, qui est ainsi devenu célèbre. C’est là où à grandi Kamini, et cette chanson repose sur certains éléments autobiographiques. C’est assez pertinent, et nous rappelle que si en banlieue on se plaint souvent, on a aussi des territoires délaissés à la campagne. Je trouve une vraie justesse dans le passage où Kamini parle des moqueries liées à sa couleur de peau dans les cours de récréation et dit que « dans la bouche des enfants, réside souvent la vérité des parents ». En revanche, je trouve un peu attristant son enchaînement sur « j’étais le seul black » tout au long de son cursus. Je suis plutôt contre le communautarisme, et je crois que notre idéal doit être avant tout qu’un individu trouve sa place à l’école ou dans la société en général, sans avoir besoin de se référer à sa communauté ou à sa couleur de peau, et bien sûr qu’inversement les autres ne s’y réfèrent pas non plus toujours. Cela dit, n’allons pas chercher la polémique avec Marly-Gomont, là où la chanson est avant tout une tranche de vie légère. Moi, j’aime bien. Kamini a poursuivi dans sa nouvelle carrière musicale, avec toujours des beats assez artificiels, et pas exceptionnels – il faut bien le dire – et de l’humour dans les textes et dans les clips, où on retrouve autour de lui souvent les mêmes compères. Marly-Gomont reste quand même au-dessus du lot, car ses dernières chansons, dont on sent qu’il les a sortis un peu vite fait, perdent un peu en authenticité, je crois.

 

Bon, quittons un peu la marge du rap, pour rentrer autant que faire ce peu dans le cœur de ce style de musique. C’est sûrement outre Atlantique que s’est développé le plus ce genre, mais je connais assez peu le rap US. Ce qui se vend le mieux arrive bien sûr en France, et j’ai forcément entendu du Will Smith ou du Eminem. Ce dernier, aussi appelé Slim Shady, mérite vraiment d’être distingué, je crois. Il a un vrai travail sur le débit de scansion de ses textes. La plupart des grands rappeurs américains ont des origines afro-américaines, ils portent souvent des pseudos, et le cinéma a fait les yeux doux à certains d’entre eux : Ludicrous, Ice Cube, 50 Cent. Le style compte beaucoup. Et, c’est sans doute des Etats-Unis que vient la mode bling-bling comme on dit : chaînes en or et autres bagouzes, couvre-chefs spéciaux, fourrures, vêtements de marque. C’est très ostentatoire, et cela marque vraiment le rapport étroit qui existe entre l’argent et un certain rap. C’est du business. Et, cela s’exporte bien à l’international, où le rap se confond un peu avec d’autres genres de musique. D’ailleurs, si quelqu’un veut se dévouer pour me donner les définitions comparatives de  rap, r’n B et hip-hop, ce serait vraiment bienvenu.

 

En France, le rap bling-bling s’est aussi bien implanté. Parfois, ça fait se poser des questions, quand on voit le matérialisme de ces chanteurs et de leur public, fashion-victims, et l’uniformisation des styles qui en découle. Ce côté commercial cohabite parfois avec l’aspect rebelle. Le rap serait à l’origine un cri de révolte de nos cités. Je ne nie pas que certains textes soient percutants, mais à la longue, cela manque souvent d’imagination dans le choix des indignations. Et, c’est comme ça que les textes perdent peu à peu de l’âme, qu’il s’agisse de nouveaux chanteurs, tels Faf Larage, ou de l’évolution de stars confirmées, comme Doc Gynéco, Kool Shen ou Joey Starr. L’audibilité des chansons n’est cependant pas forcément affectée par ce glissement. Faire quelque chose de plus commercial, c’est aussi se rendre accessible au plus grand nombre Cela dépend des goûts de chacun. Et, il faut noter que ce phénomène de tarissement de l’imagination ne s’observe pas qu’en rap, mais aussi dans beaucoup d’autres styles de musique, surtout ceux qui reposent sur la force du texte.

Niveau rap sans concessions, peut-être pur et certainement dur, je connais le groupe Sniper : ils chantent par exemple Brûle, chanson de révolte avec tous les côtés excessifs que cela comporte. La chanson la France II : itinéraire d’une polémique avait une certaine beauté, avec sa voix féminine pour le refrain, et son texte façon interview, pour rétablir la vérité. Cela m’a donné envie d’en savoir un peu plus sur cette affaire, où le groupe avait été amené au procès pour incitation à la haine. J’ai cherché le texte de la chanson en cause (au passage, je crois que d’autres textes ont aussi eu des problèmes) : la France donc. Je vous laisse juger. L’ensemble du texte est assez dur, c’est clair, mais juridiquement, je ne sais pas si cela mérite interdiction. Ce qui me fait le plus tiquer, c’est la fin ; l’appel à la résistance-révolte est limite violent, et surtout n’associe que deux communautés : « négros et bougnoules, on est tous solidaires ». Cela acte de fait que les problèmes des cités dénoncés ici seraient une affaire ethnique, et ça sent l’appel à la haine raciale. Ca peut sans doute être compris autrement, mais nul doute qu’une frange extrémiste du public s’est trouvée vraiment confortée par ce texte. Et, s’il a pu y avoir une instrumentation de la polémique suscitée par l’extrême droite ensuite, cela n’aurait pas été mal que Sniper fasse spontanément amende honorable, et reconnaisse clairement que si la France  était sincèrement un appel au secours, ça ait pu être pris pour un appel au meurtre. Selon moi, rappeler un message de paix n’est pas incompatible avec l’expression de la révolte.

J’ai l’impression que certains rappeurs oublient trop souvent la nécessité de l’ouverture, et le rap est très lié à un certain milieu : les banlieues à la population jeune et métissée. Il existe quelques particularismes locaux, par exemple avec le rap marseillais. Ce dernier ne m’a jamais vraiment emballé. Derrière sa truculence, je trouve beaucoup de vide.

 

 

Dans les particularismes qui ne révolutionnent pas le style, je citerais aussi Diam’s, la rappeuse féminine qui en montre aux hommes, se veut une réponse aux machos. Mais, si elle apporte une vision de fille dans un univers masculin, où on voit souvent la femme objet dans les clips, on est quand même bien loin du féminisme. C’est très premier degré : jalousie, agressivité face aux connards d’hommes et aux salopes qui les aguichent, et quand même recherche du prince charmant. Bref, c’est tout à fait calibré pour plaire aux jeunes filles, notamment de banlieue, et ça ne remet pas vraiment en cause l’ordre du monde. En ce qui concerne l’ordre politique, Diam’s dénonce aussi, mais c’est à nouveau avec des poncifs du genre : Sarko et la police, ce sont des méchants, Marine le Pen, elle craint. Elle a aussi commis une chanson sur la France,  Ma France à moi, qui, si elle n’atteint pas les bornes comme la chanson de Sniper, entretient l’opposition entre deux Frances. Bref, Diam’s, c’est le rap qui marche : il y a ce qu’il faut de révolte pour plaire à un public jeune, et ça reste commercial. Personnellement, j’aime bien écouter parfois ce produit, mais sans plus.

 

           Ainsi, dans notre monde médiatique, on ne peut pas vraiment échappe au rap et à ses dérivés. Mais, chacun peut trouver son compte dans la diversité de ce qui est proposé
Par Loïc
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