Concours

Vendredi 18 juillet 2008

             Nos sociétés sont parcourues de nombreuses tensions, qui conduisent à des montées de violence. C’est le travail de la justice de mettre de l’ordre dans cela en punissant dans la mesure du possible les délits. Racisme, antisémitisme et homophobie appartiennent au vocabulaire des jugements.

Le racisme est-t-il réellement une circonstance aggravante d’un crime ? Je pense que tuer quelqu’un à cause de sa couleur de peau, son sexe, sa religion, sa taille, ça peut tout simplement être classé comme crime gratuit, c'est-à-dire des crimes sans circonstances atténuantes, ni même explications, encore moins défendables donc en général que les meurtres passionnels, comme l’assassinat de Laroche par Jean-Marie Villemin ou même que les crimes crapuleux, du genre de ceux d’Alfredo Stranieri ( j’ai vu récemment un « faites entrez l’accusé » consacré à ce « voleur de vies » ). Après, au-delà du mobile de l’acte, je ne parlerai pas des autres circonstances que les jurys doivent examiner : de sang froid ou pas, volontaire ou pas, de légitime défense ou pas. Je rappelle en tout cas qu'au-delà même de toutes considérations religieuses (je ne vous ai toujours pas fait l’article sur la religion promis), le commandement « tu ne tueras point » reste pour moi un fondamental.

D’ailleurs, mon propos n’est pas de parler forcément des cas de morts d’homme, mais de l’ensemble des inculpations et jugements où le racisme est invoqué pour qualifier des faits.

            Ainsi, lors des événements malheureux des buttes Chaumont, où un jeune Juif Rudy a été récupéré dans le coma après avoir été molesté par une bande ethnique, on a d’abord retenu le qualificatif « coups et blessures en bande pouvant entraîner la mort, aggravé par antisémitisme ». L’enquête a montré que ce qui est arrivé résultait plutôt d’un énième affrontement entre bandes rivales, qui s’opposent pour des raisons de territoire et surtout d’appartenance à une communauté : juive, noire,.... On pourrait donc plutôt parler de coups et blessures en bandes communautaires ayant pu conduire à la mort. Quoi qu’il en soit, cela mérité d’être jugé et surtout combattu, car dans ce genre de situations pourries, il sera impossible de savoir qui a commencé. La vraie question étant donc de savoir comment on peut juguler puis interrompre ces haines et ces agissements

            On se félicitait encore récemment que les affrontements de bande en banlieue, qui avaient fait l’actualité en débordant sur Paris, n’opposent pas des groupes ethniques, mais des jeunes qui se rassemblaient selon leur quartier. Pas que cela soit beaucoup plus intelligent de se taper dessus parce que l’un est de Sarcelles et l’autre du Blanc Mesnil, mais au moins le risque est circonscrit territorialement. Il ne peut y avoir identification d’autres protagonistes. Et, c’est un peu moins difficile de changer de domicile que de couleur de peau. Cependant, et les événements des buttes Chaumont le prouvent, la dérive communautariste, comme aux Etats-Unis est à craindre.

            En effet, si je disais que à mon sens racisme=absence de raison pour un acte délictuel, il n’en reste pas moins que ce qui touche à la stigmatisation d’une communauté est condamnable. Ce qui est effectivement peut-être un délit spécifique, c’est l’incitation à la haine raciale : puisqu’il s’agit en jetant de l’huile sur le feu ou en allumant soi-même un brasier, d’ouvrir la brèche aux événements les plus graves. C’est un acte politique qu’on doit combattre, y compris par les moyens de la justice. Quand le Ku Klux Klan dit qu’il faut brûler les noirs, quand on peint des « Juden » sur les devantures des magazins tenus par les Juifs, quand le président Zimbabwéen traite les fermiers blancs de citoyens de seconde zone qu'il faut exproprier, quand on dit « tous les bougnoules sont des sales voleurs », quand on émet des cris de singe dans un stade dés qu' joueur noir touche la balle, il faut savoir sévir pour circonscrire l’incendie de la haine et de la bêtise. Je me méfie pas mal du politiquement correct, et ce serait ridicule de condamner des gens dès qu’ils disent un mot de travers, même quand celui-ci est monté en épingle dans les médias. Néanmoins, je crois que pouvoir considérer l’injure publique à caractère racial comme un délit est salutaire, car ça permet d’adresser des cartons jaunes à des gens qui dérivent sur une mauvaise pente. L’important étant d’obtenir du contrevenant des excuses sincères.

 

            PostScriptum : L’alliance entre les trois extrêmismes :

            En parlant de déclarations à la limite du politique correct, l’actualité récente rappelle à notre souvenir Dieudonné. J’aime plutôt bien son humour, mais il faut reconnaître que l’homme file un mauvais coton Si « IsraHeil » est un jeu de mots qui peut me faire rire, quand il tient ses propos sur la pornographie mémorielle, on peut dire qu’il dérape, car là, il n y a plus d’humour. Je crois qu’on peut rire de tout, mais il faut savoir éviter de se prendre au sérieux. Or, les dérapages de Dieudonné, à force de s’accumuler, ressemblent moins à une liberté de ton qu’à une politique intentionnelle : on se met à la limite du répréhensible, pour tester les autorités, on fait monter un climat délétère, et on se regroupe entre victimes du complot Juif.

          L’actualité qui fait jaser, c’est donc le baptême du quatrième enfant de Dieudonné par le prêtre traditionnaliste Philippe Laguérie avec pour parrain Jean-Marie le Pen. En passant, je vais donc évoquer ce sujet, qui n’était pas prévu quand j’ai commencé à rédiger ce billet.

             Au-delà des affinités personnelles qui ont pu se créer entre les trois hommes, qui étaient pourtant très éloignés il y a 5 ans, cet acte a une valeur symbolique. Il marque l’alliance entre différents extrémismes :

          -L’extrémisme tiers-mondiste antisioniste qui dérive vers l’antisémitisme : celui qu’on qualifie parfois de « rouge brun ». Sous couvert de défense de la cause palestinienne, certains vont plus loin dans la haine du Juif, remettant au goût du jour tous les stéréotypes de l’antisémitisme. On peut parler des diatribes véhémentes de la porte-parole des Indigènes de la République, des positions du philosophe Alain Soral, et des dérapages de Dieudonné

     -L’extrémisme ultracatholique : puritain, pourfendeur des comportements immoraux, conservateur et réactionnaire en ce qui concerne les mœurs, et fermé aux autres cultures, religions et athéismes.

           -L’extrémisme poujadiste, populiste, plus attrape-tout, qui consiste à se saisir de sujets chauds d’actualité, comme l’immigration pour montrer du doigt des bouc-émissaires et faire de la démagogie. Cela a été la ligne principale du Front National. Même si le mouvement était aussi composé de certains idéologues proches des ultras catholiques, même si Jean-Marie le Pen avait sans doute lui-même quelques convictions traditionnalistes profondes, il suivait l’air du temps sur une ligne racisme France profonde. Et, sa fille, Marine le Pen, pas opposée à l’avortement, va encore plus loin dans l’abandon de l’idéologie sur ce sillon populiste

 

            Ce qui rapproche ces trois extrémismes qui ont pu et peuvent encore s’opposer, c’est finalement l’antisémitisme. Bref, il s’agit d’une alliance qui se construit sur la haine, mais je ne crois pas qu’elle soit si pérenne que cela. Ce n’est pas un hasard si les trois hommes ont voulu rester un peu discrets. Pas sûr que certains amis intégristes et tiers-mondiste de Dieudonné goûtent beaucoup cette affichage catholique, cette religion considérée comme un outil de domination de l’Occident sur le Tiers-Monde. Pas sûr non plus que les bigotes de la paroisse de Saint-Eloi apprécie beaucoup ce trublion qui a fait un spectacle en l’honneur de Judas où il se moquait du Christ. Et, pas sûr qu’au Front National, on ne se lasse pas de ce baroud d’honneur dans les provocations (retour du détail de l’histoire, plaisanterie sur les Chtis joués par des acteurs d’origine arabe) de Jean-Marie Le Pen.

 

            Je voudrais terminer cet article où j’ai essayé de poser calmement les choses en ce qui concerne le racisme, en disant qu’il ne faut pas aller trop loin dans la distinction antisémitisme, islamophobie, racisme anti-français… L’ensemble ressort surtout de la bêtise, de l’intolérance qu’il faut combattre par les armes répression et prévention. On ne doit pas tant se battre contre les racistes, que contre le racisme.

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Jeudi 3 juillet 2008

          Quel événement ! Quelle bonne surprise ! Cela m’amène à bouleverser le programme de mon blog !

 

            Il faut l’avouer : je me suis toujours demandé pourquoi on parlait autant de la captivité d’Ingrid Betancourt, alors qu’il y avait des milliers d’autres drames de part le monde. Ce n’était pas forcément une figure très connue avant son enlèvement : créditée seulement de 0.5% dans les sondages à l’élection présidentielle colombienne, à laquelle on s’intéresse assez peu en France en général. Bon, elle avait la particularité d’avoir la double nationalité : franco-colombienne. Mais, d’autres ressortissants français, notamment des journalistes, ont disparu depuis quelques années à l’étranger et on en parle moins. Ingrid Betancourt bénéficie aussi des amitiés de sa famille dans des hauts cercles en France, mais probablement aussi en Colombie. L’appui de ces milieux autorisés, et l’opiniâtreté de sa famille ont permis de maintenir en alerte les médias, les autorités politique et la population. Les portraits géants d’Ingrid Bettancourt aident à ne pas oublier. En outre, et c’est un argument essentiel, les médias ont besoin de raconter des histoires (storytelling) pour intéresser les gens. Et, là, avec la captivité d’Ingrid Betancourt et l’espoir de la libérer, on avait un sujet sur lequel on pouvait développer les tenants et les aboutissants au gré des rebondissements. Et, on pouvait faire de cette personne en chair et en os un symbole du sort général des gens pris en otages aux quatre coins du monde, et des dysfonctionnements de notre planète.

 

            Bien sûr, il est de nombreux sujets plus essentiels que la libération d’Ingrid Betancourt pour la marche du monde et de l’Humanité. Par exemple, les négociations en cours à l’OMC, à propos de la régulation ou libéralisation du marché agro-alimentaire. Chacun campe sur ses petits plus, mais qui entraînent des inégalités et des déséquilibres mondiaux : les subventions agricoles en Europe, les quotas aux Etats-Unis, et l’absence ou la faiblesse de normes sociales en général dans les pays en développement. Des accords trouvés, comme d’un battement d’aile de papillon dépendront à terme des éléments aussi divers du chaos mondial que la puissance économique du Brésil, l’abandon ou non de son exploitation par un agriculteur des Deux-Sèvres, les profits de l’actionnaire de Nestlé, les conditions de vie de ce campagnard chinois qui a l’intention de migrer vers la ville pour trouver du travail, l’équilibre politique de la Côte d’Ivoire, la mort de faim ou non de cet enfant éthiopien. Mais, ces discussions de l’OMC sont arides. Et, il est plus facile de raconter et comprendre ce qui arrive à Ingrid Bettancourt. Sa libération, en compagnie de 14 autres otages, a d’ailleurs des répercussions non seulement dans les vies de ceux-ci, mais aussi sur la politique colombienne : c’est une nouvelle victoire de l’armée d’Uribe sur la milice rebelle des FARC.

 

            Et, il y a cette émotion qui parcourt la planète. J’ai l’impression qu’il n y avait pas eu un flash spécial aussi largement diffusé dans le monde depuis le 11 septembre 2001. En Colombie, au Venezuela et en France, c’est sûr, il y eut interruption des programmes sur certaines chaînes (I-téle, BFM, France 2, quelques images à France 3, pas vu sur TF1 par contre). Mais, je pense que dans d’autres pays d’Amérique Latine, d’Europe et aux Etats-Unis (trois des otages libérés sont des conseillers militaires américains, auxquels John Mac Cain, par hasard en visite en Colombie, va probablement pouvoir serrer la pince), il y eut aussi des flashs spéciaux.

 

            En tout cas, niveau story telling, on a vraiment un dénouement d’une telle beauté, qu’on le croirait scénarisé par Hollywood : une opération d’infiltration des FARC par l’armée colombienne réussie, des otages, qui espéraient toujours, mais totalement surpris et très très ravis de comprendre qu’ils venaient d’être libérés dans cette hélicoptère, et des discours superbes, notamment celui de l’héroïne à la fin, Ingrid Betancourt. Des images magnifiques avec le soleil, les sourires et les amitiés sur le tarmac de l’aéroport.

 

            Je suis tombé sur le flash spécial vers 10 heures du soir. J’ai assez vite compris ce dont il s’agissait. Ce qui était aussi fort, c’est que cela arrivait comme une surprise, puisqu’on ne parlait pas dans les jours précédents de négociations en cours, comme pour la libération de Clara Rojas six mois plus tôt. J’étais curieux de comprendre comment l’opération avait été menée : visiblement, une infiltration menée depuis un an de l’armée colombienne jusque dans le premier cercle des FARC. En profitant aussi d’une certaine désorganisation des guérilleros, après la mort coup sur coup du n°2 (Hugo Reyes, tué par l’armée colombienne) et du n°1 (Marulanda, décès naturellement sur son lit), les membres des services spéciaux colombiens ont réussi à faire croire au groupe de FARC détenant Ingrid Betancourt et ses compagnons d’infortune que le nouveau numéro 1 voulait déplacer et regrouper les otages en hélicoptère. Mais, l’appareil qui s’est posé dans le campement FARC était en fait contrôlé par ces agents infiltrés. Avec ce succès, Alvaro Uribe, le président colombien, a considérablement redoré son blason, et on se rend compte que du point de vue du nombre de leurs membres, du nombre d’enlèvements par an, les FARC sont en perte de vitesse grâce à sa politique ferme. Dans cette soirée, on eut aussi inévitablement les réactions convenues des responsables politiques et figures médiatiques du monde entier. Je n’ai vu qu’une partie du discours de Nicolas Sarkozy, mais il fut visiblement assez sobre, et bien sûr souriant, avant d’être suivi par les interventions de la fille du fils et des autres membres de la famille française d’Ingrid Bettancourt. Bref, des réactions sans surprises, mais plus justes qu’excessives.

 

 

            Le vrai moment fort de la soirée, à partir duquel je suis resté scotché comme je peux l'être devant le football , Lost ou Next ,…, c’est le direct sur l’aéroport de Bogota.

            La porte de l’avion qui s’ouvre, et une dame avec un chapeau militaire qui sort : Ingrid Betancourt. Elle étreint sa mère, son mari colombien, et divers officiels. Au début, je me demandais si en restant comme cela au pied de l’escalier de l’avion, Ingrid Betancourt ne bloquait pas la sortie des autres otages libérés. Mais, en fait, ceux-ci sortirent par une autre porte un peu plus tard. Tout était visiblement savamment orchestré. Les premières interventions devant micro furent déjà pour les otages moins connus, des militaires et policiers colombiens de faire part de leur joie et leur fierté dans l’armée de leur pays. Raimondo, un petit moustachu resté dix ans dans les mains des FARC, fut le premier à parler. Puis ses compagnons lui succèdèrent.

 

Cet otage libéré, dont le nom ressemblait a Mandaluda, arbore la photo de sa femme et son fils


 


Ingrid Betancourt remercie les militaires colombiens

            Ingrid Betancourt était visiblement entrée en communication par téléphone avec la France, et sa famille. David Pujadas fut surpris de constater que la journaliste hispanophone qui l’accompagnait en plateau, parvenait bien à lire sur les lèvres de l’ex-otage franco-colombienne : « je t’embrasse très fort », « oui ». Puis, Ingrid Bettancourt fut la dernière à prendre la parole. Il est évident qu’elle avait été briéfé avant, mais vu l’heure durant laquelle elle parla, il est impossible qu’elle ne fasse que répéter des phrases appris en trois heures. Elle était non seulement en forme, mais aussi très éloquente. Elle commença bien sûr par remercier Dieu et l’armée. Certains seront peut-être un peu gênés par le retour de l’alliance du sabre et du goupillon (avec même ensuite un passage de prière à genoux et de bénédiction par un prêtre), mais cela reste des propos sincères, qui viennent du fond du cœur. Ingrid Bettancourt adressa toute une autre série de remerciements, entrecoupant son discours de phrase en français : les efforts de Nicolas Sarkozy furent rappelés, mais elle n’oublia pas non plus de mentionner Jacques Chirac, et l’ami de la famille, Dominique de Villepin. Puis, elle commença à raconter sa journée : comment elle espérait tout le temps un peu chaque matin, et comment ses compagnons et elle furent libérés : leurs interrogations devant cet hélicoptère qui atterrit avec à son bord des humanitaires portant des plastrons avec un portrait du Che Guevara, le décollage de l’hélicoptère, le moment ou elle s’est rendu compte que le plus cruel de ses geôliers était bâillonné (et la pitié qu’elle a ressenti à son endroit malgré tout), l’annonce « nous sommes l’armée colombienne, vous êtes libres », les sauts de joie qui firent tanguer l’hélicoptère. Le chef d’état-major ou le ministre colombien dira ensuite qu’il n y eut qu’un blessé dans cette opération, dont seule l'armée israëlienne était capable avant ce jour,  et s’adressa aux FARC en disant qu’il fallait continuer à libérer les otages (ces prisonniers restants n’étant jamais oubliés dans les différents discours)

Le soleil se couche déjà à Bogota et l'interview va bientôt finir


            Ingrid Betancourt répondit ensuite à une véritable interview, avec une dizaine de questions pertinentes, certaines même un peu délicates pour elle : qu’alliez vous faire à San Vincente ? Pensez-vous toujours qu’il faut une zone démilitarisée pour les FARC ? Elle a dit qu’ele s’était souvent posé cette question en captivité, et compte-tenu des attentes de la population de San Vincente (là où elle fut capturée par les FARC), elle le ferait à nouveau. A la question sur ses intentions de se présenter un jour à nouveau aux présidentielles, elle botta en touche fort sagement, mais déclara qu’Alvaro Uribe avait fait du bon travail, et sa réélection avait empêché un flottement qui aurait permis aux FARC de reconstituer leurs forces. Elle adressa aussi un vibrant hommage à la France, terre ouverte à ses frères colombiens. Ingrid Betancourt ne sait sans doute pas la polémique actuelle entre l’Amérique Latine et l’Europe sur la directive retour pour lutter contre l’immigration clandestine en Europe.

            Il y eut aussi quelques beaux moments d’émotion durant cette interview : quand elle rencontra et étreignit le directeur de la radio colombienne, Caracol, dont l’écoute tous les matins permettait aux otages de ne pas lâcher prise mentalement et garder l’espoir. La mère d’Ingrid Betancourt lui faisait ainsi passer des messages de réconfort, et c’est ainsi aussi que l’otage savait les efforts de communication (dernièrement, afficher son portrait sur le Mont Blanc) déployés en France pour ne pas l’oublier. Grosse accolade complice aussi avec son camarade otage, infirmier militaire, qui l’avait aidé à se soigner quand elle était très malade, et avait été un appui moral indéniable. Et, puis, il y eut aussi les retrouvailles avec Clara Rojas. Et les messages de paix.

 

            Bref, comme je vous l’ai dit, c’était beau ! Et de telles images font oublier à la puissance mille les déclarations désagréables pour les autorités françaises des jours précédents du genre de celle du président polonais Kascinski quant à l’abandon du traité de Lisbonne. Vu comme elle est en forme, et douée en communication, je ne serais pas surpris qu’Ingrid Bettancourt soit présente au défilé du 14 juillet sur les Champs Elysées. En pleine lumière, elle repoussera vraiment dans l’ombre la présence d’autres invités, comme Bashir el Hassad.

 

            Voilà pour ce bel épisode.

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Samedi 10 mai 2008

         Tout le monde se construit des stéréotypes. De manière plus ou moins irrationnelle, on va honnir plus particulièrement les représentants d'un certains corps de métier. Pour certains, ce sont les professeurs. Pour d'autres, ce sont les policiers. Pour certains, ce sont les chauffeurs de taxi, pour d'autres ce sont les agents des cabinets d'audit...
       Moi, c'est avec les avocats que j'ai certains à priori négatifs.

      J'ai l'impression qu'ils ont un rapport à la vérité tout particulier. En effet, leur mission est de défendre de la manière la plus efficace possible leur client. Et, l'efficacité n'a-t-elle pas tendance à primer sur la vérité dans leurs objectifs ? Le conseil de base est souvent de plaider non coupable (ou "responsable mais pas coupable") Les plaidoiries se doivent d'être éloquentes, en revanche, l'objectivité n'y est pas nécessaire.
       Bien sûr, le principe d'un procès fait que ce n'est pas dans le discours de l'avocat que doivent se développer ensemble les arguments en faveur et en défaveur de l'accusé, mais ceux-ci doivent plutôt ressortir de l'affrontement par la parole entre les différents interlocuteurs (avocats, procureurs,...). La plaidoirie de l'avocat dépend avant tout des exigences de son client.
        Il n'en reste pas moins que les talents de bonimenteur paraissent un plus indéniable dans ce métier. La forme prime sur le fond. Les avocats sont sans nul doute des gens cultivés qui savent parler avec correction et style, mais  ces qualités sont gâchées par leur cynisme. Cynisme assez caractéristique de notre monde moderne, où on nous pousse à courir après l'argent, la vitesse et les apparences.
        Je sais qu'à la base, les avocats ont une vraie utilité sociale. Et, encore maintenant, cette fonction est nécessaire au bon fonctionnement de la société. En effet, il s'agit d'offrir de l'aide à chaque citoyen, qui - même si nul n'est censé ignorer la loi - n'est pas forcément au courant de toutes les subtilités du droit, et ainsi lui permettre de se défendre contre les plaintes de tiers, et les accusations de la justice. Juge est un métier, peut-être encore plus essentiel, mais il est vrai qu'un pays qui ne donnerait pas à ses prévenus de droit à un avocat , ouvrirait la porte aux décisions les plus arbitraires à l'encontre de certains citoyens. D'ailleurs, je pense que s'il existe des états où "le droit à un avocat" n'existe pas, ils ne se trouvent pas parmi les démocraties. Je suis toutefois sûr que certaines dictatures peuvent autoriser les avocats, sans que cela ne les empêche de se livrer à des mascarades de procès (du genre celui des infirmières bulgares en Lybie)
     Si leur rôle de conseil juridictionnel est éminemment social, les avocats ne se limitent pas à cette mission. Avocat est une profession libérale, en général. Il existe bien sûr quelques commis d'office, dont le salaire est pris en charge par l'état, mais ils ne représentent pas la majorité des avocats, et surtout il ne s'agit que d'une étape de carrière pour ceux qui aspirent à la réussite, qui s'incarne à travers la participation à un cabinet florissant. A propos des commis d'office, notons que dans le tour de vis ("rationnalisation financière") donné actuellement au Ministère de la Justice sous l'égide de la Garde des Sceaux, Rachida Dati, outre la fermeture de tribunaux locaux qui soulève un mécontentement compréhensible, il est aussi prévu une baisse de l'aide juridictionnelle, ce dont on parle moins. Je pense que c'est une mauvaise décision politique, qui risque d'accroître les injustices. Vous connaissez le refrain : "selon que vous serez puissant ou misérable"
     Ce ne sont pas les avocats qui vont empêcher la dérive vers une justice à deux vitesses, bien au contraire. Cela les arrange plutôt d'avoir des clients riches, et de pouvoir les convaincre que c'est leur éloquence, leur valeur (qui comme toute marchandise, est censée être indiquée par leur prix) qui vont faire la différence dans un procès.

 

Jacques Vergès, une star du barreau,
à qui il est souvent arrivé de plaider pour les clients les moins recommandables
Magnolia Pictures


      En outre, la judiciarisation de la société leur ouvre de nouvelles perspectives. La justice va devoir de plus en plus se substituer à l'Etat régalien pour arbitrer certaines décisions. Quand on décide de créer des droits opposables : au logement, à la garde d'enfants, j'ai l'impression que ça signifie en partie qu'on se défausse des ses missions de service public, laissant les gens porter plainte, se lancer dans des procédures chronophages et parfois coûteuses (par exemple en frais d'avocats), avant d'espérer voir leurs droits reconnus. Ensuite, effectivement, si l'Etat ou la collectivité locale s'est révélée indigne de sa mission, ils seront condamnés, et les citoyens lésès seront dédommagés. Mais, le bilan ne sera pas forcément négatif pour l'Etat, qui pourra éventuellement compter sur le découragement de certains devant la machine de la justice. Les défenseurs du droit opposable argueront - et auront raison - que cela permet aux pouvoirs publics de mieux s'adapter aux vrais besoins de la population, au lieu de définir à l'avance un plan de construction de crèches ou de logements, en en proposant plus qu'il n'en faut dans certains endroits, et surtout en en proposant moins qu'il n'en faut dans d'autres zones, et ensuite de s'en laver les mains. Certes !

         De même, on dira que les class action à la française vont permettre aux consommateurs de mieux se défendre contre les abus des grandes entreprises commerciales. Néanmoins, c'est quand même malheureux d'en arriver à devoir régler tous les problèmes de la société par des procès. Cette évolution, que je qualifie de dérive, est sans doute encore plus avancée aux Etats-Unis, un pays où j'ai l'impression que les avocats sont rois. On en arrive à des situations un peu ridicules : avec l'exemple des procès intentés par des personnes obèse à l'encontre de Mac Donald's. Il est bon de rappeler que chacun est responsable de ce qu'il mange, et personne n'est obligé de se gaver de Big Mac pendant des années. Je n'ai aucune sympathie pour les marchands de fast-food, mais je trouverais plus sain qu'on légifère en amont, en luttant contre le marketing agressif de ces compagnies, et contre leur obsession de minimiser leurs coûts et maximiser leurs profits au mépris de la qualité élémentaire de leurs produits. Qu'on puisse intenter des procès pour publicité mensongère, pour fausse information sur la composition d'un produit, pour atteinte à la santé publique, qu'il s'agisse d'agro-alimentaire, de biens cosmétiques ou de tabac (exemple du film "Révélations" de Michael Mann, où le héros est un avocat, joué par Al Pacino, qui parvient à faire condamner une firme de cigarettes), c'est salutaire. Mais, alors que nos sociétés deviennent de plus en plus procédurières, ce ne sont pas forcément les world company, qui peuvent se réfugier derrière une armée d'avocats, qui en pâtiront le plus. On se retrouve avec des professeurs, qui n'osent plus organiser de sortie avec leurs élèves, de peur d'être condamnés comme de vulgaires criminels, quand arrivent des catastrophes. Oui, quand des gens meurent, il y a souvent des responsabilités qu'il est bon de démêler, mais chercher à tout prix un coupable à qui faire payer le préjudice subi, c'est oublier que les coups durs feront toujours partie de la vie, qui est éminemment injuste. Les discours actuels qui veulent tout rapporter à la souffrance de la victime pour juger, sont une vision biaisée de la justice, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire. 

       Ce que permet parfois d'obtenir une armée d'avocats grassement payés, donc accessibles seulement aux plus puissants, donc, ce sont les annulations de procès pour vice de procédure. Dommage parfois que dans ce cas, le fond de puisse être jugé. Mais, nous sommes un pays de droit.

      Dans notre société, les inégalités de départ ne se marquent pas seulement par un écart d'argent disponible à la base, mais par un écart fondamental d'accès à l'information, et comme tout s'achète... Un bon avocat, qui connaît toutes les subtilités de la loi, voire plus, coûtera plus cher, mais pourra sauver la mise de quelques gros bonnets. Quand Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale, et maire de Meaux, se fait avocat d'affaires, ne peut-t-il y avoir conflit d'intérêts parfois.

       J'ai l'impression qu'on voit de plus en plus d'hommes politiques dont le second métier est avocat. A commencer bien sûr par Nicolas Sarkozy, le roi de la rhétorique. Mais, il y en a de nombreux autres, dont je vais citer quelques exemples. A droite, on a Patrick Devedjian, qui, derrière son ton doucereux, n'hésite pas à défendre des lois dures, injustes, ou inefficaces, en les faisant passer pour des actes courageux. A gauche, on a par exemple, Arnaud Montebourg, avec sa tendance à l'emphase éxagérée. Mais, n'est pas Robert Badinter qui veut. Je n'aime guère ni Noël Mamère, ni les avocats. Ca tombe bien : le maire de Bégles s'apprête à devenir avocat. Bon, cessons d'être mauvaise langue. Après tout, j'aime bien Corinne Lepage, qui, elle aussi, est avocate. Disons en toute subjectivité que, d'une manière générale, je serais tenté de penser qu'un homme politique professeur sera plus pédagogue et moins manipulateur qu'un homme politique avocat.

       Ce texte est volontairement un peu orienté, mais il s'agissait de livrer des impressions subjectives, sans avoir peur d'émettre des à-prioris. Le débat est bien ouvert: si vous avez des avis positifs, négatifs sur les avocats, des mauvaises, des bonnes expériences avec eux, si vous êtes avocat vous-même, n'hésitez pas à laisser des commentaires.

          Et, puis, pour finir en disant autre chose : j'aime bien les avocats surtout en guacamole.


 


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Dimanche 27 avril 2008

            En cette fin du mois d’avril, un petit billet politique, pour faire le bilan de ce que sont devenus les candidats à l’élection présidentielle depuis un an. Un an déjà de politique depuis des billets comme par exemple celui-ci parlant du premier tour des présidentielles (où on se rend compte que l'ouverture à la Sarkozy a bien changé le rôle de certains acteurs)

 

Gérard Schivardi a semble-t-il été réélu Maire de Maillhac dans l’Aude. Aura-t-il à nouveau l’occasion de se lancer nationalement en pourfendant entre autres le mini-traité avec le Parti des Travailleurs, comme le candidat de maires ?


      Frédéric Nihous avait déjà assuré le relais de Jean de Saint Josse pour la candidature à la présidentielle de Chasse Pêche Nature et Traditions. Il lui a maintenant succédé à la tête du parti chantre d’une certaine ruralité.


            José Bové n’a pas convaincu en candidat à la présidentielle, mais le militant altermondialiste sait toujours faire de l’agitation médiatique. Ainsi, par un début de grève de la faim, il s’est immiscé dans le débat sur l’interdiction de la culture en plein champ maïs transgénique de MONSANTO. Aucun OGM, jusqu’à nouvel ordre, ne sera donc expérimenté hors laboratoire en France. Il est évident que José Bové n’a eu qu’un rôle minime dans l’arbitrage final du gouvernement et du parlement, pour lequel les rapports d’expertise ont été les bases principales, mais les médias en ont parlé. Je ne sais pas si c’est à cette occasion que José Bové a serré la main de la Secrétaire d’Etat à l’Environnement, Nathalie Kosciusko-Morizet, mais en tout cas, cette image est venue s’ajouter aux griefs des députés à l’encontre de la jeune ministre : polémique qui a éclaté dans le récent débat sur les OGM. Pour en revenir à José Bové, je me demande s’il a finalement purgé la peine de prison qui planait au-dessus de sa moustache.


          Arlette Laguiller a fait sa dernière campagne présidentielle pour Lutte Ouvrière, et elle va peu à peu céder la main à une autre représentante plus jeune de ce mouvement trostskyste semi-secret. Ce fut quand même Arlette Laguiller qui les médias interrogèrent sur la stratégie de Lutte Ouvrière pour les municipales, où parfois des alliances avec le parti Communiste voire le Parti Socialiste était tissées. Lutte Ouvrière n’a pas l’intention d’aider à l’émergence d’une grande force d’extrême-gauche autour de la Ligue Communiste Révolutionnaire, le parti trotskyste rival.


            Dominique Voynet a été élue maire de Montreuil dans une élection serrée, où elle était opposée au maire sortant Brard, apparenté communiste, et à plusieurs listes de droite. Au second tour, les deux listes de gauche se retrouvaient seules face à face. Brard était en tête au premier tour, mais Dominique Voynet réussit à obtenir un meilleur report de voix, ce qui a fait dire au sortant battu, un peu aigri, qu’elle avait été élue avec les voix de droite. En tout cas, l’ancienne anesthésiste, sera le seul maire Vert d’une grande ville de plus de 100000 habitants. Elle est aussi sénatrice de Seine-Saint-Denis, ce qui pose un vrai problème de cumul de mandats. Pas vis-à-vis de la loi, qui est assez permissive, mais vis-à-vis des statuts du parti écologiste. Dominique Voynet ne devrait pas normalement cumuler les deux postes. Mais, si elle renonce à son siège au Sénat, elle laisse sa place à un suppléant non Vert, et elle pense que cela affaiblirait son parti, qui souffre d’une faible représentation. Moi qui ne suis pas en faveur du cumul des mandats , je comprends ces arguments, mais, malgré toute ma sympathie pour Dominique Voynet, ça ne peut totalement me convaincre. On touche à nouveau à la question : « est-ce que ce sont les électeurs qui demandent des têtes d’affiche ou est-ce que ce sont les têtes d’affiches qui s’imposent aux électeurs ? »


            Marie-Georges Buffet, elle, est toujours secrétaire du Parti Communiste, qui sans plonger comme il l’a fait nationalement, continue à s’éroder localement. Entre les réformateurs et les gardiens du temple, rien ne garantit que Marie-Georges Buffet conserve sa place encore des années.


            Philippe de Villiers est retourné à sa Vendée, à ses alliances locales avec l’UMP, et à sa domination du département avec le MPF. Je crois qu’on a même entendu son nom parmi les nombreuses rumeurs d’entrée au gouvernement.


            Olivier Besancenot, suite à son bon score aux présidentielles, avec sa présence sur le front social lors des grèves, son projet de construire au-delà de la LCR une grande force de gauche, le relatif bon score de ses listes aux municipales (10% en certains endroits, mais aucune volonté de participer réellement aux alliances municipales), reste la figure médiatique de proue de l’extrême-gauche.


      Jean-Marie Le Pen, lui, voudrait bien rester la figure de proue de l’extrême-droite, malgré la perte de son Paquebot, le QG de Saint-Cloud qu’il a été obligé de vendre pour éponger les dettes de campagne du parti. Ces difficultés financières ont aussi conduit le Front National, à faire une « campagne de pauvre », aux dires du vieux leader. Les voix reprises par la droite traditionnelle suite aux effets de manche de Nicolas Sarkozy et ses amis, ne semblent pas revenir au FN, même si Jean-Marie le Pen dénonce le « prestidigitateur » Nicolas Sarkozy. Quant à sa dernière saillie dans la presse (hebdomadaire Bretons), elles ramènent au côté le plus sombre du personnage : retour du négationnisme autour des « chambres à gaz détail de l’histoire ». Visiblement bientôt frappé par la limite d’âge, ce ne serait pas surprenant que Le Pen cède de plus en plus les rênes de son parti, en particulier à sa fille, Marine.


            François Bayrou, le troisième homme de la présidentielle, n’arrive pas à traduire la dynamique orange d’il y a un an en un mouvement à la fois cohérent et fort. Les élections législatives, puis les élections municipales, ont été autant de test de la viabilité de la stratégie d’autonomie. Un a un, les bédouins qui l’accompagnaient, filent vers des alliances ou des votes plus productifs. Si derrière les déclarations où ceux qui le quittent disent vouloir prendre leur part dans l’action au service du pays, ou estiment qu’il faut faire des choix plus clairs, il y a un peu d’opportunisme, ce ne sont pas non plus forcément les meilleurs qui restent au côté de François Bayrou. N’ayant pas réussi son pari aux municipales de Pau, le Béarnais doit relever le défi délicat et majeur de construire une identité cohérente à son parti du Centre. La question du projet devrait être à l’agenda des débats à venir au MODEM. Bon courage !

 

            Du point de vue de la vision pour la France, Ségolène Royal n’est pas forcément incompatible avec François Bayrou. Mais, c’est assez improbable que ces deux-là s’allient, compte-tenu de leurs egos personnels, éléments incontournables dans notre système d’élections présidentielle. Ségolène Royal, elle, s’est lancée dans la conquête du Parti Socialiste. Son engagement dans la bataille du futur congrès a souvent du être différé. Mais, il faut dire que, si elle est auréolée de son image de candidate (avec notamment son discours au balcon, à la fois positif et paradoxal : « vers d’autres victoires ») chez les sympathisants socialistes, elle partage les militants et doit faire face à une certaine méfiance des instances de son parti. Ces dernières contrôlent le choix de calendrier de la rénovation du Parti Socialiste, devant associer nouvelle direction, nouveau projet, et nouvelle ambition. Toute la question est de savoir si le futur Premier Secrétaire du Parti Socialiste doit être un grand leader (auquel cas, Ségolène Royal, mais aussi d’autres concurrents, notamment Bertrand Delanoë, se doivent de postuler) candidat à la présidentielle en puissance, faisant émerger le projet du parti en symbiose avec son programme présidentiel, ou un animateur de travail collectif pour construire un projet à la fois solide et consensuel, avant de désigner le candidat à la présidentielle pour le porter plus tard. Ségolène Royal est assez ouverte sur la question des alliances : du centre à l’extrême-gauche, comme sur les questions d’idées, pour lesquelles elle a l’intention d’utiliser entre autres la méthode participative. Si ses critiques de la politique de Nicolas Sarkozy et du gouvernement actuel ne sont pas les moins pertinentes, et si elle continue à agiter certaines idées intéressantes, il manque à mon avis chez elle une certaine netteté de la direction politique qu’elle propose, une cohérence de système idéologique qu’elle devrait transmettre par l’écrit. Malheureusement, si elle a publié un livre dans cette dernière année Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous, ce n’est pas un essai programmatique, mais plutôt un livre de ressenti sur sa campagne présidentielle. Qui intégrait sans doute entre autres sa perception de sa rupture à la fois maritale et politique avec François Hollande.

 

            Lui aussi a connu la rupture, suite au divorce d’avec Cécilia : Nicolas Sarkozy est donc le président de la République depuis un an. Je terminerai mon tour d’horizon de « que sont-t-ils devenus ? » par lui, en essayant d’être assez bref. Forcément il y a beaucoup à dire sur lui, puisqu’il a exercé le pouvoir dans cette dernière année, mais j’en ai déjà beaucoup parlé dans les billets précédents et j’en parlerais encore. En tout cas, pour clore la parenthèse d’ordre « vie privée », si on m’avait dit il y a un an qu’il serait actuellement marié avec Carla Bruni, je ne m’y serais pas attendu. Politiquement, en revanche,  de sa manière d’exercer ses précédentes fonctions gouvernementales, en particulier au Ministère de l’Intérieur, et de mener la campagne en s’appuyant sur une communication de l’action, on pouvait pressentir certaines choses, comme son omniprésence médiatique sur tous les fronts. De l’hyperprésident des six premiers mois, qui faisait l’actualité quotidienne ou au moins y réagissait, martelant le mot « réformes », et fascinant les médias et ses supporters, au capitaine qui perd le cap, avec une multiplication des couacs, une montée de critiques et un ralentissement des réformes face à l’échéance des municipales pour sa majorité des six mois suivants, Nicolas Sarkozy ne m’a pas vraiment convaincu qu’il était l’homme de la situation. Bien sûr, tout n’est pas à jeter dans la politique de son gouvernement, et de son agitation et des multiples mini-lois qui en ont découlé, une vraie dynamique peut émerger, avec encore quatre ans pour donner une vision d’avenir à une France morose. Mais, il faudra faire les bons choix, et éviter de diviser les réformes en multiples lois particulières et les Français en multiples clans.

J’ai vu l’intervention présidentielle (une interview d’une heure et demie) de jeudi soir. Si parfois il nous servait une fois de plus sa rhétorique blanc-noir : « vous ne voudriez pas que je laisse cette situation persister et s’aggraver, alors c’est pour ça que je fais cette loi, cessez de me critiquer » , qui me déplaît, il a su faire preuve d’une plus grande modestie, allant avec le nécessaire sens des responsabilités, sur certaines sujets. Le « avec moi, tout devient possible » laisse un peu place à plus de pédagogie et d’équilibre dans les propos. Par exemple, il a su mettre en perspective sa politique d’immigration, en rappelant que cette question avait trop souvent été prise en otage par les fantasmes de « l’immigration zéro » à l’extrême droite et de « maîtrise=racisme » à l’extrême gauche. A la fois habilement et honnêtement, il a éclairé ce qui se passe actuellement avec les demandes de régularisations de sans-papiers soutenues par leurs patrons, en rappelant qu’il peut parfois y avoir une certaine hypocrisie chez ceux qui embauchent - soi disant sans le savoir - des sans-papiers, ce qui est une justification entre autres du maintien de sa politique du cas par cas. J’aimerais cependant dire que compte tenu de la variété des cas rencontrés par les préfectures, il subsiste une place à l’interprétation des lois d’immigration, ces lois dont Nicolas Sarkozy a martelé qu’elles étaient là. Et, forcément, quand on ne sait pas clairement comment traiter les cas délicats, le fait d’imposer un nombre, lui bien clair, de reconduite à la frontière peut avoir tendance à peser de tout son poids sur les décisions. J’ai trouvé appréciable le moment où Nicolas Sarkozy a dit qu’il était à titre personnel favorable à ce que les étrangers installés depuis 10 ans dans une commune vote aux élections locales, mais que cette loi n’était pas sa priorité, et qu’il n’avait pas l’intention de la faire pour le moment, puisqu’il n’avait pas une majorité pour cela. Concernant la politique économique, même si il se défend becs et ongles sur ce point, je ne pense pas que le choc fiscal voulu par Nicolas Sarkozy ait été au rendez-vous suite au paquet fiscal. Et, il est sans doute dommage qu’une partie de l’argent consacré à cela de toute urgence en début de la législature manque par exemple pour la politique de l’emploi et de la lutte contre le chômage : cela dit, même s’il n’est peut-être pas doté totalement comme il aurait fallu, il est bien que le Revenu de Solidarité Active (RSA) se fasse. Avec Nicolas Sarkozy et son équipe, je crois que les choses ont bougé et bougeront sur le front de la flexsécurité. Sur l’éducation, par contre, là, ce sont les économies et non pas l’ambition qui sont au rendez-vous. Nicolas Sarkozy veut privilégier la qualité à la quantité. Sans doute qu’avec ce qu’il propose avec Xavier Darcos, le rapport qualité/quantité peut augmenter mais la qualité globale, elle, diminuera de toute évidence. Pas facile de concilier contraintes budgétaires, réformes nécessaires (car en pratique notre école ne va pas aussi bien qu’elle le devrait), et maintien de l’ambition éducative comme l’un des piliers de notre République.

Je noterais pour finir sa phrase : « On ne voudrait pas que je fasse une loi à chaque fois qu’il y a un sujet d’agitation médiatique » … s’il pouvait évoluer sur cela, ce serait effectivement un bon point. Bref, Nicolas Sarkozy est un Président qui ne me plaira jamais complètement, mais on ne peut nier certains de ces apports. Et, il est probable que, contrairement à la plupart des gens précédemment cité, il continue pendant plusieurs années à être incontournable dans la politique de notre République.

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Jeudi 27 mars 2008

            On a beaucoup eu de mal à démêler ce qui tenait des enjeux locaux et ce qui tenait des enjeux nationaux lors des dernières élections. La confusion a été entretenue par les journalistes, qui avait besoin de passionner les foules avec certains thèmes transversaux. Le mélange des genres découle aussi naturellement de la gestion qui se veut ordonnée des campagnes électorales par les partis nationaux, du moins pour les grandes villes. Mais ceci est aussi intrinsèquement dû à notre système institutionnel.

            En effet, beaucoup de députés, mais aussi de nombreux ministres se précipitent dans la course aux municipalités et conseils généraux. C’est toute la problématique du cumul des mandats : nos hommes politiques font souvent de grandes déclarations d’intention contre cette habitude de porter plusieurs casquettes. Multiplier les postes, c’est bien souvent ne pas en remplir un seul bien. Cependant, on nous dit que ce n’est pas bon de rester dans sa bulle : ministère, mairie, et qu’il est bien de se confronter d’autres responsabilités pour éclairer nos choix : on parle notamment de la fameuse implantation locale qui permet de garder les pieds sur terre. Comme souvent, tout ceci est une question d’équilibre, et je crois que nos institutions et les pratiques politiques pourraient être améliorées.

            Examinons le cas assez courant des députés-maires. De nombreux hommes et femmes politiques, en général membres des grands partis, occupent ces deux fonctions, et pourtant même si elles correspondent à une même implantation locale autour d’une ville, souvent chef-lieu de circonscription, les deux missions politiques sont très différentes. Le maire s’occupe de la gestion de la ville, avec des défis importants, touchant au logement, aux marchés publics de l’eau et de l’énergie, aux transports, aux opérations de solidarité, au contrôle des taxes foncières, à l’animation culturelle. Le député, lui, doit être un rouage essentiel de la politique nationale en discutant, amendant, votant et faisant les lois. Son rôle local, devrait normalement se limiter à un travail de relais via sa permanence : transmettre et expliquer les décisions législatives au peuple et recueillir les doléances du citoyen, pour alimenter le débat à Paris.

 

                                          
Le serment du Jeu de Paume
(peinture de David et événement essentiel de notre Histoire : première Assemblée Constituante)

 

            Mais, par une distorsion de notre constitution, le pouvoir législatif s’est retrouvé à la remorque du pouvoir exécutif. La cinquième république reposait déjà à la base sur un régime semi-présidentiel, le chef de l’Etat étant élu au suffrage universel. Mais, le rythme et l’équilibre de notre démocratie ont été bouleversés par l'instauration du quinquennat, et l’inversion du calendrier, décidés par Jacques Chirac et Lionel Jospin. En ce qui concerne le raccourcissement du mandat présidentiel à cinq ans, nous, Français, y avons mis notre main aussi, puisque cette décision a été soumise à référendum. Je me rappelle avoir voté oui. Je n'en suis pas à regrette cette décision : dans un monde qui change vite, il est bon de permettre une certaine réactivité politique, et cela peut permettre également un renouvellement des têtes plus rapide. Mais, les conséquences négatives induites n'ont pas été corrigées.

Donc, nous avons maintenant des élections générales tous les 5 ans, présidentielles, suivies des législatives un mois plus tard. Or, il apparaît que c’est la première des deux élections qui est déterminante, la couleur de l’Assemblée ne différant pas de celle du Président. Les cohabitations ne sont, certes pas, une garantie de travail harmonieux, mais avoir une assemblée un peu moins monolithique (ou plus exactement figée en deux blocs de taille différente) serait souhaitable. La campagne législative se limite souvent au spectacle suivant : des candidats du parti présidentiel, qui se contentent de se mettre sous la bannière du projet présidentiel, tandis que les candidats du parti adverse ne demandent pas aux Français de leur donner les moyens de gouverner sur un projet, mais la possibilité d’être assez nombreux à l’Assemblée Nationale pour que la situation soit raisonnablement équilibrée. Ajoutez à cela les médias, pour qui il est plus facile de parler d’hommes que de construction de projet. Et, la personnalisation de l’élection politique est en marche. Un parti, un candidat et des collaborateurs, qu’ils soient destinés à devenir conseillers spéciaux, à entrer au gouvernement, à être députés ou et à rester dans les instances du parti.

Après l’élection, durant la législature, le parlement a fort à faire avec toutes les  mesures que veut mettre en oeuvre la présidence et le gouvernement, qui pensent être en communication directe avec le peuple via les médias. Bien sûr, je ne nie pas tout le travail de réécriture de la loi par amendement successif, et le parlement n'est, certes, pas encore une chambre directe d'enregistrement. Mais, les choix sont plus techniques que politiques. Bien sûr, il y a les lobbies qui rodent autour des parlementaires, mais les décisions que ceux-ci devront prendre concerneront alors plus les intérêts particuliers que la marche de la Nation. L'Assemblée Nationale va rarement à l'encontre du gouvernement, et la discipline de parti, que cela soit d'ailleurs pour soutenir ou pour s'opposer, tient lieu de principale attitude. Il y a sans doute un certain nombre de textes qui rassemblent au-delà du clivage gauche-droite, et sur certaines lois, certains membres du grand parti au pouvoir, qui ont en général une carrière politique respectable , peuvent s'abstenir. L'abstention étant aussi en général le mode de vote de l'opposition, quand il s'agit de dénoncer l'imperfection d'une loi , sans remettre en cause ses quelques conséquences positives. Quoi qu'il en soit, l'opposition sait qu'elle est condamnée à être minoritaire. Quoique, parfois, quand beaucoup de membres de la majorité ne sont pas présents dans l'hémicycle, il arrive que certaines lois ne puissent passer, et doivent être repoussées à une session beaucoup plus lointaine sous une autre forme. L'absentéisme parlementaire témoigne du manque de vigueur du parlement et parfois du manque de conscience professionnelle et politique des députés. Bien sûr, si certain sèchent une séance, c'est parfois une manière diplomatique de boycotter un vote. Mais, bien souvent, ce sont d'autres obligations plus ou moins importantes qui éloignent les députés de leur cadre normal de travail. On se rappelle que Jean-François Copé, président du Groupe UMP et cumulard notoire, s'était opposé à une loi qui lierait l'indemnité parlementaire à l'obligation de présence. Si son argument concernant le fait que le travail des députés se fait aussi hors hémicycle, notamment dans les commissions étaient recevables, il n'en reste pas moins qu'un certain nombre d'hommes politiques ne font pas assez leur travail législatif, devant honorer d'autres engagements vis-à-vis de leurs amis, leur famille, de leur parti, ou de leur région, conseil général et mairie. On en revient donc à la question du cumul des mandats.

La limitation plus restrictive de celui-là n'est pas encore au programme de la prochaine réforme institutionnelle. On nous annonce pour juin un texte qui sera sans doute une avancée, mais de toute évidence incomplet, les propositions de la commission Balladur ne semblant pas toutes capables de vaincre les résistances et conservatismes de la classe politique française. un autre article sur le sujet Notons tout de même, puisque  j'avais parlé plus haut de ce souci de pouvoir législatif à la remorque du pouvoir éxécutif, que l'Assemblé Nationale pourra mieux maîtriser son ordre du jour, c'est-à-dire que pendant certaines périodes de l'année, les parlementaires pourront écrire des lois indépendemment du gouvernement. C'est une avancée pour renforcer le pouvoir législatif.

Plus haut, je n'avais pas parlé des députés qui ne se rangeaient ni dans la majorité ni dans l'opposition, et pour cause, ils sont très peu nombreux. L'Assemblée est presque exclusivement bipolaire, voire bipartite : le Parti Socialiste et l'Union pour le Mouvement Populaire se taillant la part du lion, n'ayant laissé échapper lors des éléctions législatives à scrutin majoritaire à deux tours que quelques circonscriptions au MODEM, ou aux non-inscrits, et n'en ayant confié que parcimonieusement à leurs alliés respectifs : Parti Communiste, Parti Radical de Gauche, Mouvement Républicain et Citoyen, Verts, Nouveau Centre,... Pour permettre à l'Assemblée Nationale d'être moins homogène, il faudrait changer le mode de scrutin. Introduire une dose de proportionnelle aux législatives. C'est tout un débat : personnellement, j'y suis favorable, même si toute la question est de trouver le bon dosage. Les plus farouches opposants à la proportionnelle, qu'on retrouve - comme c'est étrange - dans les grands partis, disent que cela risque de créer des Assemblée ingouvernables. On cite les exemples des instabilités politiques des régimes parlementaires, tels l'Italie actuelle ou la France de la Quatrième République. Le "régime des partis", comme l'appelait le Général de Gaulle. Il n'avait pas tort... Seulement, on peut dire que notre cinquième république a aussi évolué vers un régime des partis, des deux partis. En fait, toutes les constitutions perdent à un moment ou à un autre, quand les gens commencent à se regrouper en partis sur des questions de tactique électorale plutôt que d'idées. Pour l'instant,  l'UMP, Union pour la Majorité Présidentielle, qui a digéré tous les partis de droite dans un soutien à l'ambition présidentielle d'un homme fort, ne semble pas trop disposée à réformer la Constitution sur ce point. Beaucoup de députés du parti préfèrent assurer leur réélection que se lancer dans l'aventure de la proportionnelle. De l'autre côté, le Parti Socialiste, qui a fait le vide autour de lui, bénéficiant notamment du mouvement de réaction à l'élimination de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle, analysé sous l'angle de lémiettage des voix de la gauche plurielle, a une position assez ambigue. Si certains sont prêts à combattre ou au moins faire des déclarations d'intention pour assurer un plus grand pluralisme à l'Assemblée Nationale, une bonne partie des députés préfèrent ne pas se tirer une balle dans le pied.

 

                     

 

On dit que si François Fillon n'a pas l'intention de proposer des mesures sur une dose de proportionnelle pour l'élection du Parlement dans son texte de loi de réforme constitutionnel, c'est pour assurer que celui-ci passe.  En effet, avec des parlementaires UMP qui ne voudraient pas de la proportionnelle, et des parlementaires PS pas très sûrs, peu de chance que la majorité des 3/5 pour le changement de constitution soit réunie. Le gouvernement dit préférer découpler la question de la proportionnelle de la réforme institutionnelle. Cependant, je ne suis pas sûr qu'elle revienne par la suite pour autant.


             L'autre élément essentiel que le gouvernement a exclu d'inclure dans sa réforme constitutionnelle, c'est donc la limitation du cumul des mandats. Et, je suis désolé, mais, on l'a vu, laisser à la raison des hommes politiques la modération du cumul, ça ne marche pas. Alors, on va continuer à avoir des présidents de conseils généraux, qui font la pluie et le beau temps sur un département, qui font leur représentation dans leur commune en tant que maire, qui tiennent à être reconnue dans leur parti via un poste influent, et de temps en temps, vont voter les lois à l'Assemblée Nationale. Comme bien souvent, ils se construisent et consolident ce petit matelas de pouvoirs sur des dizaines d'années, ça ne laisse pas beaucoup de place aux nouvelles têtes, nouvelles idées et nouvelles politiques. D'ailleurs, si le cumul n'avait pas été un mal si répandu, sans doute qu'on aurait eu moins besoin d'une loi de parité bête et méchante pour faire progresser la part féminine en politique.

             Donc, selon moi, il faut pus limiter le cumul des mandats, et concernant le cas particulier des députés maires, voilà ce que je propose, en espérant que cela soit réaliste :

                   -ne pas pouvoir cumuler la charge de maire et la mission de député... Si le député tient à rester présent dans son territoire, il est tout de même autorisé à rester conseiller municipal
                    -limiter le maire à trois mandats de suite (sauf éventuellement dans les très petites communes, ou il s'agit plus d'un sacerdoce que d'un pouvoir crucial)

                   Concernant les mandats de députés, j'hésite à les limiter aussi à deux ou trois législatures. D'un côté, on peut se dire que si le type en question fait du bon travail législatif, en sachant rendre des comptes à ses électeurs plutôt quà son parti, il n y a pas de raison qu'il ne reste pas député, et fasse bénéficier les travaux de l'Assemblée Nationale de son expérience. De l'autre côté, on peut se dire que c'est bien qu'il sache laisser sa place à un nouveau député, qui arrive avec des idées fraîches et une vraie envie de les faire passer à travers son travail législatif. En plus, l'ancien député aurait d'autres moyens tout aussi intéressants de faire valoir son expérience et sa motivation, ce qui lui permettrait également d'avoir d'autres points de vue. Par exemple, sénateur, ce qui ferait une légère différence. Ou alors ministre, s'il a de la chance. Ou aussi, député européen. Je pense qu'il serait vraiment profitable que les hommes politiques, et à leur suite les citoyens, ne considèrent pas les élections européennes comme des élections secondaires, où les grands partis reclassent certains de leurs malchanceux têtes de listes, et où les petits partis à la dent dure, voire démagogique, profitent de la tribune, et  de l'opportunité- avec la proportionnelle - de faire élire leurs leaders qui toucheront une indemnité en étant les champions de l'absentéisme. Bien sûr, il est évident qu'il faudrait aussi qu'en parallèle, la Constitution Européenne donne au Parlement de Strasbourg-Bruxelles plus de pouvoir.
                 Et, sinon, le député en fin de trois mandats, aurait toujours la possibilité de devenir maire ou redevenir. Avec de tels changements constitutionnels, un bon parcours politique ne serait plus celui d'un cumulard en puissance, mais par exemple celui d'une personne, qui se fait élire maire assez jeune avec un projet novateur, le met en oeuvre pendant deux ou trois mandats, puis laisse la main à un successeur de qualité, avant de se présenter aux législatives, lors desquels,  fort de son expérience local et de grandes idées pour la République, elle est élue député. Là, son travail législatif de qualité a de bonnes répercussions sur la marche de la France. Elle est réélue à nouveau député. Après deux législatures, elle est appelée vers d'autres défis au Parlement Européen, ou dans l'éxécutif.  Et, n'ayant pas oublié sa ville, tout en s'étant mis à la page des nouveaux défis, elle terminerait sa carrière à la mairie.
                      Bien sûr, personne n'est obligé de faire de la politique toute sa vie, mais ce qui est sûr c'est qu'à ceux qui disent que c'est bien de cumuler plusieurs responsabilités car ça permet d'avoir une vision globale, je dis que l'ouverture d'esprit, l'adaptabilité, la capacité à faire fructifier son expérience, et le talent, on les utilise encore mieux, en assumant avec fiabilité différentes responsabilités tour à tour.

                  

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