Didier Van Cauwelaert est un auteur français actuel, que j’avais découvert à travers L’Evangile de Jimmy.
Attirances, qui, comme son nom l’indique parle d’attirances, est un livre de 400 pages environ regroupant trois histoires, toutes un peu troubles, mais surtout troublantes.
Dans la première, on a Alexis Kern, écrivain, qui atteint le cercle suprême, puisqu’il est Académicien, dont la carrière semble derrière lui. Il fait la connaissance à un salon du livre de Mathilde Renois, une jeune universitaire qui écrit un mémoire sur lui. Alexis Kern est évidemment flatté, mais, alors que l’inspiration ne lui est pas venue depuis longtemps, cela lui donne l’occasion de réfléchir sur sa carrière littéraire, et sur certaines morts qui l’ont fait avancer, d’autant plus que Mathilde, qui semble le connaître jusque dans les tréfonds de son âme, lui suggère d’écrire sur sa mère. Celle-ci, pleine de souvenirs de sa vie, dont particulièrement sa jeunesse lors de la Seconde Guerre Mondiale, se morfond en maison de retraite, et pourrait être tentée de mourir d’un instant à l’autre. Apparaît aussi le personnage de Nadège, la fille d’Alexis Kern.
On se remet à peine de l’impression bizarre que nous laisse la touche finale de l’œuvre d’Alexis Kern, qu’arrive une seconde histoire, avec une juge, Delphine Kern (cousine du personnage précédent), qui fait appel à une jeune fille médium, Charlie, pour essayer d’élucider deux disparitions étranges de jeunes femmes. La juge dispose déjà d’un accusé en la personne de l’artiste Jef Elias, qui s’est livré à la police avec des aveux non circonstanciés, et a représenté les deux disparues par des peintures sur plaque. Son œuvre est ainsi reconnue, ses tableaux de couleurs sur supports métalliques s’arrachant à de hauts prix en vente aux enchères. Parce qu’il a peint des scènes sur les murs de la maison d’arrêt dans laquelle on l’a mis, il reste le dernier prisonnier de cette prison qui tombe en ruines, surveillé par un gardien, qui le tient en admiration. Sous son charme, tombent aussi un grand nombre de personnes, la juge n’étant pas la dernière à être troublée. Mais, l’esprit cartésien de Delphine veut comprendre, alors que même les talents de médium de Charlie sont mis à rude épreuve : elle ne sent rien, elle ne sent pas la présence ou la mort qui réclame réparation des jeunes filles, dans les plaques. Cette affaire de l’artiste Jef Elias trouvera une conclusion des plus extraordinaires.
A priori, tout est très ordinaire, en revanche, dans la vie d’un homme metteur en scène de théâtre déçu, ayant échoué finalement dans le pressing de son père, repris par sa femme Cristina. Et, il ne se sent visiblement pas à sa place dans cette vie bien réglée et il va se mettre en quête d’autre chose. Cette échappée de la banalité se fera par les vacances. Pour une fois, alors que d’habitude, Cristina d’occupe de tout et opte pour des lieux courus mais au final plutôt décevants, il va prendre en main le choix du lieu du séjour. Dans une agence de voyages, dont la description est déjà singulière, il va se décider pour la location d’un bout de terrain, dans une région reculée et pas très pittoresque – après tout, puisqu’on est déçu parfois après un voyage dans un lieu réputé, dont on attend monts et merveilles, peut-être sera-t-il surpris par cet endroit à priori morose. Cependant, bien que la place soit inattractive au possible, une chose a exercé une attirance indéniable sur lui : les photos d’une maison voisine, à l’architecture bien peu homogène, mais qui pourtant fait de l’effet à. En outre, son esprit croit avoir deviné sur une photo une ombre, qu’il imagine féminine à une fenêtre. Ainsi, quand arrivent les quinze jours de relâche de la teinturerie, emmène sa petite famille, Cristina et leurs enfants Jean-Paul et Stéphanie sur les routes de France. Au désappointement de ceux-ci, leur chemin finit à proximité d’un terrain militaire, non loin d’un village bien inconnu, et avec une mer assez grise à l’horizon. La famille va finalement prendre son parti du chef de famille défaillant : les enfants, avec leur moto, vont quand même trouver à s’amuser, Cristina, la plus critique, va aller bronzer sur la plage, et laisser peu à peu son mari à sa folie. Celui-ci inspecte progressivement et respectueusement la maison, tombant sous le charme de la Villa Marine. Il – et le lecteur avec lui – y découvriront les secrets les plus étranges…
Oui, ces histoires sont très bizarres, et les liens qu’elles entretiennent entre elles (à travers notamment le final de la légende de la Villa Marine) apportent encore à l’étrangeté. En tant que lecteur, on est forcément un peu déconcerté, par ce roman qui frôle le fantastique, qui nous perd entre réel et imaginaire. Après tout, c’est peut-être le propre des attirances qu’on éprouve, de contenir une part d’irrationnel, d’inexplicable. Les personnages principaux des histoires échappent de plus en plus à la logique, mais n’y échappe-t-on pas parfois un peu quand on est ‘fou d’amour’ ?
Bref, un livre intéressant. Pour tout dire, j’ai préféré l’Evangile de Jimmy (ou comment un réparateur de piscines du fin fond de l’Amérique apprend qu’il serait le clone de Jésus et réagit à cette nouvelle identité, et comment chacun y projette sa vision du Christ). Attirances est peut-être plus à la marge, alors que L’évangile de Jimmy sonde l’humanité. Reste qu’on reconnaît un style propre à l’écrivain. Ses phrases sont plutôt claires et simples, et pourtant on peut parfois se sentir perdu dans son roman. En fait, on cherche toujours à mieux saisir ses personnages dans leur identité et leur évolution. Une quête de sens.
En tout cas, le gars Didier Van Cauwalaert a du talent.